L'arctique canadien

L'élément dominant de la région arctique canadienne est l'océan Arctique. Il s'agit de la partie de l'océan mondial située dans le cercle polaire arctique (66° 32 2/3 ' Nord). Sa surface totale est d'environ 14 millions de kilomètres carrés et il est bordé par la Russie, le Canada, les États-Unis et le Groenland. La surface du la plateau continental équivaut à un peu plus de la moitié de la surface de l'océan10.

Les points d'entrée et de sortie de l'océan Arctique se limitent au détroit de Béring, aux eaux archipélagiques du Canada et au détroit de Davis, au passage Groenland – Islande – Royaume-Uni, et aux détroits du Danemark et de la Baltique. Bien qu'il soit entouré de nombreuses îles, l'océan Arctique est considéré comme un bassin parce que ses eaux centrales sont dépourvues d'îles et sont profondes11. L'archipel arctique canadien est composé de 73 îles majeures de plus de 50 milles carrés, et d'environ 18 114 îles plus petites. L'archipel s'étend sur près de 1000 milles au nord de la côte continentale.

L'océan Arctique est recouvert de glace sur une surface d'environ 5,2 millions de kilomètres carrés en été, et 11,7 millions de kilomètres carrés en hiver. Il y a deux catégories de couvert glacier : les banquises, c'est-à-dire la glace qui s'est accumulée sur un grand nombre d'années, et les glaces annuelles qui se forment durant une seule saison. Les banquises ont une épaisseur moyenne de 3 à 3,5 mètres et leur surface tend à être plus accidentée que la glace annuelle. L'épaisseur de cette surface peut varier de quelques pouces à près de 200 pieds12. Un chenal ou une polynie se forme lorsqu'une entaille ou une fissure dans la banquise laisse surgir de l'eau libre13. D'autres entailles ou fissures peuvent provoquer le déplacement vertical de la glace à la surface de l'eau, et des crêtes de pression sous glace dans l'eau. La glace se déplace normalement dans le sens des aiguilles d'une montre dans l'océan Arctique et son mouvement est influencé par le vent et les courants qui vont et viennent dans les détroits14.

La navigation de surface est possible le long des limites méridionales de l'Arctique. La route maritime du Nord (ou passage du Nord-Ouest) passe au nord de la Russie, par les détroits entre les grandes îles côtières et le continent sibérien. Ce passage au nord du Canada mesure environ 2 850 milles marins de long et comprend au moins cinq routes reconnues dont deux sont navigables par des navires de surface ayant un tirant d'eau jusqu'à 20 mètres15 et trois le sont par des sous-marins16.

Les voies d'approche à l'est du passage du Nord-Ouest sont marquées par la présence d'icebergs qui se sont détachés des glaciers situés dans le nord-ouest du Groenland, de l'île d'Ellesmere et de l'île Devon, et qui ont dérivé au sud vers les côtes canadiennes17. Le courant du Labrador les transporte vers les eaux de Terre-Neuve-et-Labrador. Dans les voies d'approche à l'ouest du passage de la mer de Beaufort, s'est formée une zone de glace annuelle, zone de transition de 50 à 100 milles de largeur, entre les glaciers et la banquise côtière. Cette voie a toujours été navigable par les navires de surface de la fin juin jusqu'en octobre.

Les caractéristiques physiques uniques de l'océan Arctique, soit l'important couvert de glace, la grande quantité d'eau fraîche provenant des basins hydrologiques de l'Eurasie et de l'Amérique du Nord, ainsi que les points de passage obligés restreints, peuvent non seulement rendre l'océan Arctique très vulnérable aux perturbations hydrographiques, mais également déclencher des changements d'une envergure encore plus grande dans la circulation et le climat océaniques. Par exemple, les eaux froides de l'Arctique qui se déversent dans le nord de l'océan Atlantique contribuent à faire fonctionner le « convoyeur Atlantique ». Cette pompe thermique océanique envoie de l'eau froide profonde vers le sud. Cette eau revient ensuite des tropiques sous la forme d'eau de surface chaude. C'est ce qu'on appelle le Gulf Stream, lequel sert à son tour à tempérer le climat de la région Nord Atlantique ainsi que le climat global de la terre18.

Les processus physiques assurant le bon fonctionnement de la pompe thermique océanique, aussi connue sous le nom de « circulation thermohaline », n'étant pas encore entièrement compris, les récentes données portant sur la réduction du volume de glace dans la région arctique ont conduit à la formulation de différentes prédictions à propos de son effet sur le couvert de glace dans l'Arctique canadien. Les dernières données portent à croire que la calotte glacière de l'océan Arctique diminue de 10 % par décennie, plutôt que de 3 % comme on l'avait auparavant estimé. L'analyse linéaire de ces données a permis à la U.S. Arctic Research Commission et au International Arctic Science Committee, en 2004, de prédire que l'Arctique canadien pourrait connaître des saisons estivales quasi totalement dépourvues de glace dès 2050, mais que cela ne se produirait probablement pas avant 210019.

Deux autres études récentes prévoient des changements beaucoup plus abrupts dans les prochaines décennies une fois atteints certains points critiques. L'une prédit que la glace annuelle connaîtra un retrait rapide d'ici 30 à 50 ans, tandis que l'autre prévoit que cette même glace disparaîtra rapidement d'ici les 10 prochaines années si un point critique est atteint20.

Bien que le rythme des changements soit controversé, les scientifiques s'entendent pour dire que l'océan Arctique connaîtra une importante déglaciation au cours des prochaines décennies. Dans le contexte plus large des changements climatiques à l'échelle mondiale, une pression accrue s'exercera sur l'approvisionnement en énergie à cause des conditions climatiques incertaines et des ajustements que requerront les systèmes de distribution et de transport d'énergies. Toutefois, le changement le plus significatif résidera dans les nouvelles possibilités de transport qui risquent de se développer dans l'océan Arctique. Si les perspectives immédiates d'un accroissement de la liberté de navigation dans le passage du Nord-Ouest21 suscitent certaines réserves, il ne fait pas de doute que les possibilités d'utilisation commerciale et d'opérations militaires dans les eaux arctiques, y compris les eaux canadiennes de la mer de Beaufort et de l'archipel arctique, seront de plus en plus grandes22.

La récente instabilité des marchés mondiaux du pétrole et du gaz a fait renaître l'intérêt pour l'exploration et le forage dans l'océan Arctique23. De plus, les questions liées au transport du pétrole et du gaz vers les marchés existants et émergents ont conduit les entreprises et les gouvernements à investir dans l'établissement d'un réseau de pipelines arctiques24 et à examiner l'idée d'utiliser le passage du Nord-Ouest comme voie internationale pour la navigation des pétroliers.

Ces développements auront davantage de chance de se produire si la demande mondiale de gaz et de pétrole continue d'augmenter à mesure qu'émergent de nouvelles économies de consommation25. Il n'existe actuellement aucune capacité excédentaire dans les infrastructures de raffinement et de transport déjà en place. C'est pourquoi le système d'approvisionnement en pétrole est extrêmement sensible à toute restriction soudaine et que les prix du pétrole varient aussi facilement26. Ce manque de capacité excédentaire expose également l'infrastructure complexe et coûteuse du transport gazier et pétrolier à une vulnérabilité stratégique critique dont peuvent profiter les États et les terroristes. La destruction de l'infrastructure pourrait nuire gravement aux intérêts économiques canadiens et mondiaux27.

Alors que le New York Times prédit que les eaux et le fond arctiques seront le théâtre du prochain « grand jeu » entre les puissances mondiales cherchant à se procureur des avantages commerciaux et économiques28, il ne faut pas perdre de vue que sous la surface de ces mêmes eaux s'est déroulée, pendant la Guerre froide, une compétition intensive de sous-marins dans ce qui était généralement considéré comme un théâtre central d'opérations navales29. La compétition inhérente à un ordre mondial multipolaire peut permettre de raviver les débats politiques autour du maintien d'une menace sous-marine stratégique crédible.

Les facteurs géopolitiques ayant conduit au déploiement de sous-marins nucléaires dans l'océan Arctique et dans les eaux de l'archipel arctique sont les suivants : les qualités uniques des eaux recouvertes de glace et des eaux semées de glaciers ainsi que leurs effets sur la guerre anti-sous-marine (GASM)30; son emplacement central dans l'hémisphère Nord; ses passages d'accès et de sortie obligés qui font de cet océan un bastion de défense idéal31; l'amélioration de la technologie des missiles balistiques et des missiles de croisière32; et, dans les eaux de l'archipel canadien, à tout le moins, le fait qu'il n'y a aucune menace indigène défensive à éviter.

En fait, trois types d'opérations sous-marines sont susceptibles d'être menées dans les eaux de l'archipel arctique canadien : le passage entre les bassins de l'océan Arctique et de l'océan Atlantique Nord; le lancement de missiles de croisière et la surveillance ou la patrouille GASM33. Un bon exemple de la valeur du passage du Nord-Ouest en tant que voie de passage pour sous-marins nucléaires s'est produit à l'été 1962 lorsque le USS Skate a franchi le chenal Parry mesurant 1000 milles marins en 2 jours et demi34. En outre, le développement des systèmes de défense antibalistique a mis en péril l'efficacité des missiles balistiques intercontinentaux ou à lanceurs sous-marins. À la place, les missiles de croisière se déplaçant tout près du sol, déjouant ainsi les systèmes de défense électroniques, sont une arme stratégique davantage appréciée. Toutefois, leur portée réduite forcerait tout sous-marin nucléaire lanceur de missiles de croisière désirant atteindre le sud du Canada ou le Nord des États-Unis à opérer tout près du continent35. Enfin, les exigences relatives aux commandes et au contrôle des sous-marins stratégiques limitent les possibilités de patrouiller les zones où des antennes de communications peuvent être levées. Ces zones comprennent les détroits de Lancaster, de Smith et de Davis, les golfes d'Amundsen et de Boothia pendant l'été, et le sud du détroit de Davis jusqu'à la baie d'Hudson le reste de l'année36.

Les défis que présentent les opérations sous-marines dans l'Arctique limitent les avantages technologiques dont jouissent les marines de premier rang s'agissant de la GASM dans les eaux du sud, et pourraient inciter des combattants - autre que la Russie et les marines de l'OTAN - à mener des opérations polaires. Toutefois, il ne faut pas sous-estimer les difficultés que posent les opérations sous la glace dans les eaux arctiques. Le pilotage de gros sous-marins munis de gouvernails relativement cassants et dotés d'un appareil de propulsion à tirant d'eau réduit, à proximité de glaciers à forts tirants d'eau qui se déplacent constamment, dans des eaux dont la température varie continuellement et dont le taux de salinité affecte la flottabilité, requiert des connaissances et un savoir-faire complexes. Outre les difficultés normales que présentent les opérations sous-marines, les marines qui désirent mener des opérations polaires doivent se doter de systèmes de radar de surveillance avant capable de détecter les crêtes de pression sous la glace et les polynies, de mesure des profondeurs exactes, de guidage par inertie précis et de communications polaires fiables37. Par ailleurs, un climat plus instable et une large zone où pullulent les glaciers (plutôt qu'une zone recouverte de glace) dans l'Arctique auront probablement pour effet de créer un environnement où il est beaucoup plus difficile de conduire des opérations de GASM et d'inciter d'autres marines à mener des opérations dans l'Arctique38.

En résumé, les eaux arctiques, les eaux de l'archipel arctique y compris, seront de plus en plus attrayantes et accessibles aux yeux des entités commerciales voulant tirer avantage des voies de transport polaires ou transportant simplement des produits pétroliers en provenance de sites de forage arctiques vers les marchés plus au sud. Toutefois, affirmer que les problèmes du Canada dans l'Arctique peuvent être résolus seulement par l'application de la loi témoigne d'une mauvaise compréhension du dilemme stratégique canadien à ce propos. En effet, il ne faut pas oublier que ces mêmes eaux possèdent toujours les qualités physiques qui les rendent si attirantes pour les marines qui veulent effectuer des patrouilles nucléaires stratégiques. C'est cette attraction qui forcera d'autres États à répondre en menant à leur tour des opérations défensives stratégiques de GASM sous les glaces39.

Ces deux défis font en sorte que le Canada doit évoluer dans un environnement opérationnel complexe pour exercer ses droits souverains dans ses eaux intérieures historiques. Le caractère de cette position juridique jouera un rôle direct dans le choix des opérations de sécurité, navales ou maritimes, requises pour relever ces défis.


Notes en bas de page

10 L'océan Arctique comprend les mers de Norvège, de Barents, de Beaufort, de Tchoukotka, de Sibérie orientale, de Laptev, de Groenland et de Kara, la baie de Baffin ainsi que les eaux de l'archipel arctique canadien (îles de la Reine Élizabeth et îles Sverdrup). La proportion du plateau continental par rapport à la surface de l'océan est beaucoup plus importante que dans les autres océans.

11 L'accident géographique sous-marin dominant dans l'océan Arctique est la dorsale Lomonosov, qui mesure 1700 km des îles de la Nouvelle-Sibérie jusqu'à l'île d'Ellesmere. Du côté pacifique de la dorsale se trouvent deux bassins profonds, le bassin de Markarov et le bassin canadien, et du côté atlantique, deux autres bassins, le bassin eurasien et le bassin de Fram.

12 Capv T.M. Le Marchand, « Under Ice Operations » (mai-juin 1985) U.S. Naval War College Review, 19 à la p. 21 : [TRADUCTION] « Son épaisseur inégale est causée par les fissures, la fragmentation et la compression continuelles de la banquise qui réagit selon les courants océaniques et les mouvements de la masse terrestre ». 

13 Robert M. Bone, The Geography of the Canadian North: Issues and Challenges, 2e éd., (Oxford University Press, 2003) à la p. 41; Marchand, supra note 12 à la p.21 : Les chenaux et les polynies peuvent mesurer plusieurs milles de long et plusieurs centaines de verges de large. Ces phénomènes se produisent tout au long de l'année et occupent environ 10 % de la surface de la banquise. Une large polynie, communément appelée « North water » existe depuis des décennies au nord de la baie de Baffin, dans le détroit de Smith.

14 Peter Hayden, « The Strategic Importance of the Arctic: Understanding the Military Issues » (mars 1987) DND Strategic Issues Paper No. 1/87 à la p.5 : Puisque aucun facteur influençant la dérive, le mouvement, l'étendu et l'épaisseur des glaciers n'est constant, les activités sous la glace sont basées sur les conditions dominantes plutôt que sur des prédictions.

15 Donat Pharand, Canada's Arctic Waters in International Law (Cambridge University Press, 1988) aux p. 189-193. La première des deux routes principales passe dans le détroit du Prince-de-Galle, le chenal Parry, le détroit de Lancaster, la baie de Baffin et le détroit de Davis; la deuxième route passe par le détroit de M'Clure jusqu'au chenal, au nord du détroit du Prince-de-Galle.

16 Le détroit de Nares entre le Groenland et l'île d'Ellesmere, qui est la route la plus courte, le chenal Parry au sud des îles de la Reine-Élizabeth, et enfin, le détroit de Jones par le détroit de Cardigan et les chenaux dans les îles Sverdrup, sont tous navigables par des sous-marins nucléaires immergés.

17 Hayden, supra note 14 à la p. 6. On trouve jusqu'à 50 000 icebergs individuels au large de la côte canadienne chaque saison. Leur tirant peut être de 100 m et ils constituent d'importants dangers autant pour les sous-marins que pour les navires de surface.

18 Richard F. Pittenger et Robert B. Gagosian, « Global Warming Could Have a Chilling Effect on the Military » (octobre 2003) 33 Defense Horizons à la p. 2. La relation complexe entre les océans et la météo continue de faire l'objet d'un grand nombre de recherches scientifiques.

19 Rapport du Arctic Marine Workshop (anglais seulement) à la p. 5, qui a au lieu au Scott Polar Research Institute, Cambridge University, au Royaume-Uni du 28-30 septembre 2004. Disponible en ligne : http://www.institutenorth.org/programs/arctic-advocacy-infrastructure/arctic-transportation/arctic-maritime/arctic-marine-transport-workshop.

20 Selon Marika M. Holland, Cecelia M. Bitz et Bruno Tremblay (décembre 2006) « Future abrupt reductions in summer Arctic sea ice » 33 Geophysical Research Letters 1, la réduction de la calotte glacière est causée par l'interrelation entre les changements d'épaisseur de glace et de salinité dans le convoyeur arctique vers l'océan Arctique. Si un point culminant dans l'une de ces relations est atteint, la glace annuelle risque de se retirer rapidement au cours des 30 à 50 prochaines années. Par ailleurs, selon Pittenger et Gagosian, supra note 18 aux p. 4-5, les changements de salinité dans les eaux nordiques, causés par une brèche dans l'halocline de l'Arctique – la mince couche de glace et d'eau fraîche qui empêche l'eau salée plus chaude qui remonte de faire fondre la surface inférieure de la glace – peuvent dérégler le convoyeur océanique et occasionner, en quelques années seulement, des températures instables plus froides dans la région nordique de l'océan Atlantique pendant des décennies. Ce refroidissement causerait un abaissement des températures dans le nord-est de l'Amérique et dans l'ouest de l'Europe, des températures plus orageuses dans le nord de l'Atlantique et la réduction de la calotte glacière dans l'océan Arctique.

21 Franklyn Griffiths, « The Shipping News, Canada's Arctic Sovereignty Not On Thinning Ice » 58 Int'l J. 257 à la p. 263, a affirmé que la théorie appelée « sovereignty-on-thinning-ice » est basée sur des hypothèses intenables sur la réduction relativement rapide de toute la calotte glacière dans l'archipel comme dans toute la région arctique. Cette théorie minimise les variations et est fondée sur des hypothèses d'uniformité destinées à étayer la contestation internationale de la compétence du Canada. Rob Huebert note quant à lui, dans « The Shipping News, Part II : How Canada's Arctic Sovereignty is on Thinning Ice » 58 Int'l J. 295, que les plus longues saisons de navigation sans glace renforcerait l'intérêt international pour les deux passages, car les possibilités d'économies sont très attirantes, et pour des destinations comme le port de Churchill. Comme l'a fait remarquer le ministre canadien des Affaires étrangères, Lawrence Cannon, au Centre for Strategic and International Studies : [TRADUCTION] « Certains experts prédisent que toute la région arctique serait dépourvue de glace d'ici 2013 alors que d'autres affirment que cela se fera d'ici 2050 […] Toutefois, le Service canadien des glaces estime que les diverses voies navigables intérieures communément appelées ″passage du Nord-Ouest″ ne constitueront probablement pas une voie de transport commercial fiable pendant quelques décennies en raison de la variabilité extrême des glaces ». Oliver Moore et Paul Koring, « Arctic losing thick sea ice, U.S. data show » Globe and Mail (7 avril 2009) A8.

22 Lee Berthiaume, « Northwest Passage Closer to Reality » Embassy, (17 janvier 2007) 1. Les gouvernements de la Russie et du Manitoba travaillent ensemble pour développer des routes de transport aériennes et maritimes à travers l'océan Arctique.

23 Oran R. Young, « The Age of the Arctic » (hiver 1985-86) 61 Foreign Policy 169, aussi dans David Larson, Security Issues and the Law of the Sea (University Press of America, 1994) à la p. 171 : On estime que la région arctique contient entre 100 et 200 milliards de barils d'huile récupérable et environ 2000 billions de pieds cube de gaz naturel. De ce total, on estime qu'il y a près de 50 milliards de barils d'huile dans l'Arctique nord-américain. Todd Wilkinson, « Alaskan oil battle may shift offshore: Environmentalists warn of oil exploration in Beaufort Sea », The Christian Science Monitor, 6 mai 2003 : Le potentiel en huile récupérable et en gaz naturel dans la mer de Beaufort a été évalué à entre 4 et 12 milliards de barils et à entre 13 et 63 billions de pieds cubes, respectivement. Andy Hoffman, « Nautilus set to make ocean mining a reality », Globe and Mail, vendredi, 8 décembre 2006, B14. Mis à part l'intérêt pour les combustibles fossiles, il y a aussi eu des investissements considérables, au cours des dernières années, dans des activités d'extraction de diamants et de minéraux, notamment les minerais sulfurés plombo-zincifères et poly-métalliques, gisant sur le fond arctique.

24 Claudia Cattaneo et Jon Harding, « Pipeline Plugged: Frustrated firms halt Mackenzie gas project » National Post (29 avril 2005). John Ibbitson, « Alaska Pipeline Next On Agenda » Globe and Mail (25 février 2005).

25 Robert Samuelson, « A New Era for Oil » Washington Post (30 mars 2005). Sur une consommation mondiale totale de 84 millions de barils par jour, l'Amérique arrive au premier rang avec une consommation de 21 millions de barils quotidiens, et la Chine occupe la seconde place avec 6,4 millions de barils. On prévoit que la consommation de la Chine pourrait doubler d'ici 2020. Cette prédiction est fondée sur l'étude du CSIS effectuée par Anthony Cordesman, The Changing Balance of US and Global Dependence on Middle Eastern Energy Exports (Center for Strategic and International Studies, révisée le 20 mars 2005).

26 Dan Ackman, « The Coming Oil Crisis », (anglais seulement) Forbes.com (13 janvier 2005) au http://www.forbes.com/2005/01/10/cx_da_0110doomoil.html. Comme le souligne Stephen Leeb, il n'y a pas de marge d'erreur parce qu'à l'heure actuelle le monde ne possède quasi aucune réserve excédentaire. La planète fonctionne quelque part entre 95 % et 99 % de sa capacité et la seule façon de continuer à faire fonctionner le système est d'augmenter le prix du pétrole. Selon Cordesman, supra note 25 à la p. 29, on a calculé que pour chaque million de barils de pétrole vendus par jour, le prix du baril sur le marché mondial pourrait augmenter de 3 à 5 $.

27 Gail Luft et Anne Korin, « Terror's Next Target » (hiver 2004) Journal of International Security Affairs 95 à la p. 97. Le pétrole constitue non seulement une cible intéressante, mais aussi une cible vulnérable. Les cibles pétrolières sont si vulnérables qu'en 2002 et 2003, malgré des mesures antiterroristes intensives, le terrorisme pétrolier est devenu monnaie courante. Paul Parfomak, Pipeline Security: An Overview of Federal Activities and Current Policy Issues, Congressional Research Service Report for Congress, mis à jour le 5 février 2004, RL3 1990. Les pipelines servent de cibles stratégiques uniques, car 40 % de la production pétrolière y circule. Voir aussi Ian MacLeod, « Canadian Oil: Target of Terror: Al-Qaeda group calls for attacks as way to disrupt U.S. supply » Ottawa Citizen (14 février 2007) A1.

28 Clifford Krauss, Steven Lee Myers, Andrew C. Revkin et Simon Romero, « As Polar Ice Turns To Water » New York Times (10 octobre 2005).

29 Jon Bowermaster, « The Last Front of the Cold War » (novembre 1993) Atlantic Monthly 36. Gary Weir, « Virtual War in the Ice Jungle: 'We don't know how to do this'» 28 The Journal of Strategic Studies 411. Comme le souligne Weir, la nature de la guerre maritime sous la glace était unique dans le sens où elle était définie en termes de surveillance, de détection, de capacité d'immersion et de potentiel de destruction. Comme il le fait remarquer, le contrôle sur l'adversaire est devenu l'objectif opérationnel et la connaissance approfondie de cet adversaire, le moyen d'atteindre cet objectif.

30 Tom Stefanick, Strategic Antisubmarine Warfare and Naval Strategy, Lexington Books, 1987 aux p. 8-32; Le Marchand, supra note 12 aux. p. 22-25. Les caractéristiques acoustiques des eaux arctiques sont le premier facteur pris en considération par tout État qui souhaite opérer dans cet environnement marin rigoureux. L'acoustique englobe les caractéristiques de l'eau (changements de salinité et de température), la tension de la glace et les bruits de fracture dans la zone de la marge glacière, soit la zone située à l'intérieur des 50 km du bord des banquises dans les deux directions, entre les zones d'eaux recouvertes de glace et les zones d'eaux libres, les eaux dominantes adverses, et les bruits biologiques limités sous le couvert de glace. Tous ces facteurs influent sur les capacités de transmission et d'atténuation des sons ainsi que sur les sons ambiants, qui varient beaucoup dans les eaux arctiques et diffèrent grandement des eaux libres.

31 George Lindsey, « Strategic Stability in the Arctic » 241 Adelphi Papers 7. La marine soviétique a été la première à adopter le concept de bastion de défense arctique. Mike Perry, « Rights of Passage: Canadian Sovereignty and International Law in the Arctic » 74 U. Det. Mercy L. Rev. 657 à la p. 658, cite le Canadian Forces Northern Area Command Briefing, ministère de la Défense nationale, 1996 : cet intérêt stratégique pour les opérations dans les eaux arctiques a survécu aux gouvernements successifs de la Russie. Le 25 août 1995, les Russes ont lancé deux ICBM depuis un sous-marin de classe Typhon à partir des eaux situées entre le pôle Nord et la SCF Alert. Le contre-amiral R.A. Golosov (ret.) a donné le point de vue d'un officier supérieur de la marine russe dans « Opening Up the Arctic Region and Russia's Submarine Fleet » (avril 2006) Military Thought à la p. 179 : [TRADUCTION] « [e]n général, certains milieux cherchent à profiter de la faiblesse économique et militaire temporaire de la Russie dans le but de restreindre sa présence dans la région arctique. Nos « amis » ont deux objectifs stratégiques : premièrement, miner davantage l'économie de la Russie et deuxièmement, permettre l'accès à l'océan Arctique dans le but de s'en servir comme base de lancement d'attaques contre le territoire russe avec des sous-marins nucléaires transportant des missiles de croisière et des missiles balistiques en cas de conflit militaire. Il faut également se rappeler qu'en vertu du traité START II ratifié par la Russie, ce pays a le droit de déployer 50 % de son potentiel nucléaire stratégique à l'intérieur des sous-marins nucléaires lanceurs d'engins. La plupart de ces sous-marins représentent la flotte du Nord et leurs opérations prennent place dans la région arctique. En cas de guerre, une des principales tâches de la marine américaine et de l'OTAN consiste à détruire ces sous-marins en priorité ».

32 Lindsey, supra note 31 à la p. 22 : Les missiles balistiques lancés par des sous-marins modernes, comme le Russian SSN- 20 et -23, ont une portée de 8300 km. Les zones couvertes par ces portées, si les missiles sont lancés depuis la côte arctique russe, comprennent tout le nord de l'Amérique, l'Ouest de l'Europe et la Chine.

33 Peter Hayden, The Strategic Importance of the Arctic: Understanding the Military Issues, DND Strategic Issues Paper 1/87 (mars 1987) 14.

34 Waldo K. Lyon, « The Navigation of Arctic Polar Submarines », 37 Journal of Navigation 155 à la p. 156, et comme le souligne le contre-amiral F.W. Crickard dans « An Anti-Submarine Warfare Capability in the Arctic a National Requirement » (avril 1987) Canadian Defence Quarterly 24 à la p. 27. En mars 1977, le Manchester Guardian a rapporté que les sous-marins soviétiques avaient réussi à naviguer dans le chenal de Robeson entre l'île d'Ellesmere et le Groenland.

35 Haydon, Strategic Importance, Strategic Issues Paper, 12. Le Tomahawk de la marine américaine et le Russian SS-NX21 (3000 km de portée) sont deux exemples de missile de croisière lancé à partir de sous-marins. Bernard Cole, The Great Wall at Sea: China's Navy Enters the Twenty-First Century, U.S. Naval Institute Press, 2001, à la p. 106. La marine de l'armée de libération populaire de Chine est en train de mettre au point un missile de croisière à longue portée - plus de 200 km - qui pourra être lancé à partir de sous-marins immergés.

36 Voir Haydon, supra note 35 aux p. 16-17, pour une étude sur le nombre limité de « points de passage obligés » où des patrouilles sous-marines pourraient réalistement être établies. Ceux-ci comprendraient les extrémités nord et sud des chenaux de l'Archipel qui mènent au bassin arctique. Ou bien, il serait possible de contrôler toutes les routes en positionnant des sous-marins dans les détroits de Lancaster et de Smith ou encore dans le détroit de Davis.

37 Alfred S. McLaren, Unknown Waters: A First-Hand Account of the Historic Under-Ice Survey of the Siberian Continental Shelf By USS Queenfish (SSN-651) (University of Alabama Press, 2008). Le rapport du capitaine de vaisseau McLaren sur le voyage en Arctique de 1970 d'un sous-marin d'attaque nucléaire de classe Sturgeon présente en détail une myriade de difficultés auxquelles il faut faire face dans la conduite d'opérations sous la glace.

38 Weir, supra note 29 à la p. 425, souligne que la fonte des glaces changera dramatiquement les équations de détection acoustique et rendra encore plus difficile le problème de surveillance de la GASM. [TRADUCTION] « À mesure, dit-il, qu'augmentera la complexité du problème de la surveillance, les forces hostiles éventuelles augmenteront à cause de l'attractivité de la région en tant que route et centre de ressources naturelles virtuellement inexploitées ».

39 Cole, supra note 35 à la p. 34 : [TRADUCTION] « Les unités de la marine de l'armée de libération populaire ont mené leur première expédition dans l'Arctique au cours de l'été 1999, entamant des études océanographiques et des recherches sur le fond marin, deux activités liées aux capacités opérationnelles de cette marine en matière de GASM ».

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