D’un point de vue éthique, que feriez-vous? Commentaire sur Parlons des pauses-repas

La Feuille d'érable
Avril 2016

En décembre, nous avons publié un scénario au sujet des heures de travail, du rendement, de l’objectivité et des conventions collectives. De toute évidence, le texte a touché une corde sensible chez les lecteurs, car 17 personnes ont fait des commentaires dans le site Web du Programme de l’éthique dans la première semaine suivant la publication du scénario. Nous pouvons donc supposer que le problème soulevé touche de nombreux milieux de travail.

Bon nombre de lecteurs soutiennent que les comportements en milieu de travail devraient respecter, dans la mesure du possible, la convention collective. C’est donc dire que Sophie a raison. En ce qui concerne les valeurs, il va de soi que nous devions respecter les règles établies, ce qui signifie soutenir l’autorité légitime et y obéir. Les règles existent afin de garantir des normes équitables (intégrité) et de réduire le gaspillage des ressources publiques (favoriser la responsabilisation).

Dans le scénario, Sophie estime qu’elle doit travailler pendant de longues heures plus souvent que ses collègues. À moins qu’elle ne reçoive un dédommagement pour ce travail, elle a effectivement raison de se préoccuper de la situation si les autres membres de son équipe prennent une pause-dîner plus longue qu’elle. Toutefois, il convient de se demander dans quelle mesure Sophie connaît les habitudes de travail de ses collègues. Elle devrait probablement parler de la situation à son supérieur, plutôt que d’exprimer son mécontentement à l’équipe en accusant les gens de se livrer à des pratiques non conformes. De plus, souhaitons que les réponses qu’Ibrahim lui a données ne rendent pas compte des valeurs de l’équipe dans son ensemble. Si certains membres syndiqués du personnel passent plus de temps que d’autres à ne rien faire par choix, la situation pose effectivement un problème pour l’équipe et le public. Toutefois, être à son bureau ne signifie pas forcément qu’on travaille, tout autant qu’être absent de son bureau ne signifie pas qu’on ne travaille pas.

Deux problèmes distincts semblent se poser. D’abord, il y a celui dont nous venons de parler, soit l’égalité réelle et apparente dans l’équipe, c’est-à-dire savoir qui travaille et qui ne travaille pas. Puis, mentionnons l’importance relative et la précision des règles écrites dans un contexte plus grand et à l’échelle de toutes les équipes, dont celle de Sophie.

Le Directeur – Relations de travail du personnel civil du ministère de la Défense nationale définit comme suit les règlements pertinents :

« Les employés du MDN sont représentés dans 18 des 27 conventions collectives de l’administration publique centrale. Beaucoup d’entre elles contiennent des dispositions propres à leur groupe. Les heures de travail sont définies dans la convention collective pertinente. Ainsi, la direction doit tenir compte des circonstances des situations au cas par cas, afin de satisfaire à ses exigences opérationnelles tout en respectant la souplesse prévue dans la convention collective pertinente. »

Et si nous comptions les heures travaillées avec la plus grande des rigueurs? Imaginons un bureau où l’on chronométrerait les pauses que prennent les employés pour aller à la salle de bain, où toute minute de bavardage s’ajouterait aux heures à travailler, parce qu’il ne s’agit pas de vrai travail, et où les dîners d’équipe qui ne sont pas des réunions officielles liées au travail ne pourraient jamais avoir lieu à l’extérieur du bureau, puisqu’il est impossible de se rendre au restaurant, de manger et de revenir au travail en une demi-heure. Qu’en serait-il du moral des employés d’un tel bureau? Dans un milieu aussi peu propice à la confiance, nous noterions certainement des problèmes de présentéisme (des employés toujours présents au travail, peu importe leur santé), un rendement faible et un roulement élevé du personnel, qui auraient tous une incidence importante sur l’optimisation des fonds publics. Cela dit, les employés malheureux ont généralement un rendement médiocre.

La souplesse, la confiance et la discrétion sont plus conformes à l’objectif principal, soit le respect de la dignité humaine. Bien entendu, les gestionnaires doivent veiller à l’équité en milieu de travail; ces derniers peuvent appliquer rigoureusement les règles écrites pour assurer l’équité pour tous.

Le télétravail et les heures supplémentaires occasionnelles non rémunérées, ainsi que sauter sa pause pour terminer une tâche urgente, sont autant de façons de déroger volontairement aux règles officielles. De nombreuses personnes voient d’un bon œil cette souplesse. Par ailleurs, les politiques civiles soutiennent officiellement l’adaptation des règles au profit mutuel des gestionnaires et des employés. Bien entendu, différents gestionnaires transmettent différentes valeurs personnelles à leurs équipes, ce qui influe à divers degrés sur les dispositions prises dans ces équipes. Il va de soi, toutefois, que ces valeurs et pratiques doivent favoriser l’équité et respecter les règles dans leur ensemble. 

Il convient aussi d’ajouter que, selon certains lecteurs, comparer les employés civils et les militaires qui travaillent côte à côte poserait des difficultés supplémentaires.

N’hésitez pas à nous proposer des sujets pour les scénarios à venir.

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