D’un point de vue éthique, que feriez-vous? Commentaire sur La joie de donner

La Feuille d'érable
Mai 2017

Dans le scénario « La joie de donner », publié en mars, la capitaine Smith se retrouve dans une position délicate. Son chef de section, le lieutenant-colonel Brown, la nomme responsable de la sélection et de l’achat d’un cadeau de départ pour le colonel Jones, un chef jouissant d’une belle popularité. Au bout du compte, le Lcol Brown est intervenu pour appuyer la deuxième option de cadeau et a passé outre au jugement du Capt Smith, qui était basé sur sa propre enquête. Ainsi le Capt Smith et son supérieur immédiat, le major Philpott, ont dû débourser de leur poche des sommes importantes.

Les coutumes et la façon de les pratiquer font partie intégrante de la vie militaire, car elles influent de manière considérable sur le moral et le sentiment d’identité d’une équipe. Un cadeau de départ doit refléter l’importance accordée à l’esprit de corps. L’idée d’hommage public est renforcée par un cadeau qui représente l’ensemble de l’unité. Donc, si cette coutume fonctionne, elle a une valeur positive, mais si elle ne fonctionne pas, elle affaiblira l’organisation.

Comme les lecteurs l’ont reconnu, la pratique visant l’achat de cadeaux de départ plutôt coûteux aux officiers supérieurs est non seulement une tradition de longue date, mais semble aussi être habituelle au point que l’absence d’un tel cadeau serait maintenant perçue comme anormale.

Selon l’Ordonnance administrative des Forces canadiennes (OAFC) 19-13, Témoignages d’estime et cadeaux (qui n’a pas encore été remplacée par une publication des Directives et ordonnances administratives de la défense), la présentation de témoignages ou de cadeaux par les officiers ou les hommes à d’autres officiers est permise. Toutefois, étant donné le fardeau financier qui pourrait être imposé à un militaire, la présentation d’un cadeau ou témoignage devrait être réservée à des cas spéciaux et demeurer l’exception plutôt que la règle. Dans le dernier paragraphe de l’OAFC, on indique que les commandants doivent s’assurer que la présentation de témoignages ou cadeaux fait l’objet d’une surveillance ou d’un contrôle attentifs. Un certain nombre de lecteurs ont affirmé que ce type de scénario est très courant dans leur milieu de travail.

Plusieurs lecteurs ont directement jeté le blâme sur le Lcol Brown, étant donné la responsabilité de ce dernier d’assurer le traitement équitable du personnel et de participer activement tout au long du processus, en vertu de l’OAFC et, d’une manière générale, du Code de valeurs et d’éthique du MDN et des FAC. Comme le Lcol Brown tenait les communications internes en aversion, et qu’il n’a pas indiqué comment il aiderait à financer le coût, il n’est pas surprenant que la Capt Smith ne se soit pas sentie à l’aise d’expliquer la situation difficile.

Comme certains lecteurs l’ont remarqué, la Capt Smith aurait pu demander de l’aide. En outre, il n’a pas été sage de sa part d’acheter le cadeau avant de recueillir les fonds. Cela dit, elle n’a pas le même niveau de responsabilité que son commandant pour cette obligation qu’elle s’est imposée elle-même. La Capt Smith aurait aussi pu exprimer ses préoccupations à son supérieur immédiat, le Maj Philpott, qui aurait alors pu servir d’intermédiaire avant l’achat du cadeau.

Certains lecteurs ont fait observer que le seul recours de la Capt Smith était d’accepter la perte financière, de tirer une leçon de cette histoire et de passer à autre chose. Plusieurs personnes espèrent que quelqu’un, peut-être le major, trouve une façon de s’assurer que le Lcol Brown tire aussi une leçon de cette expérience, pour qu’à l’avenir il soit plus conscient du bien-être de ses subalternes et reconnaisse le coût d’une mauvaise communication en milieu de travail. Comme il a été proposé, la Capt Smith ou le Maj Philpott pourraient envoyer un courriel à l’échelle organisationnelle afin de faire état du manque de fonds et de solliciter à nouveau des dons. Bien entendu, comme d’autres l’ont fait remarquer, il serait encore mieux que le Lcol Brown se rende compte de son erreur et prenne les mesures correctives nécessaires de sa propre initiative.

Enfin, plusieurs lecteurs ont indiqué qu’il était peut-être temps de repenser la pratique des cadeaux de départ, car elle favorise l’élitisme au sein des FAC; on organise rarement, voire jamais, une collecte de dons aux fins de cadeaux de départ pour les caporaux et les soldats des FAC au moment d’une affectation. Pour reconnaître l’importance des traditions, la façon dont cette coutume est mise en pratique nécessite peut-être une réflexion approfondie. Bien que les institutions militaires n’aient jamais été démocratiques, les traditions peuvent évoluer si elles semblent compromettre leur objectif initial.

Merci à tous ceux et celles qui ont réagi au dilemme. N’oubliez pas de nous faire parvenir toute suggestion de scénarios par courriel.

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