D’un point de vue éthique, que feriez-vous? Commentaire sur Ristourne de couple

La Feuille d'érable
Février 2017

Dans le scénario Sur le plan éthique du mois de décembre, le Mat 3 fictif Rolly Labrosse apprend qu’un proche ami admet avoir commis un acte répréhensible et croit que cela ne dérangerait pas le Mat 3 Labrosse.

Le Mat 3 Bob Chaffey admet qu’il a exploité le système en complotant avec son ex-copine, comme il l’indique au mat 3 Labrosse à voix basse. Il a commis un vol organisé pour en tirer un avantage personnel (sans même pouvoir invoquer des difficultés financières). En mentant au sujet de sa situation, il a profité injustement des règles et de l’argent destinés à faire en sorte que des personnes plus méritantes que lui puissent bénéficier d’un appui financier supplémentaire.

Le scénario s’arrête au moment où Labrosse est allé de l’avant et a dit à Chaffey ce qu’il ressent exactement. Nous ne savons pas vraiment comment Chaffey a justifié ce qu’il a fait, mais son collègue est maintenant confronté à un dilemme. Il lui serait impossible de prétendre qu’il ignorait ce que Chaffey avait fait.

Presque tous les lecteurs ayant répondu ont convenu que Chaffey devait s’arrêter, ou qu’un de ses collègues devait l’arrêter. La suggestion la plus fréquente était que Labrosse lui présente diplomatiquement un ultimatum du genre : « C’est regrettable pour notre grande amitié, mais tu dois avouer ton " erreur " d’ici telle date; autrement, je vais le faire pour toi. » Si Chaffey accepte et passe à l’acte, plusieurs personnes ont fait remarquer que Labrosse pourrait intervenir en sa faveur et tenter ainsi d’atténuer la sévérité de la mesure disciplinaire infligée. Étant donné que l’argent a été mis de côté, il ne serait pas financièrement difficile de le rembourser rapidement.

D’autres lecteurs, en moins grand nombre, ont suggéré que Labrosse devrait s’adresser directement à quelqu’un d’autre (un supérieur ou le directeur du cours) et le laisser s’en occuper. Cependant, cette méthode clandestine peut comprendre elle-même des risques. Chaffey déciderait peut-être que, en raison de son comportement fourbe, son collègue mérite quelque chose du même genre. Il pourrait alors comploter avec son ex-copine pour jeter le soupçon sur Labrosse lui-même, suggérant que ce dernier chercherait simplement à s’en prendre à Chaffey pour ses propres raisons.

D’autres lecteurs ont dit, selon des considérations moins évidentes, qu’il valait mieux ne rien faire du tout. Il se pourrait en fait que Chaffey mente à son ami simplement afin de faire courir la rumeur parmi les stagiaires qu’il est « disponible » pour les femmes qui participent au cours; autrement dit, il serait prêt à avoir une aventure extraconjugale qu’il cacherait à sa conjointe actuelle qui l’attend chez lui. Si c’était le cas, l’ultimatum susmentionné aurait probablement l’avantage supplémentaire de révéler le mensonge, étant donné que Chaffey se rendrait compte des implications négatives du mensonge pour son ami, à moins qu’il n’admette à ce dernier ce qu’il a fait sur-le-champ. Il est très souvent sage de donner à quelqu’un la chance de se sortir de son propre pétrin, plutôt que d’essayer de le faire pour lui sans qu’il ne le sache.

Ce scénario nous rappelle le problème des témoins. Quelle différence y a-t-il entre faire quelque chose de répréhensible et observer quelqu’un d’autre le faire et ne pas intervenir? Oui, la justice militaire exige que l’on signale ce crime. La décision de ne pas intervenir entraîne les mêmes conséquences néfastes (qui, pour ceux qui savaient et qui n’ont rien fait, peuvent comprendre le risque d’être puni). La justification de la non-intervention peut être la suivante : l’observateur n’avait pas l’intention de faire quelque chose de répréhensible et il ne voulait pas être entrainé malgré lui dans un mensonge, ce qui atténue la culpabilité associée à l’inaction. Il existe vraiment une différence morale entre la commission d’un acte et l’apathie, mais pour que l’institution maintienne son intégrité, il faut que ses membres collaborent.

Merci à tous ceux et celles qui ont réagi au dilemme. N’oubliez pas de nous faire parvenir toute suggestion de scénarios par courriel, ethics-ethique@forces.gc.ca.

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