Annexe C : Dernier rapport sur la surveillance des suicides rédigé par la Direction - Protection de la santé de la Force

Le suicide au sein des Forces canadiennes de 1995 à 2008

Auteur : Dr. Jeff Whitehead MD MSc FRCPC
Chef, Section d'epidémiologie
Direction – Protection de la santé des Forces

Révisé par : Col HC MacKay MD
Chef, Direction – Protection de la santé des Forces

Approuvé par: Cmdre HW Jung MD
Médecin-chef des Forces Canadiennes

DPSF/Épidémiologie

Le 17 septembre 2009

 


 

Introduction

Depuis le début des années 1990, des inquiétudes sont soulevées quant au taux de suicide apparent des les FC et à ses possibles liens avec les déploiements. Il a par conséquent été demandé au Méd C FC de déterminer le taux de suicide au sein de l’ensemble du personnel des FC par comparaison avec celui de la population canadienne, ainsi que le taux de suicide chez les membres du personnel ayant des antécédents de déploiement par rapport à ceux sans antécédents de ce type. Bien que le MDN tienne à jour un registre des suicides chez les membres des FC, les comparaisons avec la population canadienne en général dépendent des taux de mortalité au Canada publiés par Statistique Canada environ deux ans après la fin de la collecte des données. Les données concernant les suicides de membres des FC sont disponibles jusqu’en 2008, mais les données canadiennes les plus récentes ne sont disponibles que jusqu’en 2005.

Il ne s’agit pas du premier rapport sur le suicide des membres des FC. Dans le cadre d’une étude réalisée en 1996, Sakinofsky et ses collègues se sont penchés sur le suicide chez les membres des FC entre janvier 1990 et juin 1995. Ils ont conclu que le taux de suicide chez les hommes des FC s’établissait à 12,2/100 000 durant les 5,5 années couvertes par l’étude, par comparaison avec le taux de 26,8/100 000 chez les hommes canadiens âgés de 20 à 54 ans. Comme ils ne disposaient, au moment de l’étude, que des données couvrant la période de 1990 à 1992 pour le Canada, les auteurs ont dû formuler l’hypothèse selon laquelle les taux de suicide au Canada n’avaient pas évolué après 1992. L’étude Sakinofsky a également conclu que le déploiement ne constituait pas un facteur de risque pour le suicide.

La DPSF a actualisé ces conclusions et fournit régulièrement des rapports épidémiologiques comprenant les taux de suicide des membres des FC au fil du temps, des comparaisons avec la population générale ainsi que des analyses des suicides en fonction des antécédents de déploiement. Ce rapport ne porte que sur les suicides des membres de la Force régulière puisque les registres concernant les membres de la Force de réserve (F rés) sont incomplets, tant en termes de nombre de suicide que de détermination des personnes à risque. Il y a un roulement de personnel élevé chez les réservistes de classe A. Le signalement des suicides et l’enquête sur ceux-ci dans ce groupe se font probablement à l’extérieur du système militaire, à moins d’être portés à l’attention du MDN. Le nombre des personnes à risque est également flou à cause de l’important roulement du personnel, qui rend la définition de réserviste actif nébuleuse. Vu que les données relatives aux tentatives de suicide sont souvent incomplètes, comme dans les autres études portant sur la santé au travail, ce rapport neporte que sur les décès par suicide.

Méthode

1. Le taux brut de suicide chez les hommes des FC a été calculé de 1995 à 2008, inclusivement. Le taux de suicide des Canadiennes représente habituellement un tiers à un cinquième de celui des Canadiens. Compte tenu de la faible proportion de femmes dans les FC, il n’est pas inhabituel de constater un faible taux de suicide chez celles-ci durant cette courte période. Du fait du très faible nombre de suicides chez les femmes et de l’instabilité statistique de ces données, les comparaisons n’ont porté que sur les taux concernant les hommes. Les taux de suicide avant 1995 n’ont pas été calculés, puisque la méthode de détermination des suicides a changé au fil du temps.

2. Afin de comparer le taux de suicide chez les hommes des FC avec le taux de suicide général chez les canadiens, une normalisation en fonction de l’âge a été effectuée au moyen de la méthode indirecte afin d’obtenir un ratio standardisé de mortalité (RSM) pour les suicides jusqu’en 2005. Cette méthode permet de contrôler l’écart d’âge entre les hommes des FC et les hommes dans la population canadienne en général. Le RSM est le nombre de cas observés divisé par le nombre de cas prévus dans la population à risque en fonction des taux propres à l’âge et au sexe d’une population standard (en l’occurrence, la population canadienne) multiplié par 100 p. 100. Par conséquent, un RSM inférieur à 100 p. 100 indique que la population en question présente un taux inférieur à celui de la population canadienne, tandisqu’un RSM supérieur à 100 p. 100 révèle un taux plus important.

3. Le calcul des intervalles de confiance (IC) pour les données relatives à la population est controversé, mais il est fourni ici pour ceux qui souhaiteraient généraliser les résultats à d’autres années. Les IC pour les taux de suicide chez les hommes des FC et les RSM ont été calculés directement au moyen des limites de confiance à 95 p. 100 de la distribution de Poisson. Dans tous les cas, les IC sont précieux pour illustrer la possible variabilité découlant des faibles nombres de cas envisagés.

4. On s’inquiétait qu’il puisse y avoir un risque plus élevé de suicide chez les hommes qui ont des antécédents de déploiement. Ainsi, des RSM ont été calculés de manière distincte pour les membres des FC avec ou sans antécédents de déploiement. Toutefois, les RSM ne peuvent pas être comparés directement entre eux parce qu’ils sont normalisés selon différentes distributions de population.

5. Afin de comparer directement le risque de suicide des personnes ayant des antécédents de déploiement à celui des personnes n’ayant pas de tels antécédents, une normalisation directe a été effectuée en utilisant la population masculine totale des FC comme standard. Les taux de suicide ajusté selon l’âge pour les personnes avec ou sans antécédents de déploiement ont été comparés au moyen des ratios de taux. Toutefois, étant donné que les taux propres à l’âge et au sexe pour cette population sont très instables, il faut user de prudence lors de la comparaison directe des taux normalisés. Les IC ont été calculés au moyen de la méthode décrite dans le texte de Rothman et Greenland. 1

6. Les renseignements relatifs au nombre de suicides ont été obtenus auprès de la Direction - Gestion du soutien aux blessés (DGSB). Les données démographiques (p.ex., l’âge, le sexe et les antécédents de déploiement) proviennent de la Direction - Système de gestion du personnel militaire (DSGPM). Les antécédents de déploiement étaient fondés sur les codes d’identification d’unité (CIU) de déploiement fournis par la DSGPM. Il convient de noter que le nombre des membres du personnel ayant des antécédents de déploiement depuis 1997 a changé par rapport aux précédents rapports, du fait de l’actualisation des registres de la DSGPM; certaines inexactitudes peuvent subsister en la matière.

7. Les taux de suicide au Canada en fonction de l’âge et du sexe ont été obtenus auprès de Statistique Canada. Au moment de la préparation de ce rapport, les données étaient disponibles jusqu’en 2005. Les taux de suicide au Canada découlent des données mentionnées sur les certificats de décès. Les codes utilisés pour ce rapport étaient ICD-9, E950-E959 (suicide et blessures auto-infligées) dans les tableaux standard publiés par Statistique Canada pour les années 1998 et 1999. Auparavant, les taux de suicide étaient tirés d’un tableau publié sur le site Web de Statistique Canada. Pour les années 2000, 2001 et 2005, le nombre des décès par suicide était fondé sur les codes X60-X84 de la CIM-10, à partir du tableau CANSIM 102-0540 de Statistique Canada, Causes de décès 2002 84-208-XIF. Les données concernant les décès par suicide en 2003 et 2004 proviennent du tableau CANSIM 102-0551. Les dénominateurs pour la population canadienne ont tous été tirés de la publication no 91-213 de Statistique Canada. Les dénominateurs relatifs à la période allant jusqu’en 2002 inclusivement étaient les données postcensitaires/intercensitaires définitives. Pour 2003 et 2004, il s’agissait d’estimations postcensitaires mises à jour, et pour 2005, d’estimations postcensitaires préliminaires. Selon certaines sources, les données provenant des certificats de décès sous-estiment les taux de suicide, bien que le taux véritable ne représente sans doute pas plus de 1,25 fois le taux officiel (estimation du National Center for Injury Prevention and Control du CDC).

Résultats

A. Taux brut de suicide chez les membres des FC (1995 à 2008)

Le Tableau 1 indique le taux de suicide chez les membres des FC pour 100 000 hommes. Étant donné que le nombre de cas était chaque année inférieur à 20, les taux n’ont pas été calculés annuellement, car le résultat n’aurait pas été fiable du point de vue statistique. Par conséquent, des taux à cinq ans ont été calculés pour les périodes de 1995 à 1999 et de 2000 à 2004 et un taux à quatre ans a été calculé pour la période de 2005 à 2008. Les taux concernant les femmes n’ont pas été calculés puisque le suicide chez les femmes était rare. Aucun cas de suicide n’a été enregistré pour cette population de 1995 à 2001; il en a été dénombré un en 2002, deux en 2003 et un en 2006, en 2007 et en 2008, respectivement.

Tableau 1 : Taux pluriannuel de suicide chez les hommes des FC (1995 - 2008)

AnnéeNombre d'hommes au sein du personnel des FCNombre de suicides chez les hommes des FCTaux de suicide chez les hommes des FC pour 105 (IC 95 %)
1995 62597 12  
1996 57608 8  
1997 55041 13  
1998 54485 13  
1999 53134 10  
1995-1999 282865 AP 56 19,8 (15,26)
2000 51864 12  
2001 51008 10  
2002 52326 9  
2003 53752 9  
2004 53871 10  
2000-2004 262821 AP 50 19,0 (14,25)
2005 53649 10  
2006 54308 7  
2007 55141 9  
2008 55709 13  
2005-2008 218807 AP 39 17,8 (13,24)

AP = annéespersonnes

Comme on peut le voir, le taux de suicide chez les membres des FC n’a pas évolué de façon sensible; l’estimation ponctuelle a même tendance à baisser.

B. Comparaison des taux de suicide chez les membres des FC et des taux cnadiens au moyen des ratios standardisés de mortalité (1995 à 2005)

Étant donné que les taux pour les membres des FC sont relativement instables, du fait du nombre de cas peu élevé, la meilleure approche consiste à comparer les décès par suicide en estimant le nombre de cas prévus en fonction de l’hypothèse selon laquelle les taux canadiens s’appliquent à la population militaire. Cette méthode, connue sous le nom de normalisation indirecte, est fréquemment utilisée dans les études portant sur la santé au travail. En divisant le nombre de cas observés par le nombre de cas prévus (selon les taux canadiens), le RSM peut être calculé. L’utilisation de cette méthode limite les calculs pour la période allant jusqu’en 2005, puisque Statistique Canada n’a pour l’instant publié les taux de suicide que jusqu’à cette annéelà. Les comparaisons à cinq ans ont été calculées, sauf pour l’année 2005 durant laquelle le taux annuel a été calculé (Tableau 2). Les taux de suicide au sein de la population canadienne depuis 2005 ont récemment été publiés par Statistique Canada; les données pour 2005 sont présentées, bien que peu de conclusions puissent être tirées d’un si faible nombre de décès. Le nombre annuel de décès par suicide au sein des membres des FC est si faible que le RSM pour 2005 doit être interprété prudemment, puisque les faibles chiffres renforcent la probabilité quele résultat soit dû au hasard.

Tableau 2 : Comparaison des taux de suicide chez les hommes des FC à ceux des hommes canadiens au moyen des ratios standardisés de mortalité 1995 à 2005

AnnéeÂgeNombre d'hommes au sein du personnel des FC (AP)Taux de suicide chez les hommes canadiensNombre prévu des suicides chez les hommes des FCNombre observé de suicides chez les hommes des FCRSM pour le suicide (IC à 95 %)
1995-99 15-19 3668 19,36 0,71 2  
1995-99 20-24 26729 26,77 7,15 7  
1995-99 25-44 224982 28,02 63,04 44  
1995-99 45-64 27486 25,56 7,03 3  
 Total (1995-99) 77,93 56 72 % (54,93)
2000-04 15-19 5285 14,92 0,79 1  
2000-04 20-24 27958 21,61 6,04 6  
2000-04 25-44 199383 23,78 47,42 37  
2000-04 45-64 30195 24,55 7,41 6  
Total (2000-04) 61,66 50 81 % (60,107)
2005 15-19 1098 13,37 0,15  0  
2005 20-24 6754 20,13 1,36  1  
2005 25-44 38047 22,61 8,60  8  
2005 45-64 7750 24,37 1,89  1  
Total (2005) 12,0 10 83 % (40,153)

Durant la période de 1995 à 1999, le RSM s’élevait à 72 p. 100, ce qui indiquait que le nombre de suicides chez les hommes des FC était de 28 p. 100 inférieur au taux prévu en fonction des taux chez les hommes canadiens, en tenant compte des différentes distributions d’âge. Cette conclusion était significative sur le plan statistique puisque la limite supérieure de confiance était inférieure à 100 p. 100. Pour la période de 2000 à 2004, le taux de suicide chez les hommes était de 19 p. 100 inférieur au taux prévu selon le taux de suicides observé chez les hommes canadiens. Cette conclusion n’est pas statistiquement significative puisque l’IC comprend 100 p. 100. En d’autres termes, cette conclusion pourrait être attribuable au hasard. De la même façon, les données pour 2005 indiquent que les hommes des FC présentent un taux de suicide de 17 p. 100 inférieur à celui de la population canadienne après ajustement des écarts d’âge entre les populations. Ce RSM n’est pas non plus significatif et présente un très grand IC (plus grand que l’estimation à cinq ans), ce qui indique une grande variabilité dans le RSM.

C. Comparaison des taux de suicide chez les membres des FC ayant des antécédents de déploiement et des taux canadiens au moyen des ratios standardisés de mortalité (1995 à 2005)

On s’inquiétait qu’il puisse y avoir un risque plus élevé de décès par suicide chez les militaires qui ont des antécédents de déploiement. Les RSM en fonction des antécédents de déploiement sont présentés au Tableau 3.

Tableau 3 : Ratios standardisés de mortalité pour les suicides chez les hommes des FC en fonction des antécédents de déploiement (1995 à 2005)

ÂgeSuicides chez les hommes des FC ayant des antecédents de déploiementSuicides chez les hommes des FC sans antecédents de déploiement
PrévuObservéRSM (IC 95 %)PrévuObservéRSM (IC 95 %)
1995-99
15-19 0,01 0   0,70 2  
20-24 1,36 2   5,80 5  
25-44 25,74 17   37,30 11  
45-64 2,73 0   4,30 7  
Total 29,84 19 64 % (38,99) 48,09 36 77 % (54,106)
2000-04
15-19 0,01 0   0,78 1  
20-24 1,35 1   4,69 5  
25-44 26,28 19   21,14 6  
45-64 3,87 4   3,54 2  
Total 31,52 24 76 % (49,113) 30,14 25 86 % (56,126)
2005
15-19 0,00 0   0,15 0  
20-24 0,23 0   1,13 1  
25-44 5,25 4   3,35 4  
45-64 1,12 0   0,77 1  
Total 6,60 4 61 % (17,155) 5,40 6 111 % (41,242)

Le RSM pour chacune des périodes de cinq années indique que le nombre observé de suicides chez les hommes est inférieur au nombre prévu selon les taux de suicide chez les hommes canadiens en général. Par exemple, durant la période de 2000 à 2004, le nombre de suicides chez les hommes des FC ayant des antécédents de déploiement représentait 76 p. 100 du taux prévu en fonction du taux de suicide des hommes canadiens. Pour les hommes n’ayant pas d’antécédents de déploiement, le RSM représentait 86 p. 100, ce qui indique que le risque que ceux-ci se suicident était de 14 p. 100 inférieur à celui des hommes canadiens du même âge. Toutefois, ces conclusions ne sont pas significatives. De plus, les RSM ne peuvent pas être comparés directement entre eux parce qu’ils sont fondés sur différentes populations. En 2005, le risque que les hommes ayant des antécédents de déploiement se suicident était de 39 p. 100 inférieur à celui des hommes canadiens du même âge; ce résultat n’est toutefois pas significatif. Le RSM pour les hommes des FC sans antécédents de déploiement n’est pas non plus significatif, ce qui indique que le taux dans la population des FC n’est pas statistiquement supérieur au taux de suicide chez les hommes canadiens du même âge. De plus, les IC extrêmement importants pour les données de 2005 mettent en évidence la variabilité et le manque de précision des données annuelles.

D. Taux de suicide chez les membres des FC ayant des antécédents de déploiement au moyen de la normalisation directe (1995 à 2008)

Le Tableau 4 indique les résultats de la normalisation directe. Les ratios des taux de suicide inférieurs à 1 suggèrent que les antécédents de déploiement ont un effet prophylactique, tandis que les ratios supérieurs à 1 suggèrent un effet néfaste du déploiement.

Tableau 4 : Comparaison des taux de suicide chez les membres des FC ayant des antécédents de déploiement au moyen de la normalisation directe (1995 à 2008)

ÂgeTotal des AP pour les hommes des FCTaux de suicide chez les hommes des FC pour 100 000Taux de suicide ajusté selon l'âge pour 100 000Ratio de taux des suicide (IC 95 %)
Antécédents de déploiementSans antécédents de déploiementAntécédents de déploiementSans antécédents de déploiement
1995-1999
15-19 3668 0 55,34      
20-24 26729 39,38 23,09      
25-44 224982 18,51 20,28      
45-64 27486 0 17,83      
Total 282865 17,65 21,12 18,4 20,8 0,89 (0.50,1.57)
2000-2004
15-19 5285 0 19,25      
20-24 27958 15,95 23,05      
25-44 199383 17,19 20,25      
45-64 30195 25,36 13,86      
Total 262821 18,09 19,97 17,7 19,8 0,89 (0.50,1.58)
2005-2008
15-19 5626 0 0      
20-24 29932 53,55 20,55      
25-44 148465 17,69 18,97      
45-64 34784 13,84 7,63      
Total 218807 18,67 16,84 21,5 16,9 1,27 (0.64,2.55)

Pour chacune des périodes de cinq années, le ratio des taux standardisés semble indiquer qu’une personne ayant des antécédents de déploiement aura moins tendance à se suicider qu’une personne qui n’a aucuns antécédents de déploiement. Au cours des périodes de 1995 à 1999 et de 2000 à 2004, les ratios des taux de suicide de 0,89 indiquent que le taux de suicide chez les hommes des FC ayant des antécédents de déploiement est de 89 p. 100 comparativement à ceux qui n’ont pas d’antécédents. Les IC des deux périodes comprennent 1,0, ce qui indique que ces résultats ne sont pas statistiquement significatifs. Les données pour la période de 2005 à 2008 montrent qu’il n’y a pas d’augmentation statistiquement significative du nombre de suicides parmi les militaires ayant des antécédents de déploiement par rapport à ceux qui n’en ont pas. Comme c’est le cas avec les autres périodes, l’IC comprend 1,0, ce qui signifie que le résultat est peu significatif et probablement aléatoire.

Examen de la question

La conclusion selon laquelle les taux de suicide dans les FC sont plus bas que dans la population canadienne en générale n’est pas surprenante. Les membres des FC forment une population active présélectionnée et on s’attend à ce qu’elle ait un taux de suicide et un taux de maladie plus faibles. Les rapports sur les suicides dans les FC sont probablement plus exhaustifs que ceux portant sur la population canadienne, car ces derniers se fondent sur les certificats de décès, ce qui donne lieu à une sous-estimation du nombre de suicides. Les rapports sur les suicides dans les FC sont produits à partir des données des certificats de décès et des rapports de la police militaire.

Comme l’indique le Tableau 1, aucune tendance récente ne se dessine quant aux taux de suicide chez les FC. Cependant, en raison de chiffres peu élevés et d’une faible efficacité statistique, toute modification dans les taux de suicide chez les FC au fil du temps n’est perceptible que par la manifestation de changements flagrants.

L’analyse du RSM qui compare le nombre de cas observés chez les FC et le nombre de cas prévus selon les taux au Canada est aussi limitée en raison des chiffres peu élevés. Il est à noter que les IC de 95 p. 100 comprennent les taux de 100 p. 100, ce qui indique que s’il s’agissait d’un échantillon, il faudrait considérer que les différences notées dans la population canadienne en générale sont peut-être aléatoires.

Les RSM qui comparent le nombre de cas observés chez les personnes avec et sans antécédents de déploiement et le nombre de cas prévus selon les taux au Canada montrent aussi que le déploiement ne représente pas un risque élevé pour les membres des FC. Cette démonstration est confirmée par les taux de standardisation directs qui, jusqu’en 2008, montrent qu’il n’y a pas de lien statistiquement significatif entre les antécédents de déploiement et le risque de suicide.

Le nombre annuel de suicides chez les hommes membres des FC est très faible par rapport au nombre total d’hommes membres des FC. L’utilité de la présentation des données annuelles de 2005 est discutable, car une légère variation du nombre de suicides donne lieu à un changement plutôt significatif dans l’estimation du RSM. Ainsi, les conclusions tirées des analyses des RSM de 2005 doivent être considérées comme un indicatif et tenir compte de l’instabilité des chiffres. Au fur et à mesure que les données à venir seront disponibles, les analyses seront effectuées en fonction d’un groupe d’années global.

Conclusions

Les conclusions suivantes ont été tirées en tenant pour acquis qu’il est possible qu’un écart réel n’ait pas été constaté en raison de la petite taille de l’échantillon. En d’autres mots, la puissance de cette étude est faible.

  1. Le taux brut de suicides dans les FC est en deçà de celui de la population canadienne en général, ce qui n’est pas surprenant dans le cas d’une population active présélectionnée. Il n’y a pas eu de changements manifestes dans les taux de suicide chez les hommes des FC entre 1995 et 2008.
  2. Le taux de suicide est plus bas que celui de la population canadienne en général lorsqu’il est normalisé selon l’âge et le sexe.
  3. Les antécédents de déploiement ne sont pas un facteur de risque de suicide au sein des FC.

 


 

1 Rothman K.J., S. Greenland, Modern Epidemiology, 2e Edition, Lippincott, Williams, & Wilkins, Philadelphia, 1998, p.260-4..

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