Annexe I : Surveillance du suicide dans les FC

Les pratiques de surveillance du suicide dans les FC ont changé au cours des neuf dernières années et il y aura d’autres améliorations prochainement. Nous discuterons des sujets suivants dans les trois sections : surveillance du suicide jusqu’à maintenant, lacunes dans la surveillance actuelle du suicide et, enfin, les projets pour l’avenir. La question de la surveillance du suicide fera ensuite l’objet de trois sous-catégories : décès par suicide, tentatives de suicide et idées suicidaires.

Surveillance du suicide auparavant et maintenant

A. Décès par suicide

La surveillance du suicide était mal organisée avant l’an 2000 en raison du manque de personnel. Il n’existait pas de calcul des taux et l’examen des causes de mortalité chez le personnel des FC était effectué à intervalles irréguliers. En raison des inquiétudes suscitées par la grappe de suicides au Québec, Sakinofsky et ses collègues ont enquêté sur les suicides au sein du personnel des FC entre janvier 1990 et juin 1995. L’étude réalisée en 1996 a permis de constater que le déploiement n’était pas un facteur de risque.

Depuis l’an 2000, l’approche de la surveillance du suicide est plus rigoureuse. Les taux bruts de suicide chez les hommes dans les FC ont été calculés de 1995 à la plus récente année civile terminée. Les calculs ont été faits uniquement pour le personnel de la F rég. En raison du faible nombre de suicides par année, on calcule habituellement des taux moyens de cinq ans, et les intervalles de confiance sont généralement assez importants. Le taux de suicide des Canadiennes représente habituellement un tiers à un cinquième de celui des Canadiens. Corrélativement à la faible proportion de femmes dans les FC, il n’est pas rare de ne constater aucun suicide chez les femmes dans une année donnée. Il n’y a pas eu de suicide chez les femmes de 1995 à 2001; il y en a eu un en 2002, deux en 2003 et un en 2006, en 2007 et en 2008. Ces analyses comprennent seulement les suicides dans la F rég, car les registres de la F rés sont incomplets en ce qui concerne les suicides et les personnes à risque. Il y a un roulement de personnel élevé chez les réservistes de classe A. Le signalement des suicides et l’enquête sur ceux-ci dans ce groupe se font probablement à l’extérieur du système militaire, à moins d’être portés à l’attention du MDN.

Les renseignements relatifs au nombre de suicides étaient auparavant obtenus auprès de la DGSB. Depuis 2004, les épidémiologistes étudient tous les décès survenus au sein des FC au moyen d’un examen des enquêtes sommaires, des commissions d’enquête et des dossiers médicaux pour confirmer les décès par suicide. Il est rare que les résultats ne soient pas conformes aux résultats de la DGSB. Les données démographiques (c.àd., âge, sexe et antécédents de déploiement) proviennent de la principale base de données du personnel des FC (Système de gestion des ressources humaines ou SGRH). Les antécédents de déploiement sont fondés sur les CIU du SGRH. Les taux de suicide au Canada en fonction de l’âge et du sexe ont été obtenus auprès de Statistique Canada, qui utilise les données que comportent les certificats de décès. Auparavant, les codes d’E950 à E959 de la CIM-9 étaient utilisés. Les codes de X60 à X84 de la CIM-10 sont maintenant utilisés. Les deux séries traitent du suicide et des blessures auto-infligées. Les décès attribuables aux blessures dont la cause n’est pas déterminée (d’E980 à E989 et d’Y10 à Y34) ne sont pas inclus, car on craignait que les décès des FC fassent l’objet d’une enquête plus approfondie que les décès dans la population canadienne en général. L’exclusion de ces décès donne un résultat de RSM plus conservateur. Les dénominateurs de la population canadienne sont tirés des publications de Statistique Canada.

Depuis l’an 2000, on a réalisé régulièrement les analyses élémentaires ci-après indiquées.

  1. Taux bruts de suicide calculés chez les hommes des FC Le taux de suicide chez les hommes de la F rég se situent dans la plage de 17 à 20/100 000 par année. Ces taux semblent diminuer lentement, tout comme le taux dans la population canadienne. On consigne les moyens utilisés seulement depuis 2004. Les moyens les plus courants sont la pendaison, la strangulation ou la suffocation.
  2. Pour comparer les taux chez les hommes des FC avec les taux chez les hommes canadiens, on a utilisé la méthode indirecte de normalisation selon l’âge afin d’obtenir les RSM. Cette méthode permet de contrôler l’écart d’âge entre les hommes des FC et les hommes canadiens. Cette méthode présente des limites : actuellement, le retard qu’accuse Statistique Canada dans la publication des données de mortalité pour l’ensemble du Canada est de trois ans. Le RMS des hommes de la F rég est d’environ 80 p. 100 pour le suicide.
  3. Les RMS des hommes qui ont des antécédents de déploiement et des hommes qui n’en ont pas sont calculés séparément. On s’inquiétait qu’il puisse y avoir un risque plus élevé de suicide chez les hommes qui ont des antécédents de déploiement. Le RMS des hommes qui ont des antécédents de déploiement se situe dans la plage de 60 à 80 p. 100.
  4. Comme on ne peut comparer directement les RMS des hommes qui ont des antécédents de déploiement et des hommes qui n’en ont pas, car ils sont normalisés selon différentes distributions de population, on effectue la normalisation directe en utilisant la population totale des hommes des FC comme norme. Les taux de suicide ajustés selon l’âge chez les hommes avec ou sans antécédents de déploiement sont comparés à l’aide de ratios de taux. Le ratio des taux de suicide est environ égal à un, ce qui signifie qu’il semble n’y avoir aucune augmentation du risque de suicide chez les hommes qui ont des antécédents de déploiement.

B. Tentatives de suicide

Les renseignements sur les tentatives de suicide proviennent d’enquêtes anonymes, comme le SSSV. Le SSSV est un sondage postal qui a été effectué tous les quatre ans jusqu’en 2008. Selon le SSSV de 2004, moins d’un pour cent des répondants de la F rég ont mentionné avoir déjà fait une tentative de suicide.

Le cycle 1.2 du Supplément FC de l’Enquête sur la santé dans les collectivités canadiennes (ESCC) de 2002 était une enquête sur la population menée par Statistique Canada qui portait sur les militaires de la F rég et de la F rés des FC. Au moment de l’enquête, 2,2 p. 100 des hommes et 5,6 p. 100 des femmes des FC ont déclaré avoir déjà fait une tentative de suicide. La raison de l’écart entre ce taux et celui de l’ESCC est inconnue. Dans certains contextes, les tentatives de suicide ont été nettement sous-déclarées.

Les différences de méthode peuvent également expliquer une partie de cet écart. La police militaire peut conserver certains types de dossiers sur les tentatives de suicide. Toutefois, ils sont presque assurément incomplets. Dans la grande majorité des cas, les militaires des FC qui font une tentative de suicide et veulent obtenir des soins médicaux reçoivent un traitement dans les établissements médicaux civils. On ignore si la gravité de la tentative est consignée.

C. Idées suicidaires

Les renseignements sur les idées suicidaires proviennent du SSSV de 2004 et du Supplément de l’ESCC du MDN de 2002; les chiffres qui suivent sont tirés de ce dernier. Environ 16 p. 100 des membres du personnel de la F rég ont envisagé le suicide de façon sérieuse à un certain moment de leur vie, tandis que 4 p. 100 des membres du personnel des FC ont eu des idées suicidaires au cours des 12 derniers mois. Ces chiffres sont comparables aux taux relevés dans la population canadienne. Récemment, on a ajouté une question à l’examen médical périodique (EMP) destiné aux personnes ayant eu des idées suicidaires au cours des 12 derniers mois. L’EMP est exigée tous les cinq ans chez les membres du personnel des FC âgés de moins de 40 ans et tous les deux ans par la suite.

Lacunes dans la surveillance actuelle du suicide

A. Décès par suicide

Les facteurs de risque pour les décès par suicide ne sont pas consignés de façon systématique dans toutes les enquêtes sommaires et les commissions d’enquête. Par exemple, on ignore la proportion de militaires des FC décédés par suicide qui avaient des problèmes financiers. Ce genre de renseignement aiderait à orienter les efforts de prévention du suicide. Les renseignements sur les moyens utilisés par les militaires pour se suicider sont incomplets. Bien que les armes à feu soient le deuxième moyen le plus utilisé par les membres des FC, on ignore combien de ces armes étaient des armes appartenant aux FC.

Les taux de suicide chez les membres de la F rés et les membres des FC libérés sont inconnus. Les taux de suicide chez les membres des FC libérés sont consignés dans les systèmes de statistiques vitaux territoriaux et provinciaux, alors que les taux de suicide chez les membres de la F rés sont saisis de façon incomplète dans les dossiers de suicide tenus par la DGSB.

B. Tentatives de suicide

Il n’existe aucune surveillance pour les tentatives de suicide à l’heure actuelle. La police militaire fait un certain suivi, mais on ignore si la gravité des tentatives est consignée. Il est important de consigner la gravité des tentatives, car l’épidémiologie des tentatives de suicide et des décès par suicide est très différente. La surveillance des tentatives de suicide est difficile dans toute population. Toutefois, un certain suivi serait possible si le contenu des dossiers médicaux et des dossiers de la police militaire était mis en commun.

C. Idées suicidaires

Une enquête sur la santé mentale, réalisée au moyen d’entrevues personnelles répétées, fournirait des données comparatives de plus grande qualité que les données tirées du SSSV.

Projets pour l'avenir

A. Décès par suicide

Il est nécessaire de mieux consigner les facteurs de risque et les moyens de suicide. On peut y parvenir grâce à un processus amélioré d’enquêtes sommaires ou de commissions d’enquête, mais en raison des longs délais (souvent trois ou quatre ans) de réalisation de ces enquêtes administratives, une nouvelle approche serait favorisée. Une enquête détaillée mais concise, réalisée par le personnel médical, pourrait permettre d’atteindre cet objectif.

L’absence de renseignements sur les suicides dans la F rés et chez le personnel libéré sera corrigée par un lien à la base de données sur la mortalité de Statistique Canada dans le cadre de l’Étude sur la mortalité et sur l’incidence du cancer dans les FC. Ce lien est l’une des composantes (phase 3) d’un vaste projet conjoint d’Anciens Combattants Canada et du MDN, connu sous le nom d’Étude des ésultats transitionnels.

B. Tentatives de suicide

Il n’y a actuellement aucun projet pour mettre en place la surveillance des tentatives de suicide. Si un projet est élaboré, il devrait s’assurer de la mise en commun du contenu des dossiers médicaux et des dossiers de la police militaire. Dans la mesure du possible, la gravité des tentatives devrait être mesurée..

C. Idées suicidaires

On continuera de mesurer les idées suicidaires dans le SSSV et pendant l’EMP. Un nouveau Supplément de l’ESCC du MDN permettrait de parfaire les connaissances dans ce domaine, mais il nécessiterait l’accord de Statistique Canada afin de mener l’enquête au sein de la population canadienne en général de manière à obtenir des données comparatives.

 


Jeff Whitehead, chef, section d'épidémiologie, Direction - Protection de la santé de la Force a fourni cette annexe.

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