Approche systémique de la prévention du suicide au sein des FC

Selon les sections susmentionnées, il est évident que les FC participent déjà pleinement à des activités pouvant ultimement jouer un rôle en matière de prévention du suicide. Cependant, des efforts accrus dans certains domaines pourraient non seulement renforcer leur programme, mais aussi leur apporter d’autres avantages (p. ex. des soins de santé mentale améliorés).

Comment l’approche des FC se comparetelle à un programme de référence? En 1999, l’US Air Force a mis en oeuvre un programme communautaire de prévention du suicide à volets multiples [122]. Diverses formes d’intervention faisaient partie de ce programme (ANNEXE B). En 2004, l’USAF rapportait une réduction importante de son taux de suicide et ciblait divers autres avantages apparents du programme (réduction de ses taux d’homicide, de décès accidentels et d’autres formes graves de violence familiale) [122].

Pour évaluer le programme, on a principalement comparé les taux de suicide d’avant et d’après sa mise en oeuvre. D’un point de vue méthodologique, cette façon de faire présentait des faiblesses, surtout en ce qui concerne les résultats obtenus lorsque le taux de suicide varie pour des raisons qu’on ne comprend pas tout à fait. Les détracteurs ont souligné que le taux de suicide avait également connu une baisse au sein de la population des États-Unis en général [123;124]. Les auteurs ont rétorqué en expliquant que la baisse du taux de suicide n’avait pas été aussi importante au sein de la population en général qu’au sein de la population de l’USAF et que, par ailleurs, la baisse dans la population en général s’expliquait par des facteurs dont l’importance aurait été beaucoup moindre au sein de l’USAF (spécifiquement la baisse du taux de chômage et de la consommation de drogues dures) [125].

Il pourrait aussi y avoir une « régression à la moyenne » : on a tendance à mettre en oeuvre des programmes de prévention du suicide lorsque le taux de suicide atteint des sommets. Or, ces variations sont parfois attribuables au simple hasard, ce qui veut dire que la baisse subséquente du taux qu’on constate par après peut aussi être le reflet de ces variations attribuables au hasard. Malgré cela, les dernières données publiées par l’USAF réfutent cette hypothèse, car les données de 2008 démontrent que le taux de suicide est demeuré inférieur à celui d’avant le programme. Enfin, les défenseurs du programme soulignent que des programmes semblables se sont révélés bénéfiques dans de nombreux contextes, seulement pas de façon aussi convaincante [19].

Pour les besoins des FC, on ne trouvera probablement jamais d’étude de référence de programmes de prévention du suicide au sein de la population dans une organisation militaire provenant d’uneculture semblable à la nôtre. 1 Autrement dit, on n’obtiendra rien de mieux que ce qu’on a déjà pource qui est des preuves. Les organisations militaires devront prendre des décisions concernant leur programme de prévention du suicide d’après des données scientifiques dont les limites pourraient être importantes.

L’ANNEXE B contient une comparaison entre le programme de prévention du suicide des FC et celuide l’USAF. Dans certains cas (p. ex. modalités de protection en matière de confidentialité), les FC ont surpassé de beaucoup les normes de l’USAF et tentent d’atteindre des objectifs supplémentaires de prévention du suicide (comme l’amélioration des traitements spécialisés pour les patients suicidaires).

À l’heure actuelle, il y a, entre autres, une mesure d’intervention que les FC n’appliquent pas : ils’agit de la séance d’information annuelle visant à informer les commandants des ressources offertes en santé mentale. Selon le Comité d’experts, il ne s’agit pas d’une stratégie essentielle, et certains se sont même dits inquiets qu’elle puisse banaliser le problème. En effet, les formations annuelles obligatoires ont tendance à faire de l’éducation un exercice superficiel. Donc, on pourrait plutôt faire passer ces renseignements sur les sources de soin dans l’approche globale de formation sur la santé mentale destinée aux dirigeants des FC. En outre, il vaut mieux décider de la fréquence de tout aspect particulier de la programmation en fonction d’un besoin démontrable d’éducation plutôt que d’un désir de faire preuve de diligence raisonnable. Pour connaître le besoin de campagnes de sensibilisation ciblées, il faut procéder à une surveillance périodique du degré de sensibilisation à l’égard des différents programmes; le SSSV bisannuel en cours de réalisation nous fournira tous les renseignements à cet effet.

L’autre mesure d’intervention que les FC n’appliquent pas actuellement est la soidisant politique de « transfert » d’entrevues d’enquête. Le Comité d’experts a recommandé que les FC envisagent l’adoption d’une politique de ce genre compte tenu de l’importance des mesures disciplinaires en tant qu’élément déclencheur des comportements suicidaires.

Par contre, il y a plusieurs mesures d’intervention du programme de prévention du suicide de l’USAF que les FC mettent effectivement en pratique; en y accordant une attention accrue, elles pourraient même améliorer les résultats obtenus. Certains exemples son décrits ci-après.

  1. Éducation des dirigeants sur la santé mentale et le suicide dans le cadre des cours de formation professionnelle : les FC sont en cours de conception et de mise en oeuvre d’un programme complet d’éducation sur la santé mentale. Jusqu’à maintenant, un seul module est terminé, maison prévoit que les autres seront prêts au cours des prochaines années.
  2. Éducation du personnel subalterne axée sur l’aide entre camarades : ce cours est également en cours de préparation. On prévoit le donner au moment de l’entraînement des recrues, de l’instruction préalable au déploiement et de la réinsertion postdéploiement.
  3. Surveillance des suicides : comme il en a déjà été question, il y a des possibilités d’amélioration du système de surveillance des suicides des FC.

 

  • Recommandation 55 : Il faudrait intégrer l’éducation des dirigeants sur les services de santé mentale offerts au programme avancé d’éducation sur la santé mentale des FC. Il faudrait en outre déterminer la fréquence de cette formation en fonction d’un besoin démontrable d’éducation plutôt que d’un calendrier fixe.
  • Recommandation 56 : Il faudrait également intégrer les aptitudes de soutien en santé mentale nécessaires à l’aide entre camarades au programme d’éducation avancé sur la santé mentale des FC.

 


 

1 Voici entre autres pourquoi : 1) peu d’organisations militaires sont touchées par un nombre de suicides annuel suffisamment élevé pourqu’il soit possible de constater les avantages modestes que peuvent apporter les programmes de prévention du suicide; 2) la préventiondu suicide tient trop à coeur aux gens pour qu’il soit facile, voire possible d’élaborer et de mettre en oeuvre un groupe témoin; 3) levolet culturel influence fortement le suicide, et peu de pays ont une culture assez semblable à la nôtre pour que les résultats constatésailleurs puissent être appliqués aux FC; 4) Les forces armées sont des organisations tissées serrées, ce qui veut dire qu’il serait impossiblede prévenir totalement les retombées du programme de prévention du suicide sur le groupe témoin.

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