Conclusion

Les FC s’attardent à la prévention du suicide, puisqu’il s’agit d’un important problème de santé publique qui, par ailleurs, est la principale cause de mortalité prématurée chez les hommes d’âge militaire. De la précédente discussion des objectifs de prévention du suicide au sein des FC, il ressort que les organisations militaires disposent d’un certain nombre de possibilités conventionnelles de prévention du suicide qui vont bien au-delà des outils dont dispose l’employeur civil moyen. Elles peuvent ainsi, par exemple, rendre obligatoire l’éducation et le dépistage pour tous leurs employés. Elles sont responsables de presque l’ensemble du système de santé à qui revient le mandat de fournir les soins nécessaires, qu’il s’agisse de médicaments, de psychothérapie et de suivi des patients à risque élevé. Certes, les FC ne sont pas en mesure de gérer directement le signalement des suicides par les médias, mais elles peuvent tout de même tenter de collaborer avec eux afin de réduire le risque de comportements suicidaires par imitation. Les possibilités de moyens de réduction sont limitées par la mesure dans laquelle les personnes suicidaires ont accès à des moyens de se donner la mort à l’extérieur des FC, mais il est possible que des efforts supplémentaires de restriction de l’accès aux armes à feu de service et de modification aux emballages des médicaments aient aussi des avantages supplémentaires.

Les organisations militaires disposent également de points d’influence autres que ceux de la liste traditionnelle d’objectifs éventuels de prévention du suicide. Ainsi, elles peuvent réduire le stress professionnel en appliquant des politiques à cette fin (p. ex, politiques liées à la fréquence de déploiement du personnel) et en exerçant une direction efficace. Elles peuvent aussi, du moins en théorie, exploiter la modification du principal facteur de risque en donnant un entraînement à la résilience. Elles peuvent prendre des mesures visant à surmonter les nombreux obstacles différents aux soins de santé mentale. Enfin, elles peuvent prendre des mesures systématiques afin d’améliorer la qualité des soins de santé mentale prodigués en leur enceinte. Cependant, puisque les FC ne fournissent pas de soins en hospitalisation, il y a une des pièces maîtresses du cassetête de la prévention du suicide sur laquelle elles n’ont pas de pouvoir. Dans ce domaine, donc, le mieux qu’elles puissent faire, c’est de coordonner un bon suivi le plus efficacement possible.

Les FC participent déjà à certaines activités dans chacune des sphères traditionnelles et de celles plutôt exclusives aux forces armées. Les efforts déployés par leur personnel visant à surmonter les obstacles des soins de santé mentale se sont révélés particulièrement importants, et les données démontrent maintenant qu’ils porteront leurs fruits. Les efforts des FC visant à concevoir et à mettre en oeuvre un programme d’éducation sur la santé mentale donné tout au long de la carrière du personnel en sont encore à leurs débuts, mais ils semblent très prometteurs. En outre, d’un point de vue global, les FC possèdent un programme de prévention du suicide solide et complet. Il se compare avantageusement avec celui de ses proches alliés, dont le programme de référence de l’US Air Force.

Le secteur dans lequel on pourrait réaliser les plus grandes améliorations est celui des efforts systématiques visant à améliorer la qualité des soins de santé mentale. On a ainsi conçu un système solide qui devrait permettre de fournir des soins de qualité et qui est doté, à chacune de ses grandes cliniques, d’un coordonnateur de l’amélioration de la qualité qui sera en mesure de favoriser une amélioration continue à l’échelle locale. Cependant, il est difficile pour les FC de mesurer et de décrire la qualité des soins qu’elles fournissent, ainsi que les bienfaits des résultats obtenus. C’est que le fait d’employer des fournisseurs de soins de santé mentale bien formés, motivés et bien équipés n’est pas,en soi, une recette absolue d’excellence des soins fournis.

La discussion en cours devrait aussi montrer que les dirigeants, les militaires, les cliniciens et les autres fournisseurs de soutien en service doivent se répartir la responsabilité à l’égard de la prévention du suicide.

Il incombe aux cliniciens de fournir des soins optimaux, fondés sur des preuves (ce qui comprend de faire des efforts systématiques visant à assurer le suivi des patients à risque élevé). Il leur incombe également de relever et de corriger les lacunes dans leurs propres connaissances ou aptitudes dans la gestion des patients éventuellement suicidaires. Ils doivent veiller à faire du travail de proximité et à essayer par d’autres moyens systématiques de surmonter les nombreux obstacles différents aux soins de santé mentale. Enfin, ils doivent être proactifs et faire des efforts systématiques afin d’améliorer laqualité des soins dans leur clinique.

Les dirigeants, quant à eux, ont pour principale responsabilité de faire preuve d’excellence dans leur direction. La part des répercussions positives d’une bonne direction sur le taux de suicide susceptibles d’être rattachées à des connaissances ou à des capacités précises au sujet du suicide est relativement faible. Toutefois, puisque les dirigeants agissent à titre de protecteurs, ils doivent tout de même faire preuve de bonnes capacités et être en mesure d’ouvrir la voie à des soins efficaces pour ceux, suicidaires ou non, qui en ont besoin. Les hauts dirigeants doivent adopter et faire appliquer des politiques qui font la promotion de la santé mentale et du bienêtre (c’est à dire celles qui visent le harcèlement, les conflits en milieu de travail et l’intégrité familiale). Tous les dirigeants, tant ceux des cliniques que les autres, doivent veiller à ce que les cliniciens disposent des ressources, des outils et des moyens de soutien leur permettant d’offrir les meilleurs soins de santé mentale qui soient.

Il incombe aux militaires de reconnaître le moment où ils ont besoin d’aide, d’obtenir celle-ci et de respecter le traitement recommandé. Ils se doivent aussi de prendre soin et de s’occuper de leurs camarades et de leurs collègues qui pourraient avoir des idées suicidaires, et de prendre les mesuresnécessaires lorsque les autres expriment des pensées ou des volontés suicidaires. La psychoéducation que les militaires reçoivent tout au long de leur carrière vise à leur faciliter la tâche à cet égard.

De nombreux programmes de prévention du suicide (y compris la politique de 1996 des FC) tournent autour de l’éducation de masse. Le Comité d’experts propose que le programme des FC ait un centre de gravité différent, soit la prestation de soins de santé mentale efficaces pour tous ceux qui en ont besoin. On pense ainsi parce que c’est l’efficacité des soins de santé mentale qui « répare » les pensées et les comportements suicidaires. Les dirigeants et les membres du personnel subalterne peuvent jouer un rôle facilitant, mais en ce qui concerne la prévention du suicide, du moins, les mesures qu’ils prennent doivent ultimement viser à amener les gens ayant des problèmes de santé mentale ou despensées suicidaires à obtenir des soins efficaces.

En conclusion, il importe d’avoir des attentes raisonnables quant au degré d’efficacité que peut atteindre le programme de prévention du suicide des FC. Le programme de référence de l’USAF semble avoir permis de réduire d’au mieux 30 p. 100 le nombre de suicides commis. Étant donné que les FC mettent déjà en application la plupart des volets du programme de l’USAF, les résultats quele programme donnera seront probablement inférieurs. Autrement dit, on parviendrait à prévenir aumieux quelques suicides par année, un changement qui serait, en somme, difficile à constater au cours des années à venir. Néanmoins, cet effet de prévention, aussi petit soitil, n’aura pas de prix aux yeux des personnes et des familles touchées par le suicide.

Il existe de nombreux facteurs qui font du suicide un fait difficile à prévenir, comme les limites technologiques intrinsèques aux soins de santé mentale, les difficultés à fournir des soins de santé mentale, la vaste étendue des facteurs qui influencent le comportement suicidaire et les incertitudes scientifiques majeures concernant les meilleures façons de traiter les troubles mentaux et de prévenir le suicide. Bien que les traitements de santé mentale soient plus évolués que jamais, les maladies mentales n’en demeurent pas moins de puissants troubles. Même le clinicien le mieux équipé ne parviendra jamais à sauver chacun des patients qui en sont atteints. C’est en partie pour ces raisons que l’on estime pouvoir prévenir que 20 à 25 p. 100 des suicides chez les personnes en soins de santé mentale.

Le Comité d’experts joint également un certain nombre de recommandations dont les avantages en ce qui concerne la prévention du suicide sont incertains (bien que plausibles). Cependant, dans la majorité des cas, les mesures d’intervention recommandées présentent d’autres avantages mesurables qui jouent en leur faveur. Par exemple, une direction améliorée pourrait avoir des répercussions sur la prévention du suicide, mais elle amènera assurément d’autres avantages au sein de l’organisation. En fait, ce sont probablement ces effets auxiliaires de la stratégie de prévention du suicide des FC qui viendront masquer ses répercussions sur le taux de suicide en tant que tel.

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