Contexte

Le suicide est un événement rare mais tragique, qui enlève la vie à près de 4 000 citoyens canadiens chaque année [1]. Il s’agit de l’une des principales causes de décès au sein du groupe démographique qui compose la majorité du personnel militaire. Le suicide a également des répercussions importantes sur les années potentielles de vie perdue au sein de cette population [2].

Le caractère définitif de l’acte suicidaire fait de la prévention une mesure de contrôle particulièrement importante 1. En théorie, tous les suicides devraient être évitables, mais dans les faits, seuls quelquesuns le sont [3;4]. De la même manière, tous les décès par accidents de la route devraient être évitables : si les gens conduisaient prudemment et évitaient de heurter d’autres véhicules, des piétons ou des objets immobiles, personne ne mourrait dans les accidents de voiture 2. Dans les faits, les gens sont inattentifs, ils conduisent quand les conditions routières sont mauvaises, ils roulent trop vite, ne respectent pas le code de la route, boivent de l’alcool avant de prendre le volant, etc., alors que les conséquences de leurs actes sont prévisibles. 3

Même en ce qui concerne les patients qui reçoivent des soins de santé mentale, les vérifications des contrôles de la qualité ont démontré que seuls 20 à 25 p. 100 des suicides étaient considérés comme évitables. Pourtant, alors qu’une vaste gamme d’interventions et d’avancées technologiques ont permis de réduire le taux de létalité des accidents de la route [5], un certain nombre d’interventions ont démontré qu’elles avaient réduit le risque de comportement suicidaire [6]. De nombreuses mesures ont aussi probablement eu des effets préventifs sur le suicide, mais aucune preuve concrète n’a été apportée.

La prévention du suicide dans les organisations militaires a un sens particulier, surtout de nos jours:

  • Les problèmes de santé mentale sont des facteurs prépondérants qui influencent le comportement suicidaire [6] et certaines activités militaires (notamment le combat armé) peuvent provoquer des problèmes de santé mentale [7]. Même si les taux de suicide au sein des populations militaires en service actif sont généralement inférieurs à ceux de l’ensemble de la population [8-11], les anciens combattants qui ont participé à certains conflits [12;13] (mais pas à tous [14;15]) semblent présenter un risque de suicide plus élevé. Les forces armées doivent donc faire preuve de diligence raisonnable afin d’atténuer ce qui pourrait être un problème de santé lié au travail.
  • Les conflits en Asie du Sud-Ouest exposent de nombreux membres du personnel militaire occidental à des degrés de risque et d’adversité plus élevés que ce qu’on a connu au cours des dernières années.
  • Les taux de suicide au sein de l’US Army et du Marine Corps ont augmenté de façon dramatique au cours des dernières années. À l’inverse, au cours de la même période, le taux de suicide des FC est demeuré stable, en dépit des incroyables exigences de la mission en Afghanistan. Les taux sont également demeurés stables au Royaume-Uni [16;17], qui est très présent du point de vue opérationnel en Asie du Sud-Ouest. Cependant, le nombre de suicides au sein des FC est tellement peu élevé qu’il est difficile de détecter une augmentation faible à modeste du taux de suicide d’une année à l’autre.
  • Plus important encore, les organisations militaires exercent un contrôle sur une gamme de cibles éventuelles en matière de prévention du suicide bien plus vaste que l’employeur civil moyen. Cela est attribuable au fait que les forces armées sont, en plus d’être un employeur, un système d’offre de soins de santé, un service de médecine du travail, une entité de santé publique, un régime d’assurance, etc.

Comme l’indiquent en détail l’ANNEXE C, la Figure 2 et la Figure 3, le nombre de suicides au sein des FC est peu élevé en termes absolus (environ 10 par année). Chez les hommes 4, ce taux est d’environ 20. p. 100 inférieur à l’ensemble de la population canadienne de la même tranche d’âge (en particulier, de 17 à 20 suicides environ pour 100 000 hommes, par année). Malgré le départ de près de 30 000 militaires à l’appui de la mission en Afghanistan, les taux de suicide chez les hommes n’ont pas augmenté au cours des cinq dernières années.

Suicides au sein de la Force régulière des FC 1995 à 2008 (deux sexes) (Déscription ci-dessous)

*Données provenant du système de surveillance du suicide des FC

Figure 2 : Suicides au sein de la Force régulière des FC 1995 à 2008 (deux sexes)

Figure 2 : Suicides au sein de la Force régulière des FC 1995 à 2008 (deux sexes) (Textuel)*

 

Nombre de suicides
AnnéeFemmesHommes
1995 0 12
1996 0 8
1997 0 13
1998 0 13
1999 0 10
2000 0 12
2001 0 10
2002 1 9
2003 2 9
2004 0 10
2005 0 10
2006 1 7
2007 1 9
2008 1 13

 

* Données provenant du système de surveillance du suicide des FC.

Taux de suicide chez les hommes au sein de la Force régulière des FC de 1995 à 2008 (comparativement au taux de suicide chez les hommes canadiens). Déscription ci-dessous.

*Au moment de la présente analyse, 2005 est la dernière année pour laquelle les taux de suicide de l'ensemble de la population étaient disponibles. Les données concernant les FC proviennent du système de surveillance du suicide (nombre de suicides), du Système de gestion des ressources humaines des FC (nombre d'hommes de la F rég par année) et de Statistique Canada (taux de suicide de l'ensemble de la population canadienne).

Figure 3 : Taux de suicide chez les hommes au sein de la Force régulière des FC de 1995 à 2008 (comparativement au taux de suicide chez les hommes canadiens)

Figure 3 : Taux de suicide chez les hommes au sein de la Force régulière des FC de 1995 à 2008 (comparativement au taux de suicide chez les hommes canadiens) (Textuel)

 

Taux de suicide par année pour 100 000 hommes
AnnéeTaux de suicide chez le membresTaux de suicide chez les hommes canadiens, normalisé en fonction de la répartition des membres des FC selon l'âge
1995 19.17025 29.61394
1996 13.88696 28.1057
1997 23.61876 25.08217
1998 23.85978 25.95079
1999 18.82034 28.92871
2000 23.13744 24.6731
2001 19.60477 24.63639
2002 17.19986 22.89179
2003 16.74356 23.23118
2004 18.56286 21.80753
2005 18.63968 22.45744
2006 12.88945  
2007 16.32179  
2008 23.33555  

 

* Au moment de la présente analyse, 2005 est la dernière année pour laquelle les taux de suicide de l'ensemble de la population étaient disponibles. Les données concernant les FC proviennent du système de surveillance du suicide (nombre de suicides), du Système de gestion des ressources humaines des FC (nombre d'hommes de la F rég par année) et de Statistique Canada (taux de suicide de l'ensemble de la population canadienne).

Sans tenir compte de ces faits, les suicides au sein des FC attirent régulièrement l’attention du public, en particulier lorsqu’ils sont perçus comme des suicides liées au déploiement ou lorsque l’on pense que les FC auraient dû les empêcher. Les données disponibles (se reporter à l’ANNEXE C) indiquent qu’en fait, les suicides ne sont pas plus vraisemblables chez les personnes ayant des antécédents de déploiement.

Les FC participent à de nombreuses activités aux effets préventifs avérés (ou possibles), mais leur politique actuelle sur la prévention du suicide (OAFC 1944, ANNEXE D) date de 1996. D’importants changements ont eu lieu depuis cette date en ce qui concerne les opérations des FC, la manière dont elles offrent les services de santé mentale et l’ensemble de connaissances sur la prévention du suicide. Le point central de la politique actuelle est l’éducation des militaires et des dirigeants, de manière à augmenter leurs connaissances sur le suicide.

À l’été 2009, le Méd C FC (Commodore Hans Jung) a demandé la mise sur pied d’un comité d’experts sur la prévention du suicide, composé des membres du personnel clés des Services de santé des FC et des représentants de certains de nos plus proches alliés (ANNEXE E). Les objectifs énoncés de ce comité étaient ceux-ci-après énoncés.

  1. Examiner les données scientifiques disponibles, l’épidémiologie et les pratiques exemplaires actuelles dans le domaine de la surveillance et de la prévention du suicide.
  2. Formuler un ensemble de recommandations au sujet de la gestion de la prévention du suicide et de l’intervention au sein des FC. Ces recommandations devaient être équilibrées, réalisables et logiques compte tenu des éléments de preuve disponibles. (ANNEXE F).

Les recommandations du Comité d’experts relativement à la prévention du suicide ne devaient pas se limiter à des démarches pédagogiques.

Le Comité d’experts s’est réuni à Halifax les 22 et 23 septembre 2009. L’ordre du jour figure à l’ANNEXE G. Des spécialistes des FC ont présenté les mesures prises par celles-ci en matière de prévention du suicide dans un domaine donné (p. ex., l’éducation de masse). Le Comité d’experts a discuté des possibilités d’améliorations éventuelles et a émis des recommandations officielles. Les collègues des FC à l’échelle internationale ont présenté des renseignements concernant les programmes de prévention du suicide mis en place dans leur pays. La force de l’approche des FC a été évaluée par rapport aux meilleures pratiques figurant dans la documentation scientifique et dans les approches de leurs plus proches alliés. Il n’a pas été possible de comparer l’approche des FC à la stratégie de prévention du suicide du Canada dans son ensemble : le Canada est l’un des seuls pays industrialisés qui ne possède pas de stratégie de prévention du suicide à l’échelle nationale.

Le présent rapport est un résumé des conclusions et des recommandations du Comité d’experts.

 


 

1 Comparativement, il existe une possibilité de traitement pour la plupart des autres états de santé, même si la prévention échoue (p. ex., syphilis, cancer du poumon, etc.)

2 En fait, les spécialistes de la santé publique s’opposent à l’utilisation du terme « accident » dans ce contexte. Ils préfèrent le terme « collision », qui fait passer un message plus fort quant à leur caractère évitable.

3 La prévention des accidents de la route comporte certaines similitudes avec la prévention du suicide : il s’agit de deux problèmes complexes qui requièrent une série d’interventions compliquées. Les interventions dans le milieu sont importantes dans les deux cas. Les campagnes de sensibilisation peuvent faire office de facilitateur en ce qui concerne la prévention des accidents de la route, mais leur contribution indépendante est incertaine et possiblement peu importante (il en est de même pour la prévention du suicide). Il existe une grosse différence entre la prévention des accidents et la prévention du suicide : personne ne souhaite avoir un accident de voiture. Il s’agit d’un résultat imprévu et non désiré. En revanche, les personnes réellement suicidaires veulent mourir et sont capables d’atteindre leur objectif. La prévention est d’autant plus difficile dans ce cas.

4 Le nombre de suicides chez les femmes au sein des FC est tellement peu élevé qu’il ne serait pas pertinent de calculer son taux et de produire des rapports à ce sujet.

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