Sommaire exécutif de l’enquête sur l’incendie

Manège Militaire de la Grande-Allée

No d’identification de l’incident : 2008-2155

Situé au 805, avenue Wilfrid-Laurier dans le centre-ville de Québec, le Manège militaire de la Grande-Allée (MMGA) a été conçu par l’architecte Eugène-Étienne Taché et construit entre les années 1884 et 1887.  C’est la maison mère de la plus vieille unité d’infanterie de langue française des Forces canadiennes, les Voltigeurs de Québec, qui a été établie en 1862.  Le MMGA héberge aussi un musée régimentaire, qui contient des artefacts de nombreuses batailles des Forces canadiennes, notamment certains de la Première et Deuxième Guerre mondiale telle que la cloche de Vimy, des armes, des uniformes et des médailles.

À environ 21 h 30 le 4 avril 2008, un incendie de catégorie 1 a été signalé au MMGA.  L’incendie a détruit une grande partie de la structure, y compris la salle d’exercices.  Le Directeur du Service des incendies (Forces canadiennes) (DSIFC) a immédiatement amorcé une enquête sur la cause, l’origine et les circonstances de l’incendie

L’enquête a conclu que l’incendie était accidentel.  L’enquête a également déterminé que l’incendie a débuté dans le coin sud-ouest du grenier de la salle principale du manège militaire où un projet d’installation d’extincteurs automatiques était en cours. De plus, l’utilisation inadéquate des appareils électriques a été déterminée comme étant la cause de l’incendie.

Les entrepreneurs chargés du projet d’extincteurs automatiques utilisaient une lampe portative à halogène pour éclairer leur zone de travail.  Aucune grille de protection ne couvrait la lampe et celle-ci n’était pas montée sur un trépied.  Bien qu’il s’agissait d’une pratique courante d’éteindre la lumière en débranchant la rallonge électrique, les éléments de preuve indiquent que la lampe est demeurée allumée et sans surveillance le 4 avril 2008 après que tous les travailleurs aient quitté le bâtiment.

Des analyses judiciaires ont permis d’établir que la lampe baladeuse utilisée avait subi un choc et qu’elle était restée allumée par la suite.  Les essais de combustion en laboratoire ont confirmé que lorsque ce type de lampe baladeuse entre en contact avec des pièces de charpente en bois, le bois s’enflamme dans un délai approximatif de 5 à 32 minutes.

L’enquête a également révélé que le système d'alarme incendie était partiellement non fonctionnel. Spécifiquement, la zone de détection d’incendie qui comprenait le grenier avait été déconnectée, ce qui a permis à l’incendie de sévir sans être détecté, jusqu’à l’appel 911. Des tests en laboratoire qui ont été effectués au moyen d’équipement similaire dans un modèle structural construit à l’échelle ont permis de conclure que, si la zone de détection avait été fonctionnelle, l’incendie aurait été détecté environ 45 minutes (+/- 15 minutes) après l’allumage, ce qui aurait donné l’alerte, et l'intervention du service d'incendie aurait donc commencé plus d’une heure plus tôt.

En se fondant sur les résultats de l’enquête, ces recommandations sont avancés :

1. Utilisation d’équipement d’éclairage portable

L’équipement d’éclairage portable de type halogène, que l’on juge être à l’origine de l’incendie, fonctionne à des températures très élevées. On peut se procurer facilement ce type de lampe dans toutes les quincailleries et on en voit régulièrement sur les chantiers de construction. La conception et la fabrication de ce type de lampe prévoient divers moyens de protection, par exemple, des lentilles de verre, des grilles protectrices, des supports de fixation et des pieds. L’Agence canadienne de normalisation (ACNOR), qui fait l’essai des lampes et en établit la liste, exige l’emploi des moyens de protection lors de l’utilisation de celles-ci afin d’empêcher qu’elles provoquent des incendies. Il faut suivre à la lettre les instructions du fabricant. La ACNOR gère la norme ACNOR C22.2 no12-1982 (R2004), Luminaires portatifs.

Il est recommandé que le DSIFC publie une alerte concernant le produit, y énonce les risques liés à l’utilisation de ces lampes et fournisse des recommandations visant à réduire les risques d’incendie.

2. Sécurité incendie sur les chantiers de construction

Il est recommandé d’examiner le Protocole d’entente entre le MDN et Construction de Défense Canada (CDC), ainsi que les documents contractuels de CDC, afin de voir si ceux-ci sont conformes aux exigences du Code du bâtiment et du Code de prévention des incendies applicables aux chantiers de construction, de sorte que les entrepreneurs adoptent toutes les mesures de sécurité nécessaires sur les chantiers de construction.

3. Gestion des défaillances du système de protection contre les incendies

Comme l’exige le Code Nationale Prévention des incendies (CNPI), lorsqu’un système de protection contre les incendies ou une partie de celui-ci, doit être désactivé temporairement, il faut prendre des mesures pour assurer que le bâtiment demeure protégé contre les incendies. Les zones de détection du système d’alarme d’incendie du MMGA qui avait été désactivées n’ont pas été consignées comme il se doit ou communiquées. De plus, aucune mesure de rechange n’avait été adoptée pour limiter les effets. La Ligne directrice d’opération du DSIFC (FMOG) 4006, Désactivation des systèmes de protection contre l’incendie, décrit toutes les exigences et procédures du Code s’appliquant à la gestion d’une défaillance d’un système de protection contre les incendies. Chaque désactivation temporaire d’un système de protection contre les incendies ou d’une partie de celui-ci doit être gérée conformément au CNPI et à la FMOG 4005.

4. Inspection, mise à l’essai et entretien des systèmes de protection contre les incendies

Tel que prescrit dans le CNPI, tous les systèmes de protection contre les incendies doivent être inspectés, mis à l’essai et entretenus conformément à des exigences précises. Tel qu’observé au cours de l’enquête, l’inspection, la mise à l’essai et l’entretien des systèmes de détection et d’alarme d’incendie au MMGA n’ont pas été effectués selon les exigences du CNPI. Afin d’assurer l’impartialité et pour bénéficier des services de techniciens qualifiés, le DSIFC recommande que tout l’équipement de protection contre les incendies soit inspecté, mis à l’essai et entretenu par une tierce personne ayant suivi une formation spécifique et est accrédité pour travailler sur des systèmes particuliers.

5. Enquête de désactivation du système d’alarme incendie

Étant donné que le système d’alarme incendie du MMGA à été désactivé et ce en partie et que cette situation ne relève pas du mandat de cette enquête,  il est recommandé qu’une enquête plus approfondie sur ce manquement soit effectuée.

6. Présentation des conclusions du Conseil national de recherche du Canada à l’Agence canadienne de normalisation

Étant donné l’ampleur des essais effectués par le Conseil national de recherche du (CNRC) sur l’utilisation des lampes de travail halogènes et les risques d’incendie qui y sont associés, il est recommandé que les résultats de ces essais soient présentés à l’ACNOR pour qu’elle les examine et s’en inspire dans l’élaboration de futures normes dans ce domaine.

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