L’iceberg de la maladie mentale

Article / Le 6 février 2014

Ce récit a été écrit par Medric « Cous » Cousineau, Capt à la retaite.

Mes amis, la plupart d’entre vous ne m’ont jamais rencontré et n’ont même jamais entendu parler de moi. J’ai quitté les Forces en 1991, ce qui ne date pas d’hier. Je possède quelque chose cependant de vraiment important que plusieurs d'entre vous n'avez pas, heureusement : je combats depuis deux décennies et demi de graves problèmes de santé mentale, et le seul fait que je sois encore en vie est un témoignage de bonne fortune, mais pas nécessairement de bonne gestion. J’ai été blessé en octobre 1986, en Atlantique nord, et peu de temps après, les mots « stress post traumatique (TSPT) » sont apparus dans mon dossier médical. Sachant que le TSPT a été ajouté au Manuel diagnostique et statistique des troubles mentaux IV, en 1994, on peut dire que j’ai été l’un des premiers chez qui on a officiellement diagnostiqué cette blessure dévastatrice.

Donc, qu’ai-je appris et pourquoi est-ce aussi important pour vous, à titre de militaires et plus encore à titre de superviseurs? Une fois qu’un problème de santé mentale se manifeste au point de devenir apparent en milieu de travail, sachez que ce que vous percevez n’est qu’une infime partie d’un énorme problème sous-jacent. C’est un peu comme une fosse septique. Personne ne peut patauger dans une fosse septique sans éclabousser quelqu’un et malheureusement, la plupart du temps, ceux qui sont éclaboussés sont ceux qui sont le plus près. Ainsi, lorsqu’un militaire est aux prises avec des problèmes de santé mentale, sachez que sa famille en porte le fardeau et qu’il s’agit souvent d’un très lourd fardeau. Beaucoup de membres de ces familles ont peu de demander de l’aide, freinés par les mêmes préjugés que les militaires doivent eux-mêmes combattre. Qu’arrivera-t-il si j’en parle à quelqu’un? 

Voici la triste réalité. En tentant de dissimuler les symptômes et les problèmes découlant d’une maladie mentale parce qu’on a peur de voir notre carrière prendre fin, on ne fait qu’exacerber le problème, qui nous rattrapera tôt ou tard et nous mènera effectivement à devoir abandonner notre carrière. Durant tout ce processus, les relations familiales sont sérieusement mises à l’épreuve.

Les problèmes de santé mentale ne sont pas comme le bon vin, ils ne vieillissent pas bien s’ils ne sont pas traités.

Alors, comment faire face à ces problèmes personnellement et en tant que superviseur? Comment peut-on faire tomber les préjugés associés aux problèmes de santé mentale? Que pouvons-nous faire pour nous assurer que des soins sont disponibles rapidement et que des mesures sont prises en ce sens, autant par la personne touchée que par le système?

Peut-être que l’espoir constitue la meilleure arme dans notre combat contre la maladie mentale. L’espoir que ce que nous accomplissons aujourd’hui permet de garantir que demain sera mieux qu’hier. L’espoir que l’aide que nous allons chercher aidera les membres de notre famille à composer avec les difficultés que nous avons et l’espoir qu’eux aussi puissent aller chercher de l’aide. Souvenez-vous, ils ont été éclaboussés et ce n’est pas sans conséquence.

Le présent article n’est pas une liste remaniée des nombreux programmes disponibles par l’intermédiaire des systèmes médical et de gestion du personnel des Forces. Il existe d’autres moyens de traiter de ces questions. Sachez toutefois que si vous choisissez de souffrir seul, isolé et en silence, la voie que vous suivez ne mène nulle part. Lorsqu’il s’agit de TSPT, soixante pour cent de ceux qui en souffrent sont également aux prises avec d’autres maladies voisines notamment la dépression, l’anxiété, le trouble panique, les terreurs nocturnes, l’agoraphobie, les dépendances ou les idées suicidaires. Ce n’est pas un combat que l’on peut mener seul. Dans les Forces, nous avons été entraînés à ne pas laisser nos camarades de combat, nos « wingers, »  sur le champ de bataille. C’est vrai aussi lorsqu’un des nôtres doit faire face à de graves problèmes de santé mentale.

Alors, la prochaine fois que vous pensez à un camarade ou à l’un de vos soldats, et que vous savez qu’il commence à déraper, pensez à la manière dont vous allez aborder le problème. Tout comme l’iceberg, il y a tant sous la surface, et l’ arme la plus puissance de notre arsenal, c’est l’espoir.

Bien à vous, Medric « Cous » Cousineau, É.C., C.D. Capt (retraité)

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