Ressources en santé mentale - Témoignages

« Il est parfois très difficile de parler à une personne qui, selon vous, ne peut comprendre votre situation. Une mission est un bon exemple. Dans notre milieu, j’ai souvent entendu : “Vous ne pouvez pas comprendre ma situation parce que vous n’avez jamais été en mission.” J’ai été en mission, je sais ce que c’est. J’ai donc un point de vue de la situation. Cependant, beaucoup de civils qui travaillent avec moi ne sont jamais allés en mission et ils n’iront jamais en mission. Mais ce que je peux vous dire c’est que […] si vous partagez votre expérience, ils sont prêts à écouter et à s’engager dans cette voie. Ils n’ont pas besoin de vivre l’expérience pour vous aider. »

Michele McCashion, Travailleuse sociale des FAC

« Tout le côté gauche de mon corps avait été mis en pièces. J’étais un jeune homme de 30 ans qui avait fait partie des forces armées et qui avait fait tout ce qu’il avait pu. Je pensais que ma vie était finie. J’ai réellement cru que tout était terminé à cause de cet événement dévastateur et catastrophique.

Je pensais que je ne pouvais rien faire jusqu’à ce que cet homme me dise : “La phrase « Je ne peux pas » n’existe pas. Tu ne peux pas pour le moment. Avec du temps, de la patience et de l’encouragement, et si tu as la volonté nécessaire, tu peux réaliser de grandes choses.”. »

Sergent Bjarne Nielson

« Vous voulez parler? Je vous écoute. Ils [les soldats] doivent comprendre cela. J’ai l’impression que la meilleure façon consiste à faire abstraction de la chaîne de commandement et à faire en sorte que ce ne soit pas des paroles en l’air. Le grade ne compte plus. Nous sommes à l’écoute de vos préoccupations et de vos difficultés. »

Adjudant-maître Anthony Jones

« Dans les forces armées, nous acceptons beaucoup mieux la santé mentale et sommes en mesure d’encourager nos collègues à aller de l’avant. Des études indiquent que la majorité d’entre nous soutiennent nos collègues et les encouragent certainement à obtenir de l’aide. Cependant, je crois que nous sommes beaucoup plus sévères envers nous-mêmes. C’est là le problème. Nous présumons que les personnes nous jugeront sévèrement et nous sommes plus exigeants envers nous-mêmes qu’envers nos collègues et nos pairs. Selon moi, il est réellement important de s’arrêter et de se dire “Que pourrais-je proposer à mon meilleur ami? Si mon ami avait les mêmes symptômes que moi, qu’est-ce que je lui dirais?ʺ Je pense que vous diriez : “Amène-toi. Parle à quelqu’un parce que tu as besoin d’aide!”. »

Major Janice Magar, Psychiatre des FAC

« Il s’agit d’une blessure comme toutes les autres. Quand on se casse un bras, il n’y a pas de problème parce qu’on a un plâtre et les gens signent dessus. Quand c’est dans la tête, on ne la voit pas. Dans la société, nous ne comprenons pas encore tout ce qui entoure cette question. Mais, nos soldats commencent à se sentir à l’aise et constatent que le système fonctionne. Le plus rapidement vous entrez dans le système pour obtenir l’aide dont vous avez besoin, meilleur sont vos chances de guérison. »

L’adjudant-chef des Forces canadiennes Kevin West

« Tous autant que nous sommes, dans notre vie de tous les jours, nous rencontrons des gens et leur demandons comment ils vont. Trop souvent, nous n’écoutons pas vraiment la réponse ou ne prenons pas le temps de nous arrêter pour laisser savoir à ces personnes que nous voulons vraiment, réellement savoir comment elles vont. Alors, je pense qu’il s’agit de prendre le temps d’établir un réel contact avec les gens, parce que c’est lorsque vous passer du temps avec eux et que vous écoutez ce qu’ils ont à dire qu’ils sentent qu’ils ont la possibilité d’être honnêtes et de créer un véritable lien avec vous. »

« Je pense que nous sommes plus durs envers nous-mêmes qu’envers les autres. Nous trouvons acceptable que les autres obtiennent de l’aide et nous ne les jugeons pas. Lorsqu’il s’agit de nous par contre, nous nous jugeons beaucoup plus sévèrement que nous le ferions avec les autres. » 

Le lieutenant-colonel Suzanne Bailey
Travailleuse sociale principale des FAC

« [Aller me faire soigner] est la chose la plus courageuse que j’aie eu à faire dans ma vie. Si vous vous cassez une jambe, vous allez vous faire poser un plâtre. Ce devrait être la même chose pour les blessures mentales. Le système fonctionne. Si vous utilisez le système à votre avantage, que vous faites appel à toutes les ressources qui vous sont offertes, que vous êtes honnête envers vous-même et honnête envers votre thérapeute et vos médecins, cela fonctionnera. Je me sens bien. J’aurais dû faire ça il y a 20 ans. »

« Je vis avec le TSPT depuis près de 20 ans, cela remonte à la Somalie… Je l’ai dissimulé et j’ai été capable de mettre un masque tous les jours, aller au bureau, faire mon travail et retourner à la maison. Ma femme s’en est aperçue, mais au travail, ils n’ont rien vu. Je ne comprends pas le mécanisme derrière tout cela, mais pour moi, tout a remonté à la surface après l’Afghanistan. J’ai commencé à perdre le contrôle. »

Le major Réjean Richard

« La direction applique la politique de la porte ouverte. Les soldats peuvent s’adresser à leurs leaders. Parfois, lorsqu’une personne vient à nous, il faut faire fi du grade et de l’uniforme, aller en terrain neutre et seulement discuter. Partagez vos expériences, parce que vous vivez les mêmes difficultés. »

« Si vous vous cassez une jambe, vous allez vous faire soigner. Si vous avez une maladie mentale, il faut vous faire soigner aussi. Si vous n’êtes pas en bonne santé physique et mentale, vous ne pouvez pas bien accomplir votre travail. »

 L’adjudant-chef Jason Pickard

« En 1989, je faisais partie du Régiment aéroporté du Canada lorsqu’un avion, un CC‑130, s’est écrasé à Fairbanks, en Alaska. Huit de mes camarades sont morts dans cet écrasement. Cet événement, associé au suicide d’un très bon ami et à un accident qui m’est arrivé, a eu raison de moi. Je n’ai pas porté ces difficultés à l’attention de qui que ce soit. Je craignais la stigmatisation et des conséquences sur ma carrière. Aujourd’hui cependant, j’estime que j’aurais dû en parler, les partager. Des installations étaient en place, mais je ne les ai jamais utilisées. En rétrospective, j’aurais dû agir plus tôt. Une intervention rapide aurait certainement fait de moi une personne plus résiliente.

Je pense que ma fierté, ma détermination à être un soldat solide, m’a empêché de chercher de l’aide. J’avais même l’habitude de dire aux jeunes soldats que j’avais fait disparaître toute trace de sentiment; toutefois, je savais que c’était faux. À la suite d’une série d’incidents et d’un très grave accident subi pendant ma mission en Bosnie, lequel me hante encore aujourd’hui, j’ai commencé à perdre la maîtrise de ma vie : consommation abusive d’alcool, divorce, problèmes financiers, etc. J’ai fini par me retrouver à vivre dans ma camionnette pendant un certain temps. J’avais dissocié cette vie de ma vie militaire. J’endossais mon uniforme tous les jours, je prenais une bonne respiration et je continuais. Mais quand j’en ai eu assez et que j’ai eu besoin d’aide, ma chaîne de commandement m’a appuyé et les Forces canadiennes m’ont encouragé à aller de l’avant. Ça m’a pris plus d’énergie à dévoiler à mes supérieurs que j’avais un problème que de régler le problème lui‑même. J’ai alors décidé de me rendre au Homewood Health Centre, la meilleure décision que j’ai prise au cours des seize années pendant lesquelles j’ai été confronté à ce problème.

Après une carrière de 29 ans, je pensais avoir la couenne dure, être un soldat agressif, un super soldat. Toutefois, la turbulence qui m’habitait m’a presque été fatale. Les Forces canadiennes, par l’entremise de ma chaîne de commandement, m’ont aidé et m’ont appuyé, mettant à ma disposition un gestionnaire de cas, un psychiatre, un psychologue et un conseiller en toxicomanie. Tous m’ont aidé à être ce que je suis aujourd’hui ».

Adjum Clarke

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