La bataille de la poche de Medak

Documentation / Le 13 septembre 2013 / Numéro de projet : BG - 13.042

Créée au lendemain de la Première Guerre mondiale suite à la désintégration de l’Empire austro-hongrois, la Yougoslavie était un pays pluriethnique composé de plusieurs républiques (la Slovénie, la Croatie, la Serbie, la Bosnie-Herzégovine, la Macédoine, le Monténégro) – dont chacune possède une identité distincte. Les tensions au sein des différents groupes ethniques et religieux ont dégénéré en 1991 avec les déclarations d’indépendance de la Slovénie et de la Croatie. Comme les républiques étaient composées d’importants groupes minoritaires – comme les Serbes en Croatie – la table était donc mise pour des années de conflits ethniques et religieux.

L’engagement du Canada dans les Balkans

Depuis 1991, plus de 16 500 membres des Forces armées canadiennes (FAC) ont été déployés dans les Balkans pour prendre part à la Force de protection de l’Organisation des Nations Unies (ONU). La Force de protection de l’ONU avait été formée à l’origine pour protéger les civils et démilitariser plusieurs régions protégées de l’ONU en Croatie, mais son mandat et sa mission se sont étendus à l’ensemble de la région. Pratiquement tous les bataillons d’infanterie et les régiments blindés du Canada ont effectué des périodes de service, à tour de rôle, en Croatie, au Kosovo et en Bosnie-Herzégovine. Le Canada a également déployé des ressources navales dans la mer Adriatique pour aider l’ONU à empêcher les envois d’armes de parvenir par la voie maritime à la région, ainsi que des ressources aériennes pour faire respecter les zones d’exclusion aériennes de l’ONU et le blocus des armes.

Prélude à la bataille de la poche de Medak

En mars 1993, le groupement tactique canadien, qui était structuré autour du 2e Bataillon, Princess Patricia’s Canadian Light Infantry, est parti pour sa première mission de maintien de la paix en six mois en ex-Yougoslavie. Les réservistes composaient une part importante du groupement tactique, qui comptait 875 soldats. À l’origine, le 2e Bataillon était responsable d’une région protégée par l’ONU dans le nord-ouest de la Croatie. Lors de l’opération dans la région, le 2e Bataillon s’est forgé la réputation d’être tenace, mais juste, nuisant aux attaques des Croates et des Serbes.

Dans le secteur sud de la zone d’opération de la Force de protection de l’ONU, la Croatie exerçait une pression militaire de plus en plus forte sur la population en grande partie serbe. L’accord d’Erdut, qui a engendré un cessez-le-feu dans le secteur sud, était pour le moins très fragile. En septembre 1993, le général français Jean Cot, commandant de la Force de protection de l’ONU, reconnait le professionnalisme des Canadiens et, constatant le besoin de soutenir le cessez-le-feu dans le secteur sud, il ordonne au 2e Bataillon de s’y déployer pour stabiliser la région. Dans les heures qui ont suivi leur arrivée dans le secteur sud, le lieutenant-colonel Jim Calvin, commandant du 2e Bataillon, et sa force ont rencontré une importante offensive croate dans la région connue comme « la poche de Medak. »

La bataille de la poche de Medak

Alors que les soldats du groupement tactique canadien commençaient à franchir les lignes serbes pour prendre position au front, ils ont été frappés par des tirs de mortiers et des obus d’artillerie. Par conséquent, ils ont été forcés de faire halte et de mettre en place des positions défensives en attendant qu’un cessez-le-feu soit conclu. La pression internationale et les efforts de l’ONU et du lieutenant-colonel Calvin ont mené à un accord de cessez-le-feu le 13 septembre, dans lequel les Croates ont convenu de retourner aux positions qu’ils détenaient le 8 septembre. 

Le 15 septembre, le 2e Bataillon, renforcé de deux compagnies mécanisées de l’Armée française, a commencé à avancer pour mettre en œuvre l’accord de cessez-le-feu. Cependant, les Croates ne se sont pas retirés. Tandis que les Canadiens et les Français avançaient, ils ont été attaqués par les forces croates et contraints de riposter pour se défendre. La bataille a fait rage pendant 15 heures, jusqu’à l’aube du 16 septembre. Dans des conditions extrêmement périlleuses et dangereuses, faisant face à l’artillerie de l’ennemi, aux tir d’armes légères et de mitrailleuses lourdes, ainsi qu’au mines antichars et antipersonnel, les soldats canadiens et français se sont retranchés, ont maintenu leur position et ont repoussé les forces croates. Durant cette bataille, quatre soldats canadiens ont été blessés. Le général des Croates a demandé une rencontre avec le lieutenant-général Calvin pour la soirée du 15 septembre, où il a été convenu que les Croates se déplaceraient le lendemain à midi.

Le matin du 16 septembre, pendant que les Canadiens et les Français avançaient de nouveau, de la fumée s’élevait de plusieurs villages derrière les lignes croates et on pouvait entendre des explosions et des rafales de fusils automatiques. Les soldats ont rencontré un barrage routier croate protégé par un champ de mines placé à la hâte, un char d’assaut T-72 et des missiles antichars. Il était clair que les Croates résistaient à l’avance des Canadiens.

Étant donné l’impasse, le lieutenant-colonel Calvin appela un groupe de journalistes internationaux qui étaient arrivés sur les lieux. Il leur mentionna que le commandant de l’Armée croate ne respectait pas les termes de l’accord de cessez-le-feu et que les Croates dissimulaient des preuves de violence à l’égard des civils. L’apparition des journalistes a eu l’effet recherché et les forces croates ont laissé le bataillon entrer dans la zone. Par ses actions exemplaires, le 2e Bataillon a forcé l’Armée croate à cesser ses tactiques violentes qui affectaient les civils et il a incontestablement contribué à sauver la vie de nombreux civils.

Dans les jours qui ont suivi, les membres du 2e Bataillon ont amassé des preuves de violence à l’égard des civils. Une partie de ces preuves a été utilisée par le tribunal pénal international qui enquêtait sur les crimes de guerre et les crimes contre l’humanité durant les guerres en ex-Yougoslavie.

Au lendemain d’une victoire tragique

En reconnaissance de son courage et de l’exécution professionnelle de ses tâches pendant la bataille de la poche de Medak, le 2e Bataillon s’est vu remettre, en 2002, la mention élogieuse du commandant en chef à l’intention des unités par l’ancienne gouverneure générale Adrienne Clarkson. Cette mention peut être décernée à toute unité ou sous-unité des FAC, ou à toute organisation similaire d’une force armée étrangère travaillant avec les FAC, en reconnaissance d’un acte ou d’un exploit extraordinaire accompli dans des circonstances extrêmement dangereuses.

La bataille de la poche de Medak a été qualifiée comme l’opération militaire la plus importante menée par l’ONU en ex-Yougoslavie. Le groupement tactique canadien a été déployé dans les Balkans pour une mission de maintien de la paix. Cependant, une combinaison de pression politique et militaire appuyée par l’utilisation de la force a permis d’arrêter l’escalade de la violence dans la poche de Medak. La bataille a démontré que l’ONU était prête à utiliser la force lors d’opérations de maintien de la paix, comme énoncé dans la Charte des Nations Unies, chapitre VII. En retour, les actions des soldats de la Force régulière et de la Réserve ont eu pour conséquence d’accroître le respect des Croates et des Serbes envers les Canadiens et la Force de protection de l’ONU.

Depuis la fin des guerres en ex-Yougoslavie, la Croatie a fait un effort concerté pour joindre la famille des pays démocratiques. La Croatie coopère avec le Tribunal pénal international pour l’ancienne Yougoslavie (TPI-y), a mis en place une démocratie fonctionnelle avec des institutions stables qui garantissent la primauté du droit et le respect des droits fondamentaux, et a mis en œuvre des réformes économiques d’envergure. Mettant le cap sur l’intégration euro-atlantique, la Croatie s’est jointe à l’OTAN lors du Sommet de l’Alliance en avril 2009, et elle est devenue membre de l’Union européenne le 1er juillet 2013.

Le Canada est fier de pouvoir compter la Croatie parmi ses amis proches et alliés, et il était l’un des premiers membres de l’OTAN à accueillir la Croatie dans l’Alliance. La Croatie a effectué un large éventail de réformes militaires afin de joindre l’Alliance et, depuis, elle a contribué aux opérations internationales de l’OTAN, y compris aux côtés des Canadiens en Afghanistan. Depuis 2005, la Croatie a également pris part au Programme d’instruction et de coopération militaires du ministère de la Défense nationale, qui forme des soldats en langues, et donne la formation d’officiers d’état-major et en soutien de la paix internationale aux membres des Forces armées croates.         

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 Pour de plus amples renseignements, veuillez consulter l’article de la Revue militaire canadienne suivant au sujet de La mise en application de l’entente de Medak en septembre 2013.

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