Séance d’information technique visant à faire le point sur les opérations de combats canadiennes contre EIIS et présenter les résultats des enquêtes sur les incidents impliquant un tir ami

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Vidéo / Le 15 mai 2015

Transcription

Modérateur : Bonjour Mesdames et Messieurs, et soyez les bienvenus à cet exposé technique en ce mardi 12 mai 2015 au centre multimédia du Quartier général de la Défense nationale. Nous commencerons par le mot d’ouverture du capitaine de vaisseau Paul Forget du Commandement des opérations interarmées du Canada, qui fera le point sur la contribution du Canada à la coalition internationale de lutte contre l’État islamique en Irak et au Levant (EIIL). Le brigadier‑général Rouleau présentera ensuite les conclusions de l’enquête des Forces d’opérations spéciales du Canada sur l’incident de tir ami.

Capitaine de vaisseau Forget : Bonjour Mesdames et Messieurs. Je suis ici aujourd’hui pour vous présenter une mise à jour sur l’opération Impact et notre contribution aux efforts internationaux déployés en Irak et en Syrie. Dans le centre de l’Irak, les Forces irakiennes défendent la raffinerie de pétrole de Baiji et dégagent les principales voies d’approvisionnement dans la région. Dans la province occidentale d’Anbar, les forces irakiennes poursuivent leurs activités afin de sécuriser le secteur près de la ville d’Al Karma (ph) avec l’appui aérien de la coalition internationale.

L’EIIL a augmenté le nombre de ses attaques dans la ville contestée à l’ouest de Ramadi (ph), mais les forces irakiennes continuent de défendre leur position avec succès. En Syrie, l’infrastructure et les bases de soutien de l’État islamique subissent les pressions des frappes aériennes de la coalition. L’État islamique demeure incapable de gagner du terrain et a été repoussé dans certains secteurs, notamment au sud de Kobani (ph).

Depuis le dernier exposé technique du 16 avril dernier, des aéronefs CF18 ont mené 16 frappes aériennes en Irak. Ces frappes contre les zones d’étapes et les positions de combat de l’EIIL ont été menées dans le cadre des missions de coalition à l’appui des opérations terrestres des Forces irakiennes. Le 18 avril, des aéronefs CF18 ont mené deux frappes aériennes, dont l’une contre une zone d’étape située au sud de Kirkuk, et une autre contre une position de combat de l’EIIL au nord d’Al Karma.

Aujourd’hui, dans le cadre de trois frappes distinctes, des CF18 ont détruit une position de combat de l’EIIL et de l’équipement lourd de génie au sud-est de Mosul ainsi que des positions de combat au nord-ouest de Tal Afar, ce qui a servi à protéger les Forces irakiennes et à diminuer les capacités de l’EIIL. Depuis le début de l’Opération IMPACT, les aéronefs canadiens ont effectué au total 896 sorties. Nos chasseurs CF18 en ont mené 582 et le ravitailleur Polaris, 151, ce qui a permis la livraison de près de 9 millions de litres d’essence. Nos aéronefs de surveillance Aurora ont quant à eux effectué 163 sorties.

Récemment, les militaires déployés dans le cadre de l’opération IMPACT ont rencontré le premier ministre Harper avec qui ils ont discuté au cours de sa visite. Les membres de la Force opérationnelle interarmées en Irak servent avec fierté et ont apprécié d’avoir l’occasion d’expliquer leur rôle dans le cadre de cette mission. En collaboration avec nos partenaires de la coalition, les Forces opérationnelles interarmées en Irak continuent de contribuer aux efforts de la coalition visant à freiner et affaiblir l’État islamique. Je cède maintenant la parole au brigadier-général Rouleau.

Brigadier-général Rouleau : Bon après-midi mesdames et messieurs. Je suis le brigadier-général Mike Rouleau. Je suis le général commandant des Forces spéciales canadiennes. Aujourd’hui, nous expliquerons aux Canadiens les résultats de l’enquête sommaire que j’ai demandée sur l’incident de tir ami, qui a eu lieu le 6 mars 2015, et qui a entraîné le décès du sergent Drew Doiron, et qui a blessé trois autres militaires.

La présente enquête a maintenant été reçue et approuvée par le chef d’état-major de la Défense, tout comme l’enquête de la police militaire et de la coalition. Toutes démontrent clairement qu’il s’agit d’un cas tragique d’erreur sur la personne, sans faute de la part des opérateurs spéciaux des Forces canadiennes, pendant une période de tensions élevées chez les Kurdes, en combinaison avec de la fatigue et d’autres facteurs.

Comme vous le savez, il est nécessaire de préserver la sécurité opérationnelle qui entoure nos missions en Irak face à une menace capable et aux aguets. La sécurité opérationnelle est essentielle à la réussite continue de nos opérations de conseils et d’aide visant à appuyer les Forces de sécurité irakiennes. C’est pour cette raison que je ne pourrai pas donner trop de détails dans la présente déclaration et dans les questions et réponses. 

Nous nous servirons de deux aides visuelles très générales pour vous aider à voir comment les événements se sont déroulés la soirée du 6 mars. Avant le 3 mars, les Kurdes nous avaient demandé notre assistance et nos conseils pour les aider avec certaines positions défensives. Le 3 mars, les officiers de la FOSCAN ont signalé qu’ils fourniraient cette aide le 6 mars. Ce qui renforcerait la position défensive kurde contre des attaques de l’EIIL à l’avenir.

La visite planifiée devait avoir lieu pendant les heures de la journée et de la soirée du 6 mars. Cette planification et coordination étaient de routine entre le personnel canadien et kurde. Ce processus avait été utilisé depuis le mois d’octobre 2014, et avait toujours bien fonctionné. Après avoir confirmé nos intentions avec les Forces de sécurité kurdes appropriées le 3 mars, le sergent Doiron a développé son plan et l’a présenté à son officier, en 5 mars en soirée.

La visite devait se faire en deux volets, une visite durant le jour, suivie d’une autre la nuit. Le matin du 6 mars, le sergent Doiron a confirmé ses ordres avec ses subalternes et ils sont partis vers 13 h 15 pour la visite de jour. Maintenant, sur ce graphique, vous verrez un total de 7 postes, numérotés de 1 à 7. L’EIIL se trouve en‑dessous ou au sud de la ligne verte sur la diapositive.

La patrouille du sergent Doiron comptait deux véhicules, qui se sont d’abord arrêtés au point de contrôle numéro un. Ils y ont appris que le poste numéro 7 avait été attaqué dans la nuit précédente et qu’il nécessitait nos conseils et notre aide. Le poste 7 est ultimement où a eu lieu le tir. Après avoir passé du temps au poste 1, le sergent Doiron a mené la patrouille au poste 7 avec succès, en passant par les postes 2, 3, 4, 5 et 6.

Au poste 7, le sergent Doiron et son détachement ont discuté en détail avec le commandant kurde qui a décrit l’attaque de la veille, et qui a demandé emphatiquement que la FOSCAN les aide à renforcer leur position. Je tiens à noter que les Forces de sécurité kurdes ont perdu plusieurs membres de leur équipe pendant l’attaque de la veille, plusieurs ont été blessés, et qu’ils ont tué plusieurs militants de l’EIIL à ce poste la nuit d’avant.

Le sergent Doiron a confirmé auprès du même commandant kurde l’heure à laquelle il reviendrait plus tard en soirée, et la manière qu’il s’y rendrait. Ce que l’on ignorait à ce moment est que l’ensemble des militaires kurdes du poste 7 serait remplacé par une nouvelle équipe après que le détachement du sergent Doiron ait quitté le poste pendant le jour. Cette nouvelle équipe n’était pas au courant du retour du détachement canadien prévu à 23 h.

Après la visite de jour, le sergent Doiron et son détachement sont retournés à leur base d’opérations à une dizaine de kilomètres derrière les positions kurdes. Ce que nous ne savions pas, c’est que les Kurdes au poste 7 changeraient de garde après la visite du détachement le jour. Les nouveaux soldats kurdes ne savaient pas que les Canadiens devaient y revenir en soirée.

Le sergent Doiron et son détachement sont repartis en soirée en direction du poste 5, où ils sont demeurés pendant deux heures et demie. Juste avant de quitter le poste 5 pour le poste 7, le sergent Doiron a demandé à l’officier kurde du poste 5 d’appeler son homologue du poste 7. 

En pleine nuit, et une fois que le détachement avait passé deux heures et demie au poste 5, après avoir réussi à passer les postes 1 à 4, puis le poste 5, au moyen des signaux visuels et sonores reconnus en pratique depuis octobre 2014, le sergent Doiron a demandé à l’officier kurde du poste 5 d’appeler son collègue du poste 7 pour confirmer que le détachement canadien serait en route.

Il ne s’agissait pas d’une étape de coordination planifiée. Mais bien qu’elle n’était pas planifiée, cette étape fait preuve de la rigueur du sergent Doiron, chose pour laquelle il était connu dans son régiment. Une fois que les membres du détachement du sergent Doiron ont constaté que l’appel avait été fait, ils ont quitté les lieux pour se rendre au poste 7. Le détachement est arrivé derrière le poste 7 à l’heure prévue, soit 23 h.

Ils ont débarqué de leurs véhicules, tandis que le sergent Doiron demandait à ses hommes de parler fort et en anglais. Ils ont débarqué à proximité de la lettre A, sur le côté. Ils ont passé à côté d’un gardien kurde au poste qui se trouvait à leur gauche, sans incident au moyen des mêmes signaux de reconnaissance visuels et sonores. Ce militaire se trouvait où vous voyez la lettre B. Une fois de plus, ils ont confirmé à ce militaire, au moyen de gestes manuels, qu’ils prévoyaient se déplacer à la position avancée de la mitrailleuse, soit l’endroit qu’ils avaient coordonné avec le commandant kurde plus tôt cette même journée.

À environ 200 mètres de la position de la mitrailleuse, le détachement a rencontré une meute de chiens sauvages. C’est à la lettre C, qu’ils ont dû faire face à une meute bruyante de chiens sauvages. Ils ont réussi à chasser les chiens, mais nous croyons que cette situation aurait aggravé l’anxiété au sein d’un groupe de militaires kurdes, déjà nerveux, qui pensaient qu’ils seraient attaqués par l’EIIL cette soirée.

Le détachement a poursuivi sa route. À environ 60 mètres de la patrouille et du sergent Doiron, un militaire kurde positionné sur une toiture a vu les militaires canadiens, et ils l’ont vu également. Ce militaire kurde se trouvait à la lettre D. Après que le sergent Doiron ait utilisé l’accueil approprié et les mots codes sans réponse, le militaire kurde  a armé son arme et c’est à ce moment précis que le sergent Doiron a monté le ton en anglais pour annoncer la présence de la patrouille canadienne.

Le militaire kurde a tiré sur le sergent Doiron, le blessant immédiatement. C’est à ce moment que la mitrailleuse avant, qui se trouvait au-dessus de la boîte que vous voyez sur cette diapo, a pivoté 180 degrés et s’est jointe aux tirs. Il y avait maintenant deux armes qui tiraient sur la patrouille de la FOSCAN, qui comptait quatre hommes. Dès que le sergent Doiron a été atteint, les autres trois membres de la patrouille ont tout de suite pris position de couvert et de dissimulation.

Lorsque les tirs ont cessé, ils sont revenus pour tenter de porter secours au sergent Doiron. Les tirs ont alors repris, les forçant à retourner se mettre à couvert. Ce manège a duré un certain temps. Les trois membres de la patrouille ont fini par être touchés par des tirs d’armes légères. Toutefois, les opérateurs des FOSCAN sont finalement parvenus à faire cesser les tirs et ont pris des mesures actives pour que les Kurdes transportent les blessés vers une zone convenable à l’atterrissage d’hélicoptères.

Je tiens à souligner qu’en dépit des blessures graves qu’il a subies, le sergent Doiron a continué de diriger ses hommes sur la façon de procéder aux soins médicaux et à l’évacuation. Après un certain temps, trois soldats ont été amenés par hélicoptère d’évacuation sanitaire à une équipe chirurgicale de campagne. Les aviateurs et les experts en soins médicaux se sont distingués en sauvant la vie de l’un des membres du détachement du sergent Doiron.

Malheureusement, les blessures de Drew se sont avérées mortelles, et il est décédé peu de temps après avoir été pris en charge par l’équipe chirurgicale de campagne. Laissez-moi récapituler brièvement les faits. Le détachement a été envoyé dans le cadre d’un plan et d’un engagement bien connu avec les Forces kurdes, dans le but de conseiller et d’aider ces dernières. Les mesures d’atténuation des risques prises par le détachement étaient prudentes et logiques, de même que conformes aux pratiques exemplaires actuelles.

Le détachement a procédé correctement dans les limites de ses compétences tactiques. La langue arabe n’a jamais été utilisée par les opérateurs canadiens avant l’engagement, seulement après et à des fins de coordination de l’évacuation médicale. Les signaux de reconnaissance visuels et auditifs ont tous été utilisés conformément aux pratiques établies depuis octobre 2014.

Une visite de jour au poste 7 a eu lieu avant la visite de nuit. La garde du poste 7 a ensuite changé, ce qu’ignorait le détachement du sergent Doiron, et le nouvel élément des Forces kurdes n’était pas au courant de la visite prévue au cours de la nuit. Les soldats kurdes au poste 7 redoutaient légitimement une attaque de l’EIIS semblable à celle qui s’était produite la nuit précédente.

Le détachement des FOSCAN exerçait ses activités ouvertement. Nous croyons que les aboiements des chiens ont sans doute contribué à accroître encore davantage l’anxiété ressentie par les soldats kurdes. Le premier tireur kurde a bien vu le sergent Doiron et son détachement, mais nous supposons que dans ces conditions de stress intense, il a cru à une infiltration et à une attaque des membres de l’EIIS.

Enfin, le détachement des FOSCAN n’a pas commis d’erreurs. Menés par le commandant exceptionnel qu’était le sergent Doiron, les membres ont très bien agi cette nuit-là avant, pendant et après l’incident de tir. Nous devrions être très fiers d’eux, et nous honorerons toujours la mémoire de Drew. Ce qui s’est produit était un incident de tir fratricide découlant d’une erreur sur la personne. C’était un accident.

En conclusion, je vous dirais que le sergent Doiron en particulier, et son détachement en général, ont très bien fait leur travail le soir du 6 mars. Nonobstant ce tragique évènement, nous avons maintenu les relations positives avec les Kurdes que nous avions établies depuis les huit derniers mois. Les Kurdes sont des gens bons et fiers. Nous sommes là pour les conseiller et les aider dans le but à accroître leur compétence militaire.

Depuis ce tragique accident, nous avons évoqué certaines restrictions soumises à l’examen du CEMD. L’une d’entre elles est que nous nous déplacerons pour effectuer de telles manœuvres la nuit seulement en compagnie d’un soldat kurde. J’ajouterai que notre présence aux positions avancées ou à proximité demeure l’exception, et non la règle. J’aborderai maintenant brièvement l’enquête du commandant menée par les Forces spéciales de la coalition.

À la suite de l’accident, l’administration centrale des Forces spéciales de la coalition a chargé deux officiers d’interroger pendant une semaine tous les acteurs pertinents de l’incident. Leur mandat était d’examiner si les processus et les procédures des Forces spéciales devaient être modifiés dans le cadre des opérations irakiennes. Cette enquête a permis de conclure que les militaires canadiens avaient suivi adéquatement toutes les procédures préétablies pour la coordination et l’annonce de la visite.

En outre, l’enquête a confirmé que le détachement canadien ne pouvait pas prévoir les gestes posés par la sentinelle kurde cette nuit-là. En définitive, les conclusions de cette enquête correspondent à celles de notre propre enquête sommaire. Pour finir, laissez-moi informer la population canadienne du fait que je me suis entretenu longuement avec la mère, le père et la sœur de Drew, des gens merveilleux qui forment une belle famille canadienne. Comme vous pouvez le concevoir, ils pleurent la perte de Drew, mais éprouvent avec raison une très grande fierté à son égard.

C’était un dirigeant hors pair qui aimait son travail et qui l’accomplissait selon les plus hautes normes. Il est mort aux côtés de ses confrères d’armes. Je suis maintenant prêt à répondre à vos questions. Merci.

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