La prévention du suicide

Vidéo / Le 6 mai 2015

Transcription

BONNIE RUSHOWICK : Je crois que, parfois, nous oublions que ces gens forts, ceux qui semblent être en contrôle, sont probablement les moins susceptibles de demander de l’aide.

MCPL TROY NICHOL : Ce n’était pas comme si je m’étais levé un matin et que je m’étais dit tout d’un coup que j’allais me tuer.

LCOL ALEXANDRA HEBER : Ce que nous savons c’est que la plupart du temps, les gens deviennent suicidaires en présence d’un problème de santé mentale et de maladie mentale. Ces gens souffrent donc d’une maladie mentale existante. Et en plus, ils traversent une crise. Il peut s’agir d’une séparation ou d’un problème au travail. Ou dans le cas des militaires, il pourrait s’agir d’un incident qui a eu lieu pendant un déploiement, un incident traumatisant. Nous voulons être capables d’éviter... d’éviter que cela se produise. Ça n’arrive pas très souvent, mais c’est très très tragique.

CPL SIMON ROBERT : Suite à une séparation avec ma conjointe, je suis tombé dans une profonde dépression. J’ai eu des problèmes de dépendance au jeu, à l’alcool. Ça a influencé toute mon estime de moi. J’avais de la misère à rentrer travailler. Ça a occasionné beaucoup de querelles avec mes collègues de travail. J’étais devenu un monstre, une personne en colère tout le temps, tout le temps. Puis, ça devenait difficile les relations interpersonnelles avec tout le monde.

TROY : Vous savez, je ne sais même pas ce qui l’a causé. On m’a diagnostiqué un trouble de stress post-traumatique. Je ne le vois pas... Je ne peux pas... Ce n’est pas comme si j’étais en déni, c’est juste que... Je suis comme je suis. Ce n’est pas comme si j’avais vraiment envie de me suicider. Mais, pour une raison que j’ignore, je ne pouvais pas arrêter d’y penser. J’avais parfois, 40, 50 ou 60 fois par jour, juste des images mentales et de fortes envies de me jeter en bas d’un pont ou d’enfoncer un couteau dans mon bras. 

SIMON : Un vendredi matin, comme ça, que je suis rentré vraiment trop magané de la veille. J’ai été pris en charge dans le fond par ma chaîne de commandement. Ils ont fait... Ils m’ont donné vraiment un bon coup de main. Je ne savais même plus prendre une décision par moi-même. Alors, j’ai été escorté à l’hôpital. 

TROY : Des pensées envahissantes qui me poussaient à faire quelque chose. Et évidemment, j’ai résisté. Je ne sais pas si c’est grâce aux médicaments ou au temps passé avec mes chiens ou à autre chose. Mais c’est un peu comme ça que cela a remonté en moi. Ce n’est pas comme si j’étais assis dans ma chambre à lire de la poésie et à me faire un nœud coulant.

BONNIE : Je m’appelle Bonnie Rushowick. Et j’habite ici, en Saskatchewan. Et je parle de notre fils Patrick. Patrick était capitaine dans les Forces armées. Il était ingénieur. C’était notre enfant du milieu, notre deuxième garçon, plus un petit un garçon. Il mesurait environ six pieds six et avait un grand sourire. Patrick a été dans les Forces armées pendant 10 ans, ça l’avait toujours intéressé. Il avait été dans les cadets de l’armée. Il avait fréquenté les scouts. Il s’est engagé tout de suite après avoir obtenu son diplôme d’études secondaire. Il a fréquenté le Collège Militaire Royal. Il a été envoyé en mission à Haïti. Il nous a appelés à quelques reprises. Ses pires histoires portaient sur la grosseur des insectes. Il n’arrivait pas à en revenir. Il disait : « Ce sont des Godzilla ici, maman. Ce sont des Godzilla. »

Juin 2013. Le 11 juin, Patrick a eu de très mauvaises nouvelles. Il était marié. Des choses qui se sont produites, qui étaient vraiment, vraiment... qui l’ont frappé de plein fouet soudainement. Et nous l’avons perdu.

RICARDO CERVI : Patrick était un très bon ami, un voisin et pratiquement un frère. Nous étions assis dans son garage. Et il a reçu de mauvaises nouvelles. Nous avons passé toute la nuit à discuter de tout. Il buvait. Pas moi. J’avais un examen… Je tentais de, vous savez, faire en sorte qu’il se concentre sur ce dont il avait besoin; de le calmer, de lui dire que tout allait bien. Je ne sais pas s’il a agi ainsi dans le but de blesser quelqu’un, mais les seules personnes qu’il a blessées ont été les personnes qui l’aimaient.

BONNIE : Nous aurions pu l’aider de bien des façons. En tant que mère, je crois que c’était le plus difficile. Je n’ai pas eu la chance de l’aider.

RICARDO : J’ai le sentiment que si on lui avait alloué du temps… il a simplement pris une décision très irréfléchie, probablement… en voie de guérison, sur la bonne voie, considérant le moment et l’aide appropriés et simplement, le soutien… Vous savez, c’était pénible, mais j’ai vu beaucoup de personnes vivre les épreuves qu’il vivait.

ALEXANDRA : Lorsqu’un suicide se produit, les gens qui côtoient la personne suicidaire sont anéantis, ils se demandent : « Est-ce que j’ai manqué quelque chose? »

TROY : Avec un brin de recul, j’ai tendance à trop analyser. Alors j’ai réexaminé la situation sous tous ses angles, quant à ce que j’aurais pu faire…. Y a-t-il quelque chose que j’aurais pu faire différemment…?

JOËL : Je crois que le grand défi ici c’est surtout peut-être le désespoir de ne pas voir une lumière au bout du tunnel. Et c’est d’essayer de peut-être mieux connecter avec l’individu pour lui montrer qu’il y a certainement d’autres options.

BONNIE : Lorsqu’une personne fait une tentative de suicide, c’est plutôt une impulsion, une accumulation de facteurs. Et il s’agit donc d’un état temporaire. Alors si cette personne devient... plus précisément, si elle obtient l’aide dont elle a besoin, ses symptômes diminuent. Il est fort probable qu’elle surmonte ces pensées suicidaires. En fait, c’est ce qui se passe lorsqu’on suit un traitement. 

TROY : Il s’agit que d’une impulsion. Et c’est insensé. En fait, rien à propos du suicide n’est logique. Nos corps ne sont pas programmés pour l’autodestruction. Ils sont programmés pour la survie. Et lorsque vous ressentez ces envies, c’est comme s’il y avait un recoupement dans votre tête. Vous pensez une chose, mais en ressentez une autre. 

RICARDO : C’est difficile à verbaliser. Je sais qu’il ne voulait pas leur faire ça. Et il croyait fermement qu’il pensait, comme les professionnels le disent, qu’il voulait seulement faciliter les choses pour les gens. Et pourtant, il les a fichtrement empirées. Comme vous savez, s’il se présentait devant ma porte maintenant, la première chose que je ferais, c’est de le serrer très fort dans mes bras. Puis, je l’assommerais net sec! Hum…

BONNIE : C’est difficile... C’est dur lorsque des choses horribles se produisent. Et lorsque vous les avez en tête, au plus profond de vous-même, c’est difficile de les communiquer aux autres. Vous n’êtes pas certain que les autres peuvent comprendre. Personne ne peut prétendre savoir exactement ce que vous ressentez au plus profond de vous-même, mais nous pouvons... nous pouvons être là pour vous. Ça ne doit pas forcément être une affaire officielle. Ce n’est pas nécessaire que ce soit un conseiller en santé mentale. Ce n’est pas nécessaire que ce soit... Il faut que ce soit quelqu’un en qui vous pouvez avoir confiance.

JOËL : Souvent, on a l’opportunité de pouvoir en parler, de pouvoir identifier soi-même les risques pour nous pour les autres et peut-être d’intervenir.

SIMON : J’ai pu rencontrer les médecins qui m’ont ensuite dirigé vers une thérapie où est-ce que j’ai pu prendre soin de moi, thérapie qui a duré 28 jours.

TROY : Lorsqu’ils me demandaient honnêtement : « Vas-tu te suicider? » Je répondais franchement : « Non, je ne vais pas me suicider. Mais je n’arrive pas à me sortir cette idée de la tête. » Et j’avais conclu une entente avec mon médecin que si jamais le temps venait que, mettons, je me jetterais d’un pont, qu’au lieu de simplement me jeter du pont, que je prendrais le téléphone et composerais le 9-1-1. Et mes collègues à l’époque m’ont vivement soutenu, particulièrement mes supérieurs, mon commandant et mon sergent-major. Ils savaient que je souffrais de gros problèmes de santé mentale. Et ils n’avaient pas à prendre de grandes mesures d’adaptation, mais ils étaient prêts à le faire. Et ils ont été francs à ce sujet. 

ALEXANDRA : L’une des choses que j’ai apprises très vite au sujet des militaires, c’est que ce sont des gens très stoïques. Vous savez, ce stoïcisme qui dicte que je devrais être capable de m’aider moi-même. Et qui sait, peut-être que ce problème ne vaut pas la peine de déranger les gens. Donc, une des choses que j’aimerais dire aux gens, en fait, c’est qu’il n’existe pas de problèmes insignifiants.

SIMON : ...Laquelle j’ai repris vraiment le goût de vivre.  J’ai pu travailler sur moi. Puis, aujourd’hui, bien ça fait trois ans. Puis, je suis présentement tout réhabilité. Je suis revenu dans mon poste. 

TROY : J’ai adopté une approche proactive par rapport à ma thérapie. Je l’ai prise très au sérieux. J’ai essayé d’en tirer profit du mieux que j’ai pu. Ce n’est pas comme si j’y allais seulement parce que je devais le faire, et que ce gars-là ne me comprendra pas; c’est plutôt, s’il ne me comprend pas, je vais continuer de parler jusqu’à ce qu’il comprenne. Et quant aux pensées suicidaires, je vais continuer d’en parler jusqu’à temps qu’il saisisse ce que je dis

SIMON : Aujourd’hui, je n’ai plus aucune médication. Je vis ma vie. J’ai refait ma vie. J’ai rencontré une autre personne extraordinaire avec laquelle j’ai eu un autre enfant. Puis, je vis ma vie à chaque jour.

JOËL : Un message qui est important ici, je crois, c’est si vous avez une idéation suicidaire, n’hésitez pas. Les ressources sont là. Et je sais que ce n’est pas nécessairement facile de faire cette étape. Mais il y a vraiment de l’aide qui vous est disponible. 

TROY : Il est possible de conditionner les réactions du corps. Tout comme vous êtes conditionné, en tant que soldat, à réagir d’une certaine façon avec votre arme en cas d’enrayage, vous pouvez conditionner votre corps à réagir d’une certaine façon à une réaction forte. De nombreux outils sont disponibles et c’est bien, parce qu’aucun remède... ne convient à tous.

BONNIE : C’est tout comme lorsque ma voiture commence à faire un drôle de bruit; si je l’ignore, cela peut devenir une catastrophe, je pourrais me retrouver coincé sur la route quelque part, parce que des pièces sont tombées en chemin. Mais si je consulte les experts, que je la fais examiner et réparer, je peux poursuivre ma route, je peux aller de l’avant.

SIMON : Je dirais qu’aujourd’hui j’ai vraiment une belle carrière. J’aurais aimé peut-être avoir eu ces problèmes-là avant ma carrière militaire. Mais malheureusement, c’est arrivé durant. Puis, je remercie les Forces canadiennes dans le fond de m’avoir supporté dans tout ça; ce qui fait en sorte qu’aujourd’hui bien je suis ici en train de partager mon histoire dans le but d’aider les gens qui vont passer peut-être à travers les mêmes histoires que moi.

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