Résumé d'information relative à la santé à l'intention des membres des FC
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Effets sur la santé
Quels sont les effets associés à l'agent Orange sur la santé ?
En 1991, en raison de l'incertitude quant aux effets à long terme de l'exposition aux herbicides sur la santé des anciens combattants du Vietnam, le Congrès américain a promulgué une loi permettant à l'Institute of Medicine (IOM) de la National Academy of Sciences (NAS) de procéder à une évaluation complète de l'information de nature scientifique et médicale accessible au sujet des effets de l'exposition à l'agent Orange sur la santé.
Pour donner suite à cette loi, l'IOM mène et publie des études approfondies contenant des données scientifiques probantes au sujet des associations entre certains problèmes de santé et l'exposition à la TCDD et à d'autres composés chimiques présents dans les herbicides utilisés au Vietnam. L'IOM est considéré par beaucoup comme la source d'information médicale faisant autorité en ce qui concerne l'agent Orange (Frumkin, H., 2003).
La publication la plus récente de l'IOM s'intitule Veterans and Agent Orange: Update 2004 ( http://www.iom.edu/report.asp?id=25476 ). L'IOM a relevé plusieurs problèmes de santé qui sont statistiquement «associés» à l'agent Orange. En se fondant sur les données scientifiques disponibles, l'IOM n'a toutefois pas conclu que l'exposition est la « cause» réelle de ces problèmes de santé.
En ce qui concerne l'agent Orange, l'IOM a conclu que les preuves qu'il existe une association sont suffisantes dans le cas des cinq problèmes de santé suivants:
- Leucémie lymphoïde chronique (LLC)
- Sarcome des tissus mous
- Lymphome non hodgkinien
- Maladie de Hodgkin
- Chloracné
L'IOM a aussi conclu qu'il y a des preuves limitées ou suggestives qu'il existe une association entre l'agent Orange et les sept autres problèmes de santésuivants :
- Cancer des voies respiratoires (du poumon et des bronches, du larynx et de la trachée)
- Cancer de la prostate
- Myélome multiple
- Neuropathie périphérique transitoire d'apparition précoce
- Porphyrie cutanée tardive
- Diabète de type 2
- Spina-bifida chez les enfants des anciens combattants
Selon l'IOM, l'expression «preuves limitées ou suggestives» signifie que les données scientifiques indiquant une association sont limitées car on ne peut écarter avec certitude la possibilité que le hasard, des biais et des facteurs confusionnels soient en cause.
La grande majorité des associations mentionnées ci-dessus n'ont été observées que dans le cadre d'études effectuées auprès de groupes hautement exposés, comme des travailleurs ayant participé à la fabrication de produits chimiques ou ayant pulvérisé des herbicides pendant de nombreuses années. L'IOM est d'avis que bien des conclusions au sujet des associations entre l'exposition à la TCDD ou aux herbicides et certaines maladies sont fondées sur des études effectuées auprès de personnes exposées dans un contexte professionnel et environnemental plutôt que sur des études auprès d'anciens combattants du Vietnam.
Quelle est la différence entre une «association» et une «cause»?
Comme on l'a mentionné précédemment (voir « Quels sont les effets associés à l'agent Orange sur la santé? »), l'IOM a identifié des maladies qui sont statistiquement associées à l'exposition à des herbicides, mais il n'a pas établi que l'exposition aux herbicides est la cause de quelque maladie. Cette distinction est fondée sur la qualité des preuves scientifiques. Selon l'IOM, des facteurs comme la constance des données, la plausibilité sur le plan biologique, la temporalité, la relation dose-réponse et la force des associations peuvent être pris en compte au moment de déterminer si une association statistique observée est réellement causale. Dans le cas des données tirées d'études scientifiques, lorsque les conclusions entre différentes études diffèrent, que les liens entre l'exposition et les effets ne sont pas très forts, que d'autres causes potentielles de la maladie n'ont pas été prises en compte ou que des problèmes sont relevés en ce qui concerne la méthodologie de l'étude, alors les preuves scientifiques sont trop faibles pour que l'on puisse conclure qu'une exposition est la cause d'un effet sur la santé, même si une association peut exister.
Qu'entend-on par «hasard», «biais» et «facteurs confusionnels»?
On peut dire que le hasard est «une question de chance». Pour utiliser un exemple concret, prenons le tirage à pile ou face. Chaque fois que la pièce de monnaie est lancée, il y a autant de chances qu'elle tombe sur le côté pile que sur le côté face. Aussi, il pourrait être inhabituel d'obtenir le côté face cinq fois d'affilée, mais cela pourrait simplement être attribuable au hasard (par exemple, si vous lanciez la pièce 1000 fois, vous obtiendriez sans doute plusieurs séries de 5 «faces» d'affilée). Par ailleurs, si vous lanciez la pièce 1000 fois et que vous n'obteniez que des côtésface, il serait très peu probable que cette tendance soit attribuable au hasard et vous pourriez soupçonner qu'il y a une autre façon d'expliquer cette observation (pièce «truquée», qui a peut-être deux côtés face). Et si la pièce tombait sur le côtéface dix fois de suite? Sans savoir avec certitude si la pièce est truquée, pourriez-vous conclure en toute confiance que vos observations ne sont pas attribuables au hasard? Si une association est observée entre une exposition et un effet, les chercheurs doivent déterminer si l'observation est le fruit d'une association «réelle» ou si elle est simplement attribuable au hasard. Les chercheurs utilisent les statistiques afin d'exclure le hasard. Lorsqu'une observation est «statistiquement significative», il est alors peu probable que le hasard en soit responsable.
Les biais sont des erreurs systématiques dans la méthodologie ou la conduite d'une étude. Pour poursuivre avec l'exemple de la pièce de monnaie, imaginez que vous lanciez la pièce et que vous notiez les résultats obtenus. Toutefois, vous notez les résultats uniquement lorsque la pièce tombe sur le côtéface et ne les notez jamais lorsqu'elle tombe du côtépile. Après un certain temps, vous pourriez remarquer que selon les résultats consignés, vous avez obtenu 100 fois de suite le côté face, mais aucune fois le côté pile. Si vous en concluiez que la pièce est «truquée», vous tireriez alors une conclusion erronée car vos observations étaient biaisées. Les études scientifiques doivent respecter une méthodologie rigoureuse et être menées et analysées avec soin pour s'assurer qu'elles ne comportent aucun biais pouvant mener à des conclusions erronées.
Les facteurs confusionnels surviennent lorsque, en plus de l'exposition spécifique et des effets qui sont étudiés, un autre facteur lié à la fois à l'exposition et aux effets est présent. Par exemple, vous pourriez observer qu'après avoir consommé des guimauves grillées, des bosses accompagnées de démangeaisons apparaissent sur votre peau. Ces bosses peuvent persister pendant quelques jours puis disparaître, mais elles réapparaissent lorsque vous mangez de nouveau des guimauves grillées. On pourrait alors conclure que la consommation de guimauves grillées est la cause de ces bosses sur votre peau. Toutefois, vous grillez probablement vos guimauves à l'extérieur, par beau temps, tandis que des moustiques sont présents. Pendant que vous grillez vos guimauves, vous vous faites piquer par des moustiques, ce qui est la cause réelle des vos démangeaisons cutanées. Dans cet exemple, les moustiques seraient un facteur confusionnel.
Dans quelles circonstances l'agent Orange ou ses composants sont-ils susceptibles d'entraîner des effets sur la santé?
Pour qu'un effet sur la santé soit potentiellement causé par un produit chimique, plusieurs choses doivent se produire.
Il doit d'abord y avoir eu exposition au produit. Le terme «exposition» signifie que le produit chimique a pénétré dans l'organisme, habituellement par inhalation, par ingestion ou par contact avec la peau. Par exemple, une personne passant à proximité d'un gros baril étanche rempli d'agent Orange ne subirait aucune exposition, et le risque d'effets possibles sur la santé serait donc nul.
En outre, le sujet doit être exposé à une dose suffisante (quantité). Le concept de dose-réponse est un principe central en matière de toxicologie: à des degrés accrus d'exposition à une substance nocive, les effets sur la santé se font plus fréquents et/ou plus graves. Prenons par exemple l'usage d'analgésiques comme la morphine. Si la dose prescrite est consommée, la douleur sera soulagée avec très peu d'effets secondaires. Toutefois, si une dose trop élevée de morphine est consommée, cela peut entraîner des difficultés respiratoires ou le décès. La seule différence entre ces deux scénarios est la dose: c'est la dose qui fait le poison. Il est important de se rappeler que nous sommes tous exposés chaque jour à de petites quantités de TCDD, principalement par les aliments que nous consommons (voir « L'agent Orange est-il l'unique source de TCDD? » et « Peut-on mesurer la concentration de TCDD dans notre organisme? »). À l'heure actuelle, les connaissances scientifiques ne permettent pas de déterminer un degré spécifique d'exposition à la TCDD à laquelle un effet sur la santé se produira . L'étude scientifique de la TCDD permet uniquement de déterminer le niveau de risque d'effets sur la santé associé à une exposition donnée à la TCDD. Les risques de l'exposition à la TCDD pour la santé dépendront de la dose reçue. À des doses très faibles, le risque d'effets sur la santé est très peu élevé et est indétectable, mais il augmente à mesure que la dose de TCDD augmente. Pour plus d'information sur l'exposition «de fond» à la TCDD et le degré d'exposition associé à des risques accrus d'effets sur la santé, veuillez consulter les sections « L'agent Orange est-il l'unique source de TCDD? », « Peut-on mesurer la concentration de TCDD dans notre organisme? » et « Quels sont les risques pour la santé associés à une exposition élevée à la TCDD? ».
De plus, le problème de santé en question doit être associé à l'exposition au produit chimique. Par exemple, nous savons qu'une exposition excessive au soleil est associée à un risque accru de cancer de la peau. Si une personne qui a été très exposée souffre d'emphysème (une maladie pulmonaire), nous n'attribuerons pas ce problème pulmonaire à son exposition au soleil, et ce, pour la simple raison qu'il n'y a pas d'association entre l'exposition au soleil et les troubles pulmonaires. L'IOM a recueilli des preuves d'une association entre l'agent Orange et plusieurs maladies (voir « Quels sont les effets associés à l'agent Orange sur la santé? »). L'IOM a également relevé que plusieurs études scientifiques n'ont démontré aucune association entre l'agent Orange et certains autres problèmes de santé, comme le cancer du cerveau ou le cancer gastro-intestinal. Autrement dit, si une personne qui a été exposée à l'agent Orange développe un cancer du cerveau, les données scientifiques actuelles indiquent qu'il serait peu probable que la maladie ait été causée par l'agent Orange.
En conclusion, pour que l'on puisse considérer qu'un problème de santé est associé à une substance: 1) il doit y avoir eu exposition à cette substance, c'est-à-dire que la substance doit avoir pénétré dans l'organisme d'une quelconque façon; 2) le sujet doit avoir été exposé à une dose ou à une quantité suffisante pour accroître de façon significative le risque d'effet nocif (voir « Quels sont les risques pour la santé associés à une exposition élevée à la TCDD? »); 3) le problème de santé en question doit être associé scientifiquement à l'exposition à la substance. À moins que ces trois critères ne soient respectés, il n'y a aucune raison sur le plan médical ou scientifique de soupçonner qu'un problème de santé est attribuable à la substance en question.
Quels sont les risques pour la santé associés à une exposition élevée à la TCDD?
L'on croit que les effets nocifs associés à l'agent Orange sur la santé sont attribuables à la TCDD, les données scientifiques actuelles indiquant que cette substance est cancérogène. En d'autres mots, on croit qu'une exposition suffisante à la TCDD, dans certaines conditions, mène à un risque accru d'être atteint de certains types de cancer. Les données chez l'humain attestant que la TCDD est cancérogène sont en bonne partie fondées sur des études menées auprès de groupes de travailleurs industriels et agricoles hautement exposés (Pohl et coll., 2002).
Par exemple, un des groupes les plus importants et les plus hautement exposés était formé de 5132 travailleurs industriels de 12usines américaines fabriquant des produits chimiques contaminés par la TCDD (Steenland et coll., 1999). Seuls les travailleurs qui avaient subi l'exposition cumulative la plus élevée à la TCDD couraient un risque accru de mourir du cancer (tous types confondus) comparativement à l'ensemble de la population américaine. Dans cette étude, le degré d'exposition cumulative dépendait du niveau de contamination des produits chimiques manufacturés par la TCDD. Par exemple, pour atteindre le degré d'exposition des travailleurs du groupe ayant subi l'exposition la plus élevée, et pour lesquels le risque accru de cancer a été observé, les travailleurs devraient être exposés à un produit contenant 10ppm de TCDD chaque jour de travail, pendant tout leur quart, et ce pendant environ 8ans. À une contamination plus élevée de 50ppm de TCDD, les travailleurs devraient être exposés chaque jour de travail, pendant tout leur quart, pendant un an et demi pour atteindre le même degré d'exposition. Les chercheurs soulignent que le risque accru de cancer était limité aux travailleurs les plus exposés, lesquels ont probablement subi des expositions de 100 à 1000fois supérieures à celles subies par la population en général (Steenland et coll., 1999).
L'ampleur de cette hausse du risque de décéder du cancer (tous types confondus) était de l'ordre de 1,6 (Steenland et coll., 1999). Cela signifie que comparativement à l'ensemble de la population, ces travailleurs hautement exposés couraient 1,6 fois plus de risques de mourir du cancer («ratio standardisé de mortalité» est le terme scientifique utilisé pour désigner cette forme de comparaison). Les résultats de cette étude concordaient avec ceux d'autres recherches sur les risques de cancer associés à la TCDD. Selon un article scientifique récent: «[traduction] Un certain nombre d'études de cohorte rétrospectives à grande échelle sur la mortalité ont relevé des hausses significatives des décès associés au cancer (tous types confondus). Ces hausses étaient en général constatées chez les travailleurs exposés aux concentrations de dioxine (TCDD) les plus élevées et chez les travailleurs dont les périodes de suivi étaient les plus longues. Dans l'ensemble, les ratios standardisés de mortalité étaient peu élevés (moins de 1,5). Toutefois, la très grande constance entre les différentes études suggère que les hausses de la mortalité n'étaient pas attribuables au hasard » (Pohl et coll., 2002).
Dans le cas des maladies autres que le cancer, un article scientifique récent indique que les données tirées d'études auprès d'humains ne sont pas assez fortes (par exemple, les résultats ne sont pas constants ou la méthodologie des études n'est pas adéquate) pour que l'on puisse estimer le risque spécifique associé à l'exposition à la TCDD. Une analyse plus détaillée est présentée dans cet article, qui conclut que bien que plus d'une dizaine d'effets négatifs différents aient été signalés dans diverses études auprès d'humains au cours des 25dernières années, il semble que l'effet négatif cliniquement important de l'exposition humaine le plus constant soit la chloracné (Greene et coll., 2003). La chloracné est une affection cutanée. Habituellement, on ne l'observe que lorsque la teneur en TCDD dans le sang est plusieurs milliers de fois supérieure à la teneur habituelle pour l'ensemble de la population (Greene et coll., 2003; Hays et coll., 2003).
En général, les anciens combattants du Vietnam ont-ils subi les effets nocifs de l'agent Orange?
Les anciens combattants qui ont pris part à la manipulation et à la pulvérisation des herbicides pendant la guerre du Vietnam ont été exposés à un certain nombre de préparations herbicides différentes (voir « Qu'est-ce que l'agent Orange? »). Par conséquent, les études sur la santé menées auprès de ces anciens combattants portent sur les effets potentiels à long terme de l'exposition aux herbicides en général. Les combattants ont été principalement exposés à l'agent Orange, mais ils ont aussi été exposés à d'autres préparations, l'agent Pourpre par exemple.
Comparativement à des travailleurs industriels hautement exposés, les anciens combattants du Vietnam ont en général été exposés à de faibles concentrations de TCDD. On estime que même les membres de l'U.S. Air Force ayant directement pris part à la pulvérisation (combattants de l'opération «Ranch Hand») ont été exposés à une dose maximale ne se situant environ qu'au dixième de la dose maximale estimée à laquelle ont été exposés les travailleurs industriels (Akhtar et coll., 2004). L'étude la plus récente sur les décès parmi les anciens combattants de l'armée américaine a dans l'ensemble conclu qu'il n'y avait pas de différence entre les combattants du Vietnam et les autres combattants pour ce qui est du taux de décès attribuable à des problèmes de santé chroniques, comme le cancer ou les cardiopathies (Boehmer, 2004).
Les combattants du Vietnam, à moins qu'ils n'aient pris directement part à la manipulation et à la pulvérisation d'agent Orange, auraient été très légèrement exposés (Young et coll., 2004a; Young et coll., 2004c). Une étude sur le taux sérique de TCDD menée auprès d'anciens combattants de l'armée américaine qui ont servi au Vietnam dans les troupes terrestres conclut que la plupart des membres des troupes de combat au sol de l'armée américaine qui n'ont pas manipulé ou pulvérisé d'herbicides n'ont pas été hautement exposés à la TCDD au Vietnam (CDC, 1988). En fait, c'est parmi le personnel du corps de défense chimique et le personnel de la force aérienne de l'opération «Ranch Hand» que l'on trouverait le degré d'exposition à l'agent Orange le plus élevé au Vietnam.
Les anciens combattants du corps de défense chimique ont-ils subi les effets nocifs de l'agent Orange?
Les anciens combattants du corps de défense chimique ont pris part à l'entreposage, à la préparation et à l'épandage d'une multitude d'herbicides au Vietnam. Dans une étude récente, on n'a pas relevé de différence significative entre les anciens combattants du corps de défense chimique et les autres combattants pour ce qui est du taux de mortalité, et ce, pour toutes les causes (y compris les affections circulatoires ou le cancer). On a constaté que les anciens combattants du Vietnam membres de ce corps couraient un risque plus élevé que les autres anciens combattants de décéder d'une maladie du système digestif, principalement d'une cirrhose du foie. Les auteurs mentionnent toutefois qu'ils n'ont pas tenu compte dans leur méthodologie des facteurs liés au mode de vie pouvant aussi causer une cirrhose du foie, comme la consommation d'alcool, et précisent qu'il est possible qu'une consommation d'alcool plus élevée parmi les anciens combattants du corps de défense chimique au Vietnam que parmi leurs homologues n'ayant pas servi au Vietnam soit à l'origine du nombre plus élevé de décès par cirrhose du foie (Dalager et coll., 1997). Les anciens combattants du Vietnam ne couraient pas un risque plus élevé de décéder d'une maladie du système digestif, y compris d'une cirrhose du foie, que l'ensemble de la population américaine (Dalager et coll., 1997).
Les anciens combattants de la force aérienne au Vietnam ayant participé à l'opération «Ranch Hand» ont-ils subi les effets nocifs de l'agent Orange?
La pulvérisation aérienne d'herbicides au Vietnam était effectuée dans le cadre d'une opération baptisée «Ranch Hand», entre 1962 et 1971. Les anciens combattants de l'U.S.AirForce qui ont pris part à cette opération ont manipulé et pulvérisé des herbicides, et sont les combattants du Vietnam ayant subi l'exposition la plus élevée à l'agent Orange. Ces combattants ont fait l'objet d'études très attentives dans le cadre de l'Air Force Health Study, qui visait à déterminer si la santé des anciens combattants qui ont manipulé et pulvérisé des herbicides au Vietnam a été affectée par cette exposition. L'Air Force Health Study a été mise en ouvre en 1980, et le dernier rapport en découlant, que l'on dit être le rapport final, a été publié en juillet 2005 (voir http://www.brooks.af.mil/AFRL/HED/hedb/default.html , cliquer sur «Reports» dans la marge de gauche, puis choisir «2002 Follow-up Examination Results: May 2002 to March 2005» pour accéder au rapport complet).
L'Air Force Health Study a porté sur plus de 300 problèmes de santé dont ont souffert ces anciens combattants, répartis sommairement en 12catégories. Les principales conclusions pour chacune des catégories sont présentées dans le sommaire du rapport de 2005 et sont résumées ci-dessous.
État de santé général : Aucun lien n'a été établi entre les mesures de l'état de santé général et l'exposition aux herbicides. La seule exception étant que de l'indice de masse corporelle (une mesure brute de la graisse corporelle) était plus élevé à mesure que la teneur du sang en TCDD augmentait. On mentionne dans l'étude que cela reflète peut-être la pharmacocinétique de l'élimination de la dioxine (TCDD) (un taux de graisse corporelle élevé ralentit l'élimination de la TCDD dans l'organisme; à mesure que la graisse corporelle augmente, la teneur du sang en TCDD augmente, mais la TCDD n'est pas la cause d'un taux élevé de graisse corporelle).
Cancer : Des profils d'associations mixtes ont été relevés, sans tendances constantes ou significatives suggérant que l'exposition aux herbicides a causé le cancer. Le rapport indique que ces tendances ne suggéraient pas de relation négative entre le cancer et l'exposition aux herbicides. [Les gradés et les hommes de troupes de la force terrestre, soit le sous-groupe qui avait subi l'exposition la plus élevée à la TCDD, couraient un risque moins élevé de cancer, mais cette différence n'était pas statistiquement significative (en d'autres mots, on ne pouvait pas exclure le hasard comme cause possible de cette baisse du risque)].
Neurologie : Parmi les nombreux tests neurologiques qui ont été effectués, seules des différences dans la sensation de piqûre et les réflexes ont été observées chez les combattants ayant subi l'exposition à la TCDD la plus élevée, ce qui appuie jusqu'à un certain point l'existence d'une relation entre l'exposition à la dioxine (TCDD) et la fonction des nerfs périphériques.
Psychologie : Aucune association n'a été établie entre les mesures de la santé psychologique et l'exposition aux herbicides ou à la TCDD.
Appareil gastro-intestinal : Parmi les nombreux tests effectués, on n'a relevé aucune association entre les résultats obtenus pour les tests touchant l'appareil gastro-intestinal et l'exposition aux herbicides ou à la TCDD. La seule exception est une relation entre la TCDD et une teneur plus élevée en triglycérides, un type de gras présent dans le sang. Quoique mesurable, on ne considère pas que cette relation ait une quelconque importance pour ce qui est de la santé.
Peau : Aucun signe de chloracné (une maladie associée à l'exposition à la TCDD) n'a été relevé parmi les anciens combattants ayant participé à l'opération «Ranch Hand».
Appareil cardiovasculaire : Un ensemble de problèmes de santé ont été étudiés, comme les crises cardiaques, les cardiopathies, les affections vasculaires, les accidents vasculaires cérébraux et l'hypertension. Le rapport de 2005 a conclu qu'en général, la santé cardiovasculaire ne semble pas être associée négativement à l'exposition aux herbicides ou à la dioxine (TCDD).
Appareil circulatoire : Plusieurs facteurs ont été mesurés dans le sang des anciens combattants de l'opération «Ranch Hand». Dans l'ensemble, on n'a relevé aucun signe de relation négative entre l'exposition aux herbicides ou à la dioxine (TCDD) et un quelconque diagnostic d'hémopathie (maladie du sang).
Reins : Il n'y a aucun signe de relation négative entre la fonction rénale et l'exposition aux herbicides ou à la dioxine (TCDD).
Hormones (système endocrinien) : On a relevé un risque légèrement accru de diabète de type2 (diabète de l'adulte) chez les anciens combattants de l'opération «Ranch Hand» ayant subi l'exposition la plus élevée. Aucun lien pertinent du point de vue de la santé n'a toutefois été relevé pour ce qui des hormones thyroïdiennes ou sexuelles.
Système immunitaire : On n'a pas relevé d'association pertinente ayant une importance pour la santé entre les mesures de la fonction immunitaire et l'exposition aux herbicides ou à la TCDD.
Poumons : On n'a pas relevé d'association entre la santé des poumons et l'exposition aux herbicides ou à la TCDD.
Le rapport de 2005 découlant de l'Air Force Health Study conclut que dans l'ensemble, seul le diabète de type2 était associé à l'exposition à la TCDD chez les anciens combattants qui ont subi l'exposition la plus élevée aux herbicides. Les anciens combattants de l'opération «Ranch Hand» n'étaient pas plus susceptibles de se voir diagnostiquer un diabète de type 2 que les anciens combattants du groupe témoin n'ayant pas subi une exposition importante aux herbicides, mais leur risque de diabète de type 2 augmentait avec la teneur du sang en TCDD. L'étude a confirmé l'existence d'associations entre le diabète et d'autres facteurs de risque connus; le diabète était plus répandu parmi les anciens combattants les plus âgés, qui étaient obèses, qui fumaient et qui avaient des antécédents familiaux de diabète. Selon le rapport de 2005, les études épidémiologiques suggèrent que toute hausse du risque de diabète de type2 attribuable à une exposition aux herbicides ou à la dioxine (TCDD) est faible lorsqu'on la compare à la hausse attribuable aux facteurs prédisposants connus du diabète, soit les antécédents familiaux, l'obésité et l'inactivité physique. L'IOM a aussi découvert des données limitées ou suggestives attestant d'un lien entre le diabète de l'adulte (type2) et les herbicides utilisés au Vietnam, dont l'agent Orange, mais a conclu que d'autres facteurs de risque habituels pour le diabète surpassaient de loin les risques liés à l'agent Orange.
L'étude la plus récente sur les causes de décès parmi les anciens combattants de l'opération «Ranch Hand» au Vietnam a été publiée en mai 2005. Comparativement aux anciens combattants du Vietnam n'ayant pas pulvérisé d'herbicides, les combattants de l'opération «Ranch Hand» ne couraient pas un risque accru de décéder du cancer. Lorsque tous les anciens combattants de cette opération ont été examinés, le risque de décès était légèrement accru et ce pour toutes les causes, y compris les affections circulatoires, mais cette hausse n'était pas statistiquement significative (en d'autres mots, on ne pouvait exclure qu'elle soit attribuable au hasard). Lorsque seuls les gradés et les hommes de troupes de la force terrestre étaient examinés, ils couraient un risque légèrement accru de décéder d'affections circulatoires comparativement aux anciens combattants du groupe témoin. Toutefois, lorsque les anciens combattants pour lesquels des mesures du taux sérique de TCDD étaient disponibles ont été examinés, les risques de décès n'étaient pas significativement accrus et ce pour toutes les causes, y compris le cancer ou les affections circulatoires. En d'autres mots, les anciens combattants dont l'exposition à la TCDD était mesurable n'étaient pas plus à risque de décéder, et ce pour toutes les causes, que les anciens combattants du Vietnam n'ayant pas subi une exposition élevée aux herbicides (Ketchum et coll., 2005).
De plus amples renseignements sont offerts sur le site Web de l'Air Force Health Study ( http://www.brooks.af.mil/AFRL/HED/hedb/default.html - cliquer sur «Articles» dans la marge de gauche pour obtenir un résumé de toutes les études scientifiques publiées au sujet des anciens combattants de l'opération «Ranch Hand»).
Pourquoi des pensions d'invalidité ont-elles été versées aux États-Unis et au Canada pour des maladies associées à l'agent Orange?
À la suite de décisions politiques et stratégiques, la Veterans Administration aux États-Unis a automatiquement présumé que les anciens combattants ayant servi au Vietnam ont été exposés à l'agent Orange (http://va.gov/pressrel/aoiss400.htm). La loi l'oblige également à présumer que, lorsqu'un ancien combattant est atteint d'une des maladies associées à l'agent Orange, cette maladie est liée au service militaire (article 2 de la US Agent Orange Act de 1991, Public Law No. 102-4). L'IOM mentionne qu'elle n'a pas établi que l'agent Orange est la cause d'une quelconque maladie, que les associations qu'elle a relevées étaient largement fondées sur des études menées auprès de travailleurs des industries chimique et agricole hautement exposés et que ses conclusions n'ont pas pour but de suggérer des décisions stratégiques.
Anciens combattants Canada accorde des pensions pour des incapacités liées au service militaire, et le processus qu'il utilise est conçu pour donner aux demandeurs toutes les chances de démontrer que leur incapacité est liée au service militaire. Anciens combattants Canada exige des preuves d'exposition et un diagnostic médical de la maladie (ou de la blessure) que le demandeur croit être liée à l'exposition. Les personnes qui accordent les pensions tiennent compte des toutes dernières données scientifiques disponibles pour établir une association entre la maladie et l'exposition à l'agent Orange pendant le service. Elles disposent de la latitude nécessaire pour analyser l'information présentée dans les cas individuels, et en l'absence de données crédibles indiquant le contraire, tout doute survenant dans l'analyse des données au sujet d'une maladie liée au service et associée à l'exposition est résolu à la faveur du demandeur. En fait, le Ministère est tenu, en vertu de la Loi sur les pensions , d'accorder «le bénéfice du doute» à l'ancien combattant.
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