Les trois prochains chapitres du présent volume constituent
une synthèse narrative détaillée des incidents,
des actions et des décisions en rapport avec la mission
en Somalie. Dans les chapitres 3 à 11, nous présentons
le contexte dans lequel s'est déroulée la mission
en Somalie. Dans les chapitres 12 à 14, nous nous servons
des témoignages pour décrire sous forme chronologique
les événements et les actions qui permettent de
situer les problèmes. Le chapitre 12 examine ce qui s'est
passé avant que le Canada ait accepté de prendre
part à la mission en Somalie; le chapitre 13 porte sur
les incidents qui ont eu lieu pendant le déploiement et
le chapitre 14 rapporte ce qui s'est passé après
le rapatriement des Forces canadiennes. Tout au long de ce compte
rendu descriptif, nous soulignons divers éléments
qui nous paraissent révéler l'existence possible
de problèmes systémiques. Enfin, dans les trois
autres volumes de notre rapport, nous analysons cette possibilité
et nous présentons nos conclusions et recommandations
Durant les premiers mois de 1992 la situation politique en Somalie
s'est rapidement détériorée. La chute du
président du pays, Syad Barre, en janvier 1991, a généralisé
une lutte souvent violente pour le pouvoir entre clans et factions
dans de nombreuses régions du pays. Les deux principales
factions, surtout situées dans le centre et le sud du pays,
étaient un groupe de membres du Congrès de la Somalie
unifiée (CSU) qui appuyaient le président par intérim
de la Somalie, Ah Mahdi Mohammed, et un groupe rival, appartenant
lui aussi au CSU, dont les membres soutenaient le président
du Congrès, le général Mohammed Farah Aydiid.
Ces deux groupes contrôlaient plus de 50 000 hommes,
armés de tanks soviétiques, de pièces d'artillerie
et d'une grande quantité d'armes légères
et de munitions. Des combats avaient éclaté à
Mogadiscio et s'étaient répandus dans toute la Somalie.
Des éléments bien armés contrôlaient
différentes parties du pays, et les alliances se nouaient
et se dénouaient au fil du temps et des hostilités.
Comme si les destructions matérielles et le chaos politique
ne suffisaient pas, il y avait aussi des groupes de bandits n'ayant
aucun lien avec les factions combattantes plus structurées.
Il n'y avait plus de gouvernement central fonctionnel et nombreuses
étaient les autorités de facto qui refusaient
la livraison de l'aide humanitaire. Les cargos transportant les
approvisionnements de secours ne pouvaient accoster au port et,
à une occasion, ont même été bombardés.
L'aéroport de Mogadiscio a également été
attaqué.
À l'automne de 1992, on évaluait
à près de 300 000 le nombre des personnes décédées
au cours des 12 mois précédents et au moins 1,5
million de plus risquaient de mourir à brève échéance.
Selon des rapports de l'ONU, environ 4,5 millions de Somaliens,
soit la moitié de la population approximative, dont la
majorité vivait dans les régions rurales du pays,
souffraient de malnutrition aiguë et de maladies connexes.
Des centaines de milliers d'autres étaient obligés
de fuir leur foyer. Le pays avait de toute urgence besoin d'une
aide humanitaire.
Aux yeux des médiateurs de l'ONU, la Somalie offrait une
image complexe d'infrastructures et d'institutions tant officielles
qu'officieuses. Même si l'anarchie était en apparence
omniprésente, un certain ordre continuait de régner
à l'intérieur des clans. Les différences
géographiques jouaient également : tandis que, d'une
part, les régions centrale et méridionale étaient
durement touchées par les combats, la famine et l'afflux
de réfugiés, d'autre part, la région septentrionale
(l'ancien protectorat britannique de Somaliland où est
situé Bosaso) contrôlée par une autre faction
connue sous le nom de Front somalien pour la démocratie
et le bien-être social (FSDBS), se caractérisait
par un calme relatif, une population amicale et des structures
d'autorité claires et identifiables. Belet Uen est située
au centre de la Somalie; Bosaso, dans le nord du pays.
Même si l'ONU était intervenue sporadiquement en
Somalie en 1991 et au début de 1992, la dégradation
de la situation au centre et dans le sud nécessitait une
plus grande concertation sur la scène internationale. En
janvier 1992, à l'initiative du secrétaire général
sortant de l'ONU, Javier Perez de Cuellar, une équipe de
l'ONU s'est rendue en Somalie afin d'évaluer la situation.
En conséquence de cette visite, toutes les factions, sauf
celle du général Aydiid, ont convenu d'un cessez-le-feu
à Mogadiscio. Le secrétaire général
de l'ONU a ensuite réussi à obtenir une résolution
de l'ONU visant à prendre des mesures de concert avec d'autres
organisations internationales afin d'accroître l'aide humanitaire
à la population civile.
Le ministère des Affaires extérieures a pour la
première fois été informé de la possibilité
d'une intervention de l'ONU en Somalie au début de janvier
1992, par la Mission permanente du Canada auprès de l'Organisation
des Nations Unies à New York. Cependant, il s'était
dégagé parmi les États membres de l'ONU un
consensus selon lequel il n'était pas question de procéder
à une mission de maintien de la paix, en raison du caractère
explosif des événements et de l'absence d'un cessez-le-feu
négocié.
En mars 1992, toutefois, l'ONU participait à fond à
des campagnes humanitaires en Somalie même si elle avait
dû retirer son personnel à quelques reprises à
cause de l'instabilité de la situation. Elle a persévéré
grâce à la coopération du Comité international
de la Croix-Rouge (CICR) et d'un certain nombre d'autres organisations
non gouvernementales (ONG).
Durant les premiers mois de 1992, le ministère des Affaires
extérieures et le ministère de la Défense
nationale (MDN) ont continué de recevoir des rapports sur
la crise de l'aide humanitaire qui se développait en Somalie,
même si le Canada n'avait aucun représentant diplomatique
ou militaire dans le pays. En mars, l'ambassadeur du Canada auprès
de l'ONU a écrit au secrétaire général
afin d'exprimer l'appui du Canada aux efforts de l'ONU et de confirmer
que celui-ci serait prêt à participer à une
mission de livraison de produits alimentaires et d'autres fournitures
humanitaires, une fois que l'ONU serait en mesure d'assurer la
sécurité de ses forces.
Au début, les discussions relatives à la participation
éventuelle du Canada à une opération de l'ONU
ou à toute autre opération en Somalie se sont tenues
suivant des filières surtout officieuses, auxquelles participaient
des représentants du Canada au siège social de l'ONU
à New York, des hauts fonctionnaires des Affaires extérieures
et des cadres supérieurs civils et militaires au Quartier
général de la Défense nationale (QGDN) à
Ottawa. La décision officielle de participer à une
mission de maintien de la paix et l'entente relative à
la portée d'une mission éventuelle relevaient de
la responsabilité dû Cabinet, qui agirait après
avoir reçu les informations et les recommandations pertinentes
des ministères des Affaires extérieures et de la
Défense nationale.
Même si les deux ministères partageaient (et partagent
toujours) la responsabilité de conseiller le Cabinet à
l'égard des décisions relatives aux activités
de maintien de la paix, le ministère des Affaires étrangères
et du Commerce international (qui s'appelait ministère
des Affaires extérieures au moment de la mission en Somalie)
a, dans le cadre de la politique étrangère du Canada,
la responsabilité globale des relations avec l'ONU et assume
par conséquent le rôle prépondérant
dans le processus décisionnaire. Au moment où la
Somalie était en crise, un représentant du ministère
des Affaires extérieures devait normalement analyser la
demande de l'ONU en fonction de la politique étrangère
du Canada, puis collaborer avec des fonctionnaires du MDN afin
de coordonner la réaction canadienne.
Au sein du MDN, le poste clé pour toutes les questions
initiales relatives au maintien de la paix avant la prise d'un
engagement officiel est celui de sous-ministre adjoint (Politiques
et communications). Au moment où il était question
de la Somalie, ce poste était occupé par M. Kenneth
Calder, Ph.D., un civil qui faisait rapport conjointement au sous-ministre
(SM), Robert Fowler, au chef d'état-major de la Défense
(CEMD), le gén John de Chastelain, qui était le
principal conseiller relativement au maintien de la paix. Une
fois l'engagement pris à l'égard de l'ONU, la responsabilité
du dossier a été confiée au sous-chef de
l'état-major de la Défense (SCEMD), qui s'est ensuite
chargé de coordonner la planification, l'organisation,
la composition, le déploiement, le commandement et le contrôle,
le soutien et le redéploiement de la force.
Tandis que le ministère des Affaires extérieures
examinait la demande dans une perspective de politique étrangère,
le QODN devait analyser la mission projetée en fonction
tant des politiques que des opérations. Dans leur analyse
visant à engager éventuellement des troupes en Somalie,
les officiers et les fonctionnaires du QODN s'appuyaient sur certaines
politiques.
Le principal document de politique était le Livre blanc
de 1987 sur la défense, qui renfermait sept critères
devant servir à évaluer le projet d'opération
de maintien de la paix. Ces critères avaient évolué
au fil des ans, mais étaient considérés comme
le seul moyen dont on disposait pour parvenir à une décision
éclairée et responsable. Lorsque les Nations Unies
ont demandé qu'un contingent canadien participe à
la force d'Opération des Nations Unies en Somalie, sept
critères étaient en vigueur.
En vertu de ces critères, qui étaient considérés
comme les seuls moyens de parvenir à une décision
éclairée et responsable, il fallait savoir si les
opérations seraient régies par un mandat clair et
applicable et si les principaux antagonistes acceptaient un cessez-le-feu
et la participation du Canada aux opérations; si les mesures
envisagées allaient servir la cause de la paix et donner
lieu, en définitive, à un règlement politique
du différend; si la taille et la composition de la force
de maintien de la paix convenaient au mandat; et si la participation
du Canada aux opérations compromettait le respect d'autres
engagements. Il fallait en outre désigner une autorité
unique chargée de l'opération et veiller à
ce que la mission bénéficie d'un soutien financier
équitable.
Toutefois, les officiers supérieurs et les représentants
du ministère de la Défense nationale ont minimisé
l'importance de ces lignes directrices dans le processus décisionnaire.
Qui plus est, tant le sous-ministre, que le CEMD, ont soutenu
que les directives étaient «considérablement»
souples et qu'il n'en avait été tenu compte «
que dans une certaine mesure, pas dans les détails ».
M. Fowler a plus tard déclaré dans son témoignage
devant la Commission que l'application de ces critères
n'était pas rigoureuse et que, de toute façon, leur
utilité aurait été presque nulle dans le
cas de la Somalie. Le gén de Chastelain partageait ce point
de vue, même si un document de principe du ministère
de la Défense publié en 1992 précisait que
ces directives constituaient la politique à respecter.
Ce n'est qu'en avril 1992, que le Conseil de sécurité
des Nations Unies a adopté la résolution 751 établissant
l'ONUSOM, la première opération officielle de l'ONU
dont le but consistait à apporter une aide humanitaire
à la Somalie. À titre d'opération visée
au chapitre VI de la Charte des Nations Unies, elle prévoyait
le recours à la force uniquement aux fins de légitime
défense, dans le cadre du règlement pacifique de
conflits, conformément au droit international de la paix.
Les Nations Unies ont alors demandé au Canada de participer
à l'opération.
Après que les officiers et représentants du QGDN
eurent étudié la demande de l'ONU, le ministère
des Affaires extérieures a demandé à la Mission
permanente du Canada auprès des Nations Unies d'exprimer
les préoccupations du Canada concernant la sécurité,
et de voir si la résolution de l'ONU pouvait être
modifiée de manière à garantir la mise en
place de mesures de sécurité appropriées.
En outre, le SM et le CEMD avaient recommandé au ministre
de la Défense nationale de conseiller au ministère
des Affaires extérieures de rejeter la demande officieuse
de l'ONU
Cette recommandation était fondée sur le fait que la mission proposée par l'ONU ne répondait pas a ce moment-là aux critères de la politique du Canada concernant diverses questions : l'incertitude du mandat; la pertinence douteuse des accords obtenus des chefs rivaux; et, facteur primordial du point de vue du QGDN, les graves préoccupations en matière de sécurité que l'ONU avait
déjà admises. Le ministre a accepté cette
recommandation et, même si l'ONU continuait d'élaborer
des plans en vue du déploiement d'observateurs militaires
le Canada s'est contenté pour sa part de surveiller la
situation.
Au cours du printemps et de l'été de 1992, alors
que 1'ONU éprouvait certaines difficultés à
organiser le déploiement des observateurs et des conseillers
techniques, ses négociateurs envisageaient déjà
des modifications à la mission. À la fin de juillet
1992, on a finalement autorisé le déploiement d'observateurs
onusiens. Mais déjà, la crise alimentaire s'intensifiait
également, et le Secrétaire général
croyait que la communauté internationale n'accordait pas
à la situation en Somalie l'attention qu'elle méritait.
Le 28 juillet 1992, le gén de Chastelain, a ordonné
à l'état-major du QGDN de mener une étude
de faisabilité afin de juger si les Forces canadiennes
(FC) étaient en mesure d'affecter un bataillon en Somalie,
le cas échéant. Toutefois il a rappelé aux
représentants de l'ONU que le Canada n'enverrait pas d'observateurs
ni d'autres soldats dans le pays sans la présence d'un
bataillon de sécurité. Déjà lors de
ces discussions préliminaires tenues au Canada on avait
mentionné que le Régiment aéroporté
du Canada (RAC) serait peut-être l'unité à
considérer pour une telle mission de maintien de la paix.
Conscient de la menace d'une famine généralisée,
dont les médias du monde entier parlaient à grand
renfort de détails, le Secrétaire général
de l'ONU a lancé un appel aux États membres dans
le but d'obtenir toute formes d'aide humanitaire. Dans une lettre
que le premier ministre Brian Mulroney a adressée au Secrétaire
général Boutros Boutros-Ghali, le 13 août
1992, le Canada a accepté de prendre part au transport
aérien des approvisionnements de secours, dans le cadre
de l'opération «Relief», avant même d'affecter
de troupes à l'ONUSOM.
A la fin d'août, la situation s'était grandement
détériorée en Somalie. D'un bout à
l'autre du pays, les hostilités éclataient de façon
sporadique et répétée et les actes de banditisme
armés se multipliaient. La crise humanitaire persistait
en raison de l'absence de mesures de sécurité et
malgré le fait que l'ONU disposait des ressources nécessaires
pour apporter une aide accrue
Tout en reconnaissant l'importance de l'opération de transport
aérien pour la distribution de la nourriture et autres
approvisionnements, le Secrétaire général
a signalé au Conseil de sécurité que «
les conditions de sécurité actuelles ne permettent
pas de garantir la livraison des secours humanitaire par transport
terrestre et constituent donc la principale cause de la crise
alimentaire que connaît présentement la Somalie ».
Il a clairement précisé que cette approche n'éliminait
pas la nécessité d'assurer la distribution de l'aide
par voie de terre et qu'elle ne remplaçait pas non plus
l'assistance à cet égard.
Enfin, à la fin d'août 1992, le Conseil de sécurité
a approuvé, grâce à la résolution 775,
un plan proposé par le Secrétaire général
dans le but de déployer quatre unités de sécurité
de 750 personnes chacune, et ce, dans l'une des quatre zones d'opération
délimitées par l'ONU. Après avoir modifié
ce plan pour y inclure le déploiement de trois unités
logistiques, l'ONU a publié la version définitive
du mandat de l'ONUSOM.
Les forces onusiennes, auxquelles s'ajoutaient désormais
des unités de sécurité, se sont vu confier
les responsabilités suivantes : assurer la protection et
la sécurité du personnel, de l'équipement
et des approvisionnements de l'ONU (d'abord à Mogadiscio,
et par la suite dans les quatre zones d'opération); escorter
les convois d'aide humanitaire jusqu'aux centres de distribution.
et assurer la sécurité du personnel, de l'équipement
et des approvisionnements de l'ONU aux aéroports de la
Somalie. Leur principal but consistait à fournir aux convois
onusiens une escorte militaire suffisamment puissante pour empêcher
les attaques Afin d'être en mesure d'exécuter ces
tâches de manière adéquate, les forces de
l'ONU ont été autorisées à tirer des
coups de feu à des fins de légitime défense
si la dissuasion se révélait insuffisante.
Au moment ou l'ONU pressentait sa demande de troupes, le Canada
était déjà en voie de planifier sa réponse
officielle. Le premier ministre avait exprimé son appui
en août 1992 dans son engagement à affecter des militaires
à une ONUSOM élargie et dans sa correspondance adressée
au ministre de la Défense nationale. A la fin d'août,
le SM et le CEMD, après avoir brossé un tableau
de la situation au ministre, ont recommandé que le Canada
consente à mener des opérations de secours en Somalie,
sous réserve des exigences relatives à la durée
de sa participation et à condition d'être libéré
de ses obligations ayant trait à l'opération «
Python » au Sahara occidental, une mission de l'ONU à
laquelle il avait déjà accepté de participer
et qui n'a jamais eu lieu.
Contrairement à la pratique habituelle, la demande officielle
de 1'ONU visant l'obtention d'un bataillon d'infanterie avait
été transmise à la Mission permanente du
Canada à New York avant que le Canada n'y accède
officiellement, mais l'on savait déjà que le Canada
allait donner son aval. Les représentants de la Mission
permanente avaient indique dans leurs rapports que l'on considérerait
comme une importante réalisation a l'échelle internationale
le fait que le Canada soit en mesure de répondre rapidement
et carrément à ta demande de l'ONU.
La décision du gouvernement canadien de participer à
l'ONUSOM n'a été prise officiellement qu'après
que le Conseil de sécurité a permis expressément
le déploiement de personnel de sécurité,
en sus de la force de maintien de la paix autorisée aux
termes du mandat initial de l'opération. Un certain nombre
de pays, dont le Canada, estimaient qu'un défaut crucial
du plan limitait fondamentalement le mandat initial conféré
à l'ONUSOM en vertu de la résolution 751. En effet,
l'ONU n'avait pas réussi à obtenir le consentement
du général Aydiid au plan proposé pour assurer
la sécurité du personnel, malgré le fait
que les représentants de l'ONU en avaient recommandé
l'application et que le chef rival, Mohammed Ali Mahdi, y avait
donné son appui.
Au Canada, le maintien de la paix est considéré
depuis longtemps comme une grande réussite sur les plans
de la politique étrangère et de la politique de
défense. Cet appui public et politique est né lorsque
le Prix Nobel de la paix a été décerné
à Lester B. Pearson pour avoir proposé que l'ONU
déploie des unités de maintien de la paix afin de
surveiller l'application d'un cessez-le-feu lors de la crise de
Suez en 1956. En 1993, le Comité sénatorial
permanent des affaires étrangères a fait savoir
qu'il s'agissait de la « seule activité militaire
qu'appuient les Canadiens ». Néanmoins, dans les livres
blancs sur la défense qui ont été publiés
entre 1964 et 1994, ainsi que dans de nombreux autres énoncés
de politique, le gouvernement a toujours classé le maintien
de la paix parmi les activités secondaires des Forces canadiennes.
Parce que le Canada participe depuis longtemps aux missions de
maintien de la paix, on considère que sa réputation
s'est accrue en tant que moyenne puissance dans les affaires internationales.
On estime aussi que sa participation lui a permis de jouer un
rôle plus influent au sein des Nations Unies. Pendant la
guerre froide, le principal objectif stratégique du Canada
était d'éviter ou de prévenir l'escalade
des hostilités entre les superpuissances, car une attaque
directe ou indirecte menacerait sa sécurité nationale.
La fin de la guerre froide a eu pour effet d'atténuer les
inquiétudes au sujet de tels affrontements et la menace
de guerre comme justification de la participation du Canada aux
activités de maintien de la paix.
En dépit de l'excellente réputation du Canada dans
ce domaine, les Forces canadiennes sont réticentes à
faire du maintien de la paix une priorité de la politique
de défense. Leur priorité absolue demeure le maintien
et le perfectionnement des moyens de combat nécessaires
à la protection des Canadiens et de leurs intérêts
et valeurs tant au pays qu'à l'étranger, même
si les responsabilités a cet égard ont grandement
diminue depuis la fin de la guerre froide.
Bien que l'on reconnaisse généralement la nécessité
d'une capacité de combat pour les déploiements dans
le cadre de missions de l'ONU, il est de plus en plus évident
que le fait de se concentrer uniquement sur la capacité
de combat peut nuire à l'élaboration des programmes
de formation et des procédures opérationnelles applicables
à une nouvelle génération d'opérations
de maintien de la paix. Les membres des FC connaissaient peu de
choses sur la Somalie avant que le gouvernement canadien ne s'engage
à prendre part à la mission de l'ONU dans ce pays
en difficulté.
Tandis que les diplomates, les hauts fonctionnaires et les officiers
supérieurs canadiens envisageaient d'envoyer des militaires
canadiens en Somalie, le Régiment aéroporté
du Canada (RAC) avait repris son statut d'unité onusienne
en attente, en février 1992, après le renvoi aux
calendes grecques d'une opération à laquelle il
avait été affecté et pour laquelle il avait
subi un entraînement intensif.
Cette mission de l'ONU, baptisée opération «
Python », était projetée au Sahara occidental,
où un référendum devait déterminer
si la population revendiquerait l'indépendance nationale
ou serait intégrée au Maroc. Le Canada aurait fourni
un bataillon pour assurer la tenue d'un scrutin libre et équitable.
Il semble que l'ordre de faire relâche ait nui au moral
des membres du RAC. Ils ressentaient encore une fois ce genre
de frustration que les soldats éprouvent lorsque des exercices
importants pour lesquels ils s'étaient préparés
sont annulés à la dernière minute. Comme
les événements ultérieurs devaient l'indiquer,
cette situation a peut-être également sapé
la discipline au sein du régiment.
Au début de septembre 1992, tandis que le Canada annonçait
sa participation à l'ONUSOM, des officiers de la Force
terrestre (FT), maintenant connue sous le nom de Commandement
de la Force terrestre (CFT), renseignaient le CEMD sur le plan
de contingence élaboré en vue de l'opération
en Somalie. Même si le CEMD était en définitive
responsable d'examiner et d'approuver la structure organisationnelle
et le plan proposés et qu'il avait déclaré
en juillet que le RAC était l'unité tout indiquée
pour accomplir une mission en Somalie, c'est le commandant du
Commandement de la Force terrestre qui, a ce stade de la planification,
a officiellement décidé que le RAC serait déployé
en Somalie
L'histoire du RAC a été relativement courte au sein
des forces militaires du Canada. Comme en fait état le
chapitre 9, le régiment a commencé à prendre
forme en 1966, sous la direction du gén J.V. Allard. On
projetait de développer une capacité aéroportée
dans une unité mixte qui pourrait, entre autres tâches
spécialisées, assurer la défense dans le
nord sur une petite échelle, répondre à brève
échéance à des demandes de l'ONU pour des
forces de maintien de la paix, faire partie d'une force alliée
pour mener des opérations dans le cadre d'un conflit limité
ou généralisé, et prêter main-forte
aux autorités civiles sur le plan national.
Lors de sa création officielle en 1968, le RAC était
une unité des FC relevant du Commandement de la Force mobile.
Il s'agissait à l'origine d'une mini-brigade d'environ
900 militaires. Pour être membres du régiment, les
soldats devaient compter au moins quatre années de service
dans l'armée et détenir le grade de caporal ou remplir
les conditions nécessaires à l'obtention de ce grade.
Au départ, le RAC était considéré
en partie comme une unité d'entraînement opérationnel,
de sorte que l'entraînement physique plus rude et l'attitude
mentale plus vive se répandraient par la suite dans le
reste de l'armée régulière. Les membres du
RAC devaient en effet retourner dans leurs unités d'appartenance
au bout de deux ou trois ans. Toutefois, certains de ces critères
initiaux ont été modifiés au fil des ans.
Le régiment comptait à l'origine son propre quartier
général et six unités : le Quartier général
et l'Escadron des transmissions du Régiment aéroporté,
qui remplissait les fonctions liées aux communications
et au quartier général; deux commandos d'infanterie
(les 1er et 2e Commandos); une unité
d'artillerie de campagne; et des unités d'appui et de soutien
au combat. Le commandant du régiment exerçait les
pouvoirs d'un commandant de formation. Le Royal 22e Régiment
fournissait des soldats au 1er Commando, tandis que
The Royal Canadian Regiment et le Princess Patricia's Canadian
Light Infantry en affectaient au 2e Commando. Les membres du 3e
Commando, créé par la suite, venaient exclusivement
du Royal Canadian Regiment. Les trois régiments affectaient
des soldats aux pestes clés au sein du quartier général
et des commandos de service.
Le RAC n'existait que depuis deux ans lorsqu'il a entrepris sa
première mission opérationnelle : assurer la sécurité
à Montréal durant la crise d'Octobre de 1970. En
avril 1974, le 1er Commando a été envoyé
à Chypre, où il s'est illustré dans des conditions
très difficiles. C'était d'ailleurs la première
fois que le régiment était affecté outre-mer.
Le RAC est retourné à Chypre à deux reprises,
en 1981 et en 1986-1987. Il s'est également préparé
en vue d'autres déploiements - en Namibie au début
des années 80 et au Sahara occidental (opération
« Python ») en 1991, même si aucune de ces opérations
n'a finalement vu le jour.
La mission en Somalie fut la dernière du RAC et sans doute
la plus agitée, mais ce régiment avait déjà
été secoué par de nombreuses controverses
et des bouleversements répétés au cours de
sa brève existence. Les faiblesses structurelles et d'autres
lacunes organisationnelles au sein du RAC étaient devenues
manifestes dès le milieu des années 80. D'aucuns
ont également estimé que son déménagement
de l'ouest du Canada à la BFC Petawawa en Ontario a contribué
à l'instabilité du régiment et aux difficultés
disciplinaires qui ont surgi par la suite.
Ce n'était pas la première fois que l'indiscipline
des soldats de la Force d'opérations spéciales (FOS)
et du RAC soulevait de l'inquiétude. Le commandant avait
déclaré aux soldats qui étaient rentrés
de Chypre à l'automne de 1981 qu'ils avaient fait leur
devoir d'une « manière exemplaire » et qu'ils
avaient « excellé » au cours des opérations,
mais un incident survenu dans un bar de Nicosie et impliquant
des soldats du 1er Commando avait déjà
révélé des problèmes disciplinaires
au sein du régiment. En 1982, le nouveau commandant du
régiment avait remarqué avec inquiétude un
relâchement croissant dans l'unité, qu'il avait attribué
a sa structure et au système de sélection des effectifs.
En 1984, cependant, la discipline a la BFC Petawawa s'était
détériorée à un point tel que le commandant
de la FOS avait dû intervenir. Dans une note adressée
aux commandants de base, il avait attiré leur attention
sur des signes d'indiscipline chez les soldats, de désobéissance,
sur des infractions accrues relatives à la conduite avec
facultés affaiblies, la surveillance inadéquate
des dépôts, des munitions, du matériel, des
dispositifs pyrotechniques et des armes, ce qui avait entraîné
des vols ou des pertes, ainsi que des cas d'agressions. En 1985,
un incident survenu a Fort Coulonge, ou un soldat du Régiment
aéroporté du Canada avait été mêlé
à une bagarre et avait tué un civil à l'aide
d'une machette, avait souligné de nouveau la nécessité
de procéder à un examen complet du régiment.
En 1985, le CED avait ordonné la tenue d'une étude
sur les infractions et les comportements antisociaux au sein du
Commandement de la Force mobile, notamment dans la FOS, dont le
Régiment aéroporté faisait partie. Cette
étude, le rapport Hewson, du nom de son président,
le mgén C.W. (Bill) Hewson, alors chef du Renseignement
militaire et de la sécurité, présentait plusieurs
observations et conclusions au sujet de l'état du RAC à
ce moment-là. Les questions soulevées dans ce rapport
devaient resurgir dans les événements que le régiment
a vécus au cours des mois qui ont précédé
son déploiement en Somalie et pendant le déploiement.
Le rapport concluait que la FOS affichait un taux de criminalité
violente plus élevé que les autres formations du
Commandement de la Force mobile et que le 1er Bataillon,
The Royal Canadian Regiment, ainsi que le Régiment aéroporté
du Canada, enregistraient un nombre plus élevé d'agressions
que les autres unités de la FOS. Le CED avait envisagé
de démanteler évitait à la suite de l'incident
survenu à Fort Coulonge, mais le rapport évitait
expressément de formuler des recommandations radicales.
Le mgén Hewson s'était dit d'avis que seuls des
soldats d'infanterie faisant preuve de maturité et ayant
reçu l'instruction voulue pouvaient servir dans le Régiment
aéroporté du Canada, et que les bataillons et les
gestionnaires de carrière devaient collaborer pour assurer
une dotation convenable au régiment. Il avait également
fait remarquer que les officiers subalternes et les sous-officiers
du régiment devaient établir des relations plus
étroites avec les soldats.
Bien qu'il eût reconnu que la plupart des sous-officiers
étaient des soldats et des chefs exceptionnels, il avait
déclaré que certains sous-officiers subalternes
trop indulgents avaient directement contribué à
l'effritement de la discipline. Il avait également noté
certains problèmes liés aux pouvoirs disciplinaires
des commandants des commandos, et le fait que certains officiers
semblaient hésiter à autoriser les sous-officiers
à porter des accusations. Enfin, il avait recommandé
que des experts se penchent sur le problème de l'alcoolisme
à la BFC Petawawa.
Au début, les officiers supérieurs des FC semblaient
d'accord avec les conclusions et les recommandations du rapport
Hewson. Le lgén Belzile, commandant du Commandement de
la Force mobile, avait fait savoir au CED qu'il comptait s'attaquer
rapidement aux problèmes qui existaient dans sa sphère
de compétence. Cependant, en 1986, le lgén John
de Chastelain, alors sous-ministre adjoint (Personnel) au MDN,
écrivait au Quartier général du Commandement
de la Force mobile pour l'aviser qu'il considérait comme
clos le dossier des cas d'indiscipline et de conduite antisociale
qui avaient préoccupé le quartier général.
Il ajoutait que des mesures correctives en matière de discipline
seraient apportés à l'échelle des FC. Ainsi,
avec le temps, on a lentement oublié les recommandations
du mgén Hewson.
Le commandant du RAC entre 1990 et 1992 a déclaré
dans son témoignage devant la Commission d'enquête
que le rapport Hewson n'a jamais été mentionné
dans les discussions qui ont eu lieu lorsque son prédécesseur
lui a transmis son commandement; en outre, il n'a pas vu le rapport
et n'en a pas entendu parler pendant les années où
il avait fait partie du Régiment aéroporté
du Canada. Néanmoins, il y avait lieu de croire que les
cas d'indiscipline, qui avaient donné naissance à
l'enquête Hewson, ne cessaient de se manifester au sein
du régiment au cours des discussions préalables
à son déploiement en Somalie.
Selon les preuves obtenues, les pratiques de dotation en personnel
du Régiment aéroporté du Canada ont déterminé,
dans une certaine mesure, les méthodes utilisées
pour résoudre les problèmes de discipline et autres
problèmes du régiment, étant donné
que le commandant ne bénéficiait pas de la souplesse
des autres bataillons pour pouvoir transférer des soldats
d'une sous-unité à l'autre afin de mieux équilibrer
l'expérience et les compétences. Chaque unité
des FC devait faire sa part pour veiller à ce qu'un nombre
suffisant de ses meilleurs éléments soit affecté
au RAC pour remplir son contingent. Toutefois, cette obligation
n'était pas toujours observée et, en fait, nous
avons entendu des témoignages indiquant que, à l'occasion,
des bataillons évitaient même d'envoyer leurs meilleurs
éléments au RAC.
Apparemment, le roulement du personnel était fréquent
au RAC, car les troupes faisaient constamment l'aller-retour entre
leur unité d'appartenance et le RAC. De plus, peu avant
son déploiement en Somalie, le régiment avait subi
une importante restructuration, notamment une réduction
d'effectif, passant de 754 soldats de tous grades à 601.
Le régiment venait juste de perdre son statut de formation,
et ses composantes, pour leur part, avaient perdu leur statut
d'unités indépendantes. Cela signifiait que le régiment
était converti en un bataillon d'infanterie régulier,
ayant à sa tête un commandant d'un grade moins élevé
(lieutenant-colonel) qu'auparavant ainsi que des commandants de
commandos ayant perdu leur statut de commandant et nécessitant
moins d'expérience en tant que major.
En juillet 1992, le RAC comprenait un commando de commandement
(124 soldats), trois commandos de la taille d'une compagnie (119
membres chacun), et un commando de service (120 membres). Même
si elles avaient perdu leur statut de commandement indépendant,
les trois principales sous-unités des commandos avaient
conservé leurs effectifs indépendants des régiments
d'infanterie réguliers des FC.
Au moment où les officiers des FC planifiaient le déploiement
en Somalie la présélection des soldats avant le
déploiement était axée sur la nécessité
d'éviter les rapatriements coûteux et perturbateurs
et le remplacement des troupes sur un théâtre opérationnel.
Selon les Ordonnances administratives des Forces canadiennes (OAFC)
en vigueur alors, l'accent était mis sur les problèmes
d'ordre administratif, médical et familial plutôt
que sur les préoccupations de nature disciplinaire ou d'autres
facteurs pertinents.
La présélection antérieure au déploiement
des membres du RAC ainsi que du personnel de renfort incombait
au commandant de l'unité qui, finalement, devait attester
de la valeur et des aptitudes de chaque membre. Dans la réalité,
toutefois, ces décisions étaient prises par les
commandants de sous-unités. La pratique courante fondée
sur les OAFC consistait à examiner la conduite et le rendement
récents d'un soldat, sa formation selon les normes et son
dossier disciplinaire. Pour ce qui est de ce dernier aspect, le
jugement final était fondé sur la conduite globale
et non sur un seul incident.
L'examen courant et continu du personnel permettait de déterminer
si chacun des membres avait le professionnalisme et le comportement
voulus pour participer à des opérations de l'ONU,
mais cette pratique comportait de sérieuses lacunes. Par
exemple, en 1992, le fait d'être membre d'un groupe raciste
n'était pas considéré, en soi, comme un critère
d'exclusion des FC, ni comme un motif de renvoi du service militaire
ou un obstacle à des affectations ou des déploiements.
Cependant, les incidents survenus, tant par le passé que
durant les préparatifs du RAC pour la mission en Somalie,
montrent qu'une autorité parallèle s'était
formée au niveau des caporaux et des soldats et que ceux-ci
faisaient preuve d'insubordination. Ce problème avait été
reconnu par les supérieurs en titre tant au sein du régiment
qu'au niveau supérieur de la chaîne de commandement,
et les infractions commises à l'automne de 1992 confirment
qu'il n'avait pas été résolu avant le déploiement
en Somalie.
Le relâchement de la discipline au sein du 2e
Commando du Régiment aéroporté pendant les
préparatifs de la mission en Somalie suscitait de vives
préoccupations. Les incidents comprenaient notamment la
violation des règles de l'unité, des comportements
socialement inacceptables et certaines activités criminelles,
allant du déploiement du drapeau des confédérés
(ou des rebelles) dans les quartiers du commando à des
actes d'agressivité extrême, comme endommager des
biens, incendier le véhicule du sergent de service, allumer
des pièces pyrotechniques sans autorisation et s'enivrer.
Même si le commandant du RAC avait pris des mesures pour
contrer le défi à la discipline que posait le déploiement
du drapeau confédéré, celui-ci est réapparu
au début d'octobre 1992, lorsque certaines infractions
disciplinaires graves ont été perpétrées.
Une série d'incidents se sont produits les 2 et 3 octobre
1992, témoignant d'un sérieux manque de discipline
au sein du 2e Commando pendant l'instruction en vue
des opérations en Somalie. Au cours de la soirée
du 2 octobre, des pièces pyrotechniques militaires ont
été allumées illégalement lors d'une
fête tenue au mess des caporaux et soldats, à la
BFC Petawawa. Tôt le matin du 3 octobre, le véhicule
appartenant au sergent de service Wyszynski du 2e Commando
a été incendié; le sergent avait appelé
la police militaire, disait-on, après les troubles survenus
au mess. (Cet acte ressemble à celui survenu en 1990 contre
un autre officier qui était responsable de la discipline.
Son véhicule avait aussi été incendié.)
Plus tard ce soir-là, craignant probablement que leur quartier
fasse l'objet d'une inspection pour possessions illégale
de pièces pyrotechniques, plusieurs membres du 2e
Commando ont tenu une autre fête, cette fois au parc Algonquin,
où ils ont allumé d'autres pièces pyrotechniques
et mis à feu des munitions.
La plupart des officiers et sous-officiers responsables de la
discipline au sein du RAC reconnaissaient que ces incidents constituaient
de graves infractions et, le 6 octobre, le bgén Beno a
demandé une explication des événements au
commandant, le lcol Morneault.
La veille de la communication du bgén Beno avec le lcol
Morneault, trois membres du Régiment aéroporté
(au moins deux du 2e Commando, le cplc Matchee et le
sdt Brocklebank, et un troisième non identifié)
sont allés voir l'adj Murphy, sergent-major du 4e
peloton, pour lui dire qu'ils avaient participé à
la fête au parc Algonquin. Néanmoins, seul le sdt
Brocklebank a indiqué au sergent-major qu'il assumait l'entière
responsabilité de l'allumage des pièces pyrotechniques.
Selon les témoignages que nous ont fournis l'adj Murphy
et l'adjum Mils, sergent-major du 2e Commando, ces
derniers considéraient que cette « confession avait
pour objet de disculper tous les autres participants.
Les officiers supérieurs croyaient que les 1er
et 3e Commandos éprouvaient de moins graves
problèmes de discipline, même si on avait fait état
de cas d'entreposage illégal d'armes personnelles et de
possession illégale de munitions. Des vidéos montrant
des scènes de comportement dégradant et violent
mettant en cause le 1er Commando lors de séances
d'initiation, vidéos qui ont été mis au jour
après le retour de Somalie du Régiment, témoignent
aussi de sérieux problèmes d'autorité et
de discipline au sein de ce Régiment.
La réaction des chefs du Régiment a ces infractions
laisse croire que les manquements a la discipline n'ont pas été
sanctionnés en dépit du fait que l'unité
se préparait pour une mission à l'étranger.
Toutefois ces infractions ne sont pas passées inaperçues.
En effet, nous avons appris que après les deux graves incidents
du début d'octobre 1992, le commandant du RAC, le 1col
Morneault, a sollicité l'appui du bgén Beno pour
menacer de retenir au pays le 2e Commando afin de l'amener
à briser le « mur de silence » qui s'était
formé dans ses rangs. Cette recommandation a été
rejetée par le commandant Beno de la FOS, après
consultation avec le commandant du Secteur du Centre de la Force
terrestre, le mgén MacKenzie. Au lieu de cela, le bgén
Beno a instruit le lcol Morneault de régler la question
en réaffectant des soldats du 2e Commando à
d'autres secteurs de l'unité afin de démanteler
le groupe de « rebelles ».
Le lcol Morneault n'a pas donné suite à cette recommandation,
préférant imposer une sanction collective dans l'espoir
de découvrir le nom des fauteurs de troubles. Cette mesure
s'est révélée infructueuse et a été
suivie, peu après, par le renvoi du lcol Morneault comme
commandant du RAC, ce qui constituait un changement radical et
presque sans précédent pendant une période
préparatoire à un déploiement. La nomination
du lcol Mathieu à titre de nouveau commandant du RAC, le
26 octobre 1992, et l'entente d'un déploiement du Groupement
tactique du Régiment aéroporté du Canada
(GTRAC), en vue d'une nouvelle opération, en décembre
1992, ont eu pour effet de compliquer davantage la situation et
de comprimer le bref délai fixé pour la planification
nécessaire de la mission.
Les prévisions des FC à l'égard du plan de
contingence de la mission en Somalie énonçaient
l'exécution des taches suivantes : sécurité
portuaire, protection des terrains d'aviation, escorte de convois,
sécurité des centres de distribution et sécurité
des camps de base. Les officiers de la Force mobile doutaient
de l'estimation faite par l'ONU, craignant que le nombre de troupes
soit insuffisant pour exécuter ces fonctions. Ils ont
souligné que les prévisions de l'ONU n'avaient pas
été établies selon les besoins opérationnels,
mais plutôt selon des considération financières.
Le QGDN a modifié le nombre et la composition des compagnies d'infanterie et a également augmenté le nombre de véhicules fournis à chacune. Certains officiers supérieurs ont quand même jugé que cette structure révisée serait à peine suffisante pour l'exécution des tâches prévues pour la mission. A ce moment-là, le bgén Vernon a envoyé le plan au ministère des Affaires étrangères et au VCEMD, le 3 septembre 1992, accompagné d'une lettre dans laquelle il recommandait que, compte tenu des risques opérationnels que comportait la mission, il ne fallait accepter aucune capacité inférieure à celle prévue dans le plan proposé.
Le CEMD a également été informé des difficultés concernant l'élaboration du plan de participation du Canada, en raison de la perspective limitée de l'ONU à l'égard des opérations. Selon l'évaluation faite par les forces militaires canadiennes, de nombreux aspects n'avaient pas été traités, notamment les besoins de la population civile somalienne, le plan de l'ONU pour la composante militaire de la force, la nécessité d'obtenir plus d'informations sur les tâches et les limites ainsi que l'échéancier relatif au déploiement.
Au moment de son déploiement en Somalie, le
RAC devait fournir une force de déploiement rapide aux
opérations, conformément aux tâches assignées,
principalement afin de contribuer aux efforts de protection de
la sécurité nationale et de maintien de la paix
à l'échelle internationale. La principale tâche
du régiment en temps de paix (en position d'attente) était
de se tenir prêt à se rendre n'importe où
dans le monde, en tant que bataillon d'infanterie légère,
pour mener des opérations de maintien de la paix.
Cependant, à cause de la restructuration du
régiment, lorsque l'on commença à planifier
la mission de l'ONU, appelée l'opération «
Cordon », on n'avait pas prévu que le Régiment
aéroporté du Canada irait seul. L'ordre d'avertissement
pour la force indiquait que des renforts venant d'autres unités
seraient nécessaires. (Dans ces ordres ainsi que dans tes
ordres ultérieurs concernant l'opération «
Cordon », il était question du « Groupe-bataillon
aéroporté du Canada » jusqu'après la
suspension de la mission de l'ONU. On a commencé à
parler de « Groupement tactique du Régiment aéroporté
du Canada » lorsque l'opération « Délivrance»
a été mise sur pied.)
Un certain nombre de facteurs sont entrés
en ligne de compte dans l'évaluation que le bgén
Beno a fait du RAC, dans le contexte de la restructuration prévue
du régiment sous forme d'entité indépendante.
Il a déclaré dans une lettre adressée au
mgén Mackenzie que « s'il existait un bataillon qui
avait besoin d'être dirigé avec fermeté, c'est
bien le Régiment aéroporté du Canada ».
D'après certains documents qui ont été déposés
à titre de preuves et d'après certains témoignages,
ces facteurs étaient connus des officiers supérieurs
au moment où le régiment a été choisi
pour aller en Somalie. Il s'agit de certains changements dus à
la réorganisation qui limitaient le pouvoir des commandants
(cmdt) des commandos de prendre des sanctions contre les soldats
placés sous leur commandement; d'un changement du niveau
d'expérience exigé de ces cmdt; d'une modification
du niveau des effectifs et de la composition du régiment
qui causait des difficultés administratives, entraînant
une prolongation de la durée des préparatifs du
déploiement; de fréquents changements de personnel,
tant au niveau des officiers supérieurs qu'à tous
les autres niveaux; et des conflits personnels ainsi que des problèmes
de discipline qui subsistaient.
À cause de ces problèmes, on aurait dû s'interroger
sur l'aptitude du RAC à participer à l'opération
« Cordon », mais ce ne fut pas le cas. Son statut théorique
d'unité de maintien de la paix en attente, l'annulation
récente de son affectation au Sahara occidental et le souci
que l'on se faisait au sujet du moral de l'unité semblent
avoir été les principales raisons pour lesquelles
il a été finalement déployé. Nous
estimons que, si le régiment avait été une
unité équilibrée et disciplinée, le
délai prévu pour l'entraînement axé
sur l'opération « Cordon » aurait été
suffisant pour assurer un niveau de préparation adéquat.
Cependant, les commandants et les officiers d'état-major,
à tous les niveaux, n'ont jamais mis en doute leur hypothèse
que le Régiment était formé, discipliné
et apte au déploiement. Les preuves qui nous ont été
fournies indiquent que l'état du Régiment était
manifestement loin d'être aussi bon qu'on le supposait.
Un ordre d'avertissement officiel pour la participation du Canada
à l'ONUSOM a été donné deux jours
après que la nouvelle eut été communiquée
à la presse, le 4 septembre 1992, conformément à
l'énoncé de mission et aux tâches qui étaient
prévues à ce moment-là. Les membres des FC
qui devaient faire partie de l'opération ont été
mis en service actif après qu'un décret eut été
pris et déposé à la Chambre des communes,
selon l'habitude pour de tels engagements. Dans une réponse
à l'ONU, le Canada a confirmé que l'entente ne serait
en vigueur que pour une période d'un an et que le Canada
serait libéré définitivement de sa participation
à l'opération de l'ONU au Sahara occidental.
La contribution militaire du Canada à l'ONUSOM était
représentée par le RAC, opérant comme un
bataillon d'infanterie mécanisé qui comprenait à
l'époque deux compagnies de véhicules blindés
polyvalents (VBP), une compagnie non motorisée qui était
représentée par le 2e Commando, une compagnie quartier
général/appui au combat comprenant le quartier général
du régiment pour le quartier général du groupe-bataillon,
un peloton de transmissions, un peloton de reconnaissance, un
peloton de reconnaissance motorisé ainsi qu'un peloton
d'appui-feu direct. Il comprenait un total de 750 soldats réparti
en un commando de quartier général de 132 soldats,
trois commandos d'infanterie de 110 soldats chacun, un escadron
de génie
Dans le contexte du plan de l'ONUSOM, le RAC devait être
responsable de la région de Bosaso. Pour appuyer les Forces
terrestres canadiennes, un navire ravitailleur de la marine, le
NCSM Preserver, devait être ancré au large
de Bosaso et fournir des services de communication, du ravitaillement
et du matériel général, des services d'évacuation
des blessés, des services médicaux et dentaires
et du carburant en vrac. En outre, un détachement aérien
d'aéronefs de transport Hercules a été déployé
à Nairobi, au Kenya, transporter les denrées alimentaires
et les approvisionnements destinés à l'aide humanitaire
en Somalie dans le cadre du pont aérien international de
l'ONU - opération « Relief » - organisé
au début de 1992. Ce pont aérien devait également
soutenir l'opération « Cordon ».
Peu de temps après que l'ordre d'avertissement eut été
donné, une délégation d'officiers canadiens
a rencontré des représentants de l'ONU à
New York pour tenir des séances d information sur la situation
politique en Somalie et sur les dispositions opérationnelles
prévues pour le déploiement des forces de l'ONUSOM.
Le lcol Paul Morneault, commandant du RAC à l'époque,
faisait partie du contingent canadien.
Le lcol Morneault a déclaré que la séance
d'information était bien structurée et très
détaillée mais qu'on n'y avait pas appris grand-chose
de nouveau. Cependant, un officier canadien qui était présent
à la séance a signalé le fait que certains
États membres n'avaient pas pris l'engagement d'envoyer
des troupes. Il a fait remarquer par ailleurs que l'on n'avait
pas encore établi d'instructions permanentes d'opération
(IPO) pour la mission et que, dans le cas de l'ONUSOM, où
il ne semblait exister aucun ennemi identifiable, toute démonstration
de force constituerait un défi permanent pour le commandant
canadien.
Au début d'octobre 1992, le Canada a finalement été
autorisé par l'ONU à envoyer un groupe de reconnaissance
en Somalie. Le 12 octobre, le groupe a pris le départ pour
la Somalie afin de confirmer certains détails d'ordre opérationnel
au sujet de la participation du Canada. Cette équipe comprenait
le lcol Morneault, des représentants du QODN et des FC,
un officier de la Direction des opérations de maintien
de la paix ainsi que huit soldats du RAC.È
Même si l'on considérait qu'elle avait lieu à
une étape un peu tardive de la planification de l'opération
« Cordon », la mission de reconnaissance d'octobre constituait
un facteur d'une importance cruciale pour comprendre certains
événements ultérieurs. Pour la première
fois, les rapports faits par cette équipe indiquaient que
certains changements pourraient être apportés aux
tâches énoncées dans le plan de contingence
et dans le concept de l'opération de l'ONU. La mission
de reconnaissance a révélé que la distribution
de l'aide humanitaire à Bosaso s'était améliorée
et que la situation s'était stabilisée dans la région.
D'après le rapport, les tâches revues mais toujours
quelque peu générales prévues pour l'opération
« Cordon » consistaient à assurer la sécurité
au camp de base, organiser des convois de reconnaissance et assurer
une certaine sécurité portuaire et aéroportuaire.
Il n'existait aucun besoin manifeste de centres de distribution
de l'aide et les convois de sécurité ne semblaient
pas nécessaires non plus. Tout en concluant que les tâches
étaient largement conformes au mandat de l'ONUSOM, les
membres de l'équipe de reconnaissance ont insisté
sur la nécessité de suivre la situation.
Les changements qui avaient été apportés
aux tâches confiées au Canada pour le secteur nord-est
préoccupaient beaucoup les responsables canadiens parce
que le ministère de la Défense nationale et le ministère
des Affaires extérieures voulaient que le Canada joue un
rôle important dans la livraison des fournitures de secours
humanitaire en Somalie. Le concept de l'opération révisé
en ce qui concerne la contribution des militaires canadiens prévoyait
que des patrouilles apporteraient de l'aide, mais la présence
canadienne avait d'une manière générale pour
unique but de montrer l'étendard.
À la suite des discussions qui ont eu lieu au MDN au sujet
du plan de mission révisé pour l'opération
« Cordon », le col Bremner, directeur des politiques
internationales, a signalé à l'ONU que le Ministère
craignait que le rôle d'ange gardien prévu pour les
troupes canadiennes ne soit pas nécessairement celui qui
convenait le mieux au RAC, bien qu'il corresponde au mandat général
de l'ONUSOM. Il a été mentionné que jusqu'à
ce que le rapport de l'équipe de reconnaissance ait révélé
que la situation s'était améliorée dans la
périphérie de Bosaso, le Régiment aéroporté
s'était préparé accomplir une tâche
de sécurité pour la livraison de l'aide humanitaire.
À l'ONU, on a demandé en vain des précisions
sur le mandat, mais peu de temps après, dans le courant
de novembre 1992, se sont produits des événements
qui ont entraîné un changement encore plus radical
de la mission. Le mandat initial de la participation de l'unité
canadienne à l'ONUSOM était devenu inutile.
Avant que l'ordre d'avertissement ne soit lancé, l'état-major
du RAC avait commencé à élaborer un plan
d'entraînement pour l'opération « Cordon ».
C'est au lcol Morneault qu'incombait la responsabilité
de la conception et de la mise en oeuvre du plan puisqu'il était
le commandant du régiment Alors qu'au ministère
de la Défense et au ministère des Affaires extérieures
la planification aux échelons supérieurs, restait
axée sur le statut de la participation du Canada à
l'opération de l'ONUSOM, le lcol Morneault élaborait
son plan d'entraînement, encouragé par l'information
verbale qu'il avait reçue de diverses sources, les résultats
d'une visite de reconnaissance antérieure, des rapports
d'enquête sur l'opération « Python » ainsi
que d'autres données précises tirées de ses
connaissances et de son expérience personnelle.
L'état-major a reconnu que la mission devait être
montée rapidement mais il la considérait comme une
opération sans précédent nécessitant
des recherches approfondies, y compris un examen des dossiers
de certaines missions antérieures comme la mission Cyprus
ainsi que d'autres opérations menées sur le continent
africain. D'après certains renseignements qui nous ont
été fournis ultérieurement, certains documents
écrits (énonçant la doctrine, p. ex.) tirés
des manuels des FC ont été jugés peu utiles,
mais l'état-major avait également demandé
l'avis des régiments d'origine pour fournir certains détails
pour le plan d'instruction.
La première ébauche de plan d'entraînement
pour l'opération « Cordon » a été
envoyée par l'officier-instructeur du RAC à ses
supérieurs du quartier général de la FOS,
le jour où l'ordre d'avertissement a été
transmis, c'est-à-dire le 4 septembre 1992. Il donne un
résumé des activités d'entraînement
à prévoir pour le régiment et le commando
pour la mi septembre, en vue de se préparer au déploiement.
Cependant, malgré les efforts qui ont été
déployés pour sa préparation, on a constaté
bien plus tard que les avis étaient partagés quant
à savoir si le programme prévu pour l'entraînement
constituait un plan ou un sommaire et s'il permettrait au régiment
d'être prêt à temps.
De toute façon, les différences de perception chez
les officiers supérieur quant à savoir si le programme
d'entraînement en vue de l'opération « Cordon»
était satisfaisant devaient transparaître plus tard
dans les comptes rendu. individuels du processus d'entraînement.
Le supérieur du lcol Morneault, le bgén Ernest Beno,
avait essayé au cours d'une série de conversations
et de réunions, d'attirer l'attention du lcol Morneault
sur sa conception d'un plan d'entraînement acceptable. A
la mi-septembre 1992, des instructions écrites ont été
distribuées pour un exercice d'entraînement appelé
« Stalwart Providence », dont le but explicite était
de confirmer l'état de préparation opérationnelle
du RAC.
Deux jours plus tard, le bgén Beno et le lcol Morneault
devaient se rencontrer pour examiner les activités d'entraînement
et d'autres préparatifs en vue de l'opération «
Cordon ». D'après des preuves recueillies ultérieurement,
le bgén Beno craignait que le lcol Morneault n'ait pas
accordé suffisamment d'importance au type d'entraînement
requis ou à sa conduite. Par contre, le lcol Morneault
a déclaré que, bien que le bgén Beno lui
ait dit au cours d'une conversation téléphonique
que l'état-major du quartier général de la
FOS n'était pas satisfait des détails fournis par
l'état-major du RAC au sujet du plan d'entraînement,
il avait retiré de cette conversation qu'il devait seulement
fournir un plan d'entraînement, par l'intermédiaire
de la chaîne de commandement, lequel plan ne devait pas
nécessairement contenir des renseignements détaillés
sur les objectifs officiels et la portée de l'entraînement.
Une nouvelle série d'horaires et de sommaires d'entraînement
a été présentée par le lcol Morneault
et son état-major, pour la période allant du 8 septembre
au 2 octobre 1992, qui serait suivie par l'exercice d'entraînement
« Stalwart Providence » entre le 3 et le 9 octobre 1992.
Il était alors manifeste que certains événements
inattendus à l'ONU et en Somalie perturbaient le programme
de l'ONUSOM et que cela risquait de retarder le déploiement
des troupes canadiennes.
Le 22 septembre 1992, le bgén Beno avait envoyé
au lcol Morneault une directive détaillée sur l'entraînement
en vue de l'opération « Cordon ». Le document
disait que son but était de faciliter les préparatifs
du groupe-bataillon pour l'opération de l'ONU en Somalie,
de jeter les bases de l'exercice Stalwart Providence » et
de fournir un moyen de déclarer que l'unité était
prête su r le plan opérationnel.
Le bgén Beno avait indiqué dans l'ordre d'entraînement
trois règles fondamentales qui, à son avis, devaient
guider la conduite de toute opération de maintien de la
paix et par conséquent sous-tendre toute formation préparatoire.
Ces règles préconisaient l'emploi de la force minimale,
un recours maximum à la dissuasion et le règlement
des conflits au niveau le plus bas possible. Il donnait également
des directives pour que la formation individuelle et collective
soit terminée à la mi-octobre.
Dans son témoignage devant la Commission, le lcol Morneault
a déclaré qu'il n'avait eu connaissance des directives
du bgén Beno qu'à son retour des États-Unis,
où il avait participé à des réunions
de planification de l'ONUSOM, au siège des Nations Unies,
le 28 septembre. Les témoignages indiquent qu'à
cette époque, la communication entre ces deux officiers
laissait beaucoup à désirer. Même s'il semblait
un peu tard pour donner des directives par écrit, le lcol
Morneault n'avait pas interprété la directive du
bgén Beno comme une expression des préoccupations
de ce dernier, notamment parce que le quartier général
de la FOS avait lui aussi, un an plus tôt, émis une
directive sur l'entraînement en vue de l'opération
« Python ». Malgré les retards dans la planification
de la mission, le plan d'entraînement continuait d'évoluer.
Un délai supplémentaire a été prévu
pour l'entraînement au maniement des armes et pour les exercices
de commando, et l'exercice « Stalwart Providence » a
été reporté à la période du
14 au 18 octobre 1992..
Il semblait qu'au début, le bgén Beno et le lcol
Morneault s'étaient mis d'accord sur l'objectif de l'exercice
« Stalwart Providence », mais qu'au fur et à
mesure des événements, chacun ait conçu l'objectif
à sa manière. La principale différence portait
sur la question de savoir s'il s'agissait d'une activité
d'entraînement ou d'une activité confirmatoire (c'est-à-dire
d'un test) et s'il visait à mettre à l'épreuve
le leadership du lcol Morneault. (Cette confusion aurait pu passablement
s'expliquer par le fait qu'il n'existait pas, au Commandement
de la Force mobile, de politique ou de doctrine claire et précise
quant à la nécessité d'organiser un tel exercice
en préparation pour une mission de l'ONU.)
Au moment où les dates de l'exercice d'entraînement « Stalwart Providence » ont été fixées, on ignorait que le lcol Morneault serait absent. Il était censé participer à une mission de reconnaissance en Somalie autorisée par l'ONU, mais celle-ci avait été retardée pendant que l'ONU négociait avec les factions somaliennes. Cependant, le 21 octobre 1992, le lcol Mornesult a été relevé de ses fonctions de commandant du RAC. Selon des renseignements obtenu par la suite, cette décision a été prise parce que ses supérieurs
avaient perdu confiance en lui et non à cause de quelques
chose qu'il aurait fait ou omis de faire, ou d'autres raisons
particulières ayant précédé cet événement
imprévu.
Même si l'on estimait d une manière générale
que le RAC était prêt pour le déploiement
à l'étranger, des officiers qui connaissaient l'unité
semblaient en être moins sûrs. Peu après avoir
reçu l'ordre d'avertissement, le bgén Beno avait
parlé au lgén Gervais pour l'entretenir de ses «
préoccupations relatives au commandement et à l'entraînement
préparatoire » du régiment. Le lgén
Gervais a répondu au bgén Beno qu'il devait «
régler le problème ». D'autres difficultés
étaient également manifestes.
La réorganisation et les réductions de personnel
du RAC ont perturbé le fonctionnement de l'unité,
et surtout du 2e Commando, où le taux de roulement
des officiers et des chefs subalternes était plus élevé
que dans les deux autres commandos. L'élaboration des règles
d'engagement (RE) pour l'opération « Cordon »
a été retardée et l'incertitude qui en est
résultée a empêché de répondre
aux besoins en formation des soldats, dont certains ne connaissaient
pas encore les tâches du Régiment aéroporté.
Le commandant du Royal Canadian Dragoons, le lcol MacDonald, a
signalé que certains membres du RAC ne s'intéressaient
pas à l'entraînement spécialisé dont
ils avaient besoin et que, d'une manière générale,
la discipline laissait à désirer.
Le bgén Beno savait que le lcol Morneault était préoccupé et irrité par les « problèmes de discipline interne » de l'unité. Pendant toute la période d'entraînement pour l'opération « Cordon », des incidents répétés ont révélé une grave détérioration de la discipline et de l'esprit de corps. D'après certains témoignages, les tentatives faites par le lcol Morneault pour imposer une certaine discipline produisaie
|
Recherche | Aide | English | Commentaires | Menu Principal D-NET (C) Ministre des Travaux publics et Services gouvernementaux Canada 1997 |