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LA MISSION EN SOMALIE : PÉRIODE ANTÉRIEURE AU DÉPLOIEMENT

Les trois prochains chapitres du présent volume constituent une synthèse narrative détaillée des incidents, des actions et des décisions en rapport avec la mission en Somalie. Dans les chapitres 3 à 11, nous présentons le contexte dans lequel s'est déroulée la mission en Somalie. Dans les chapitres 12 à 14, nous nous servons des témoignages pour décrire sous forme chronologique les événements et les actions qui permettent de situer les problèmes. Le chapitre 12 examine ce qui s'est passé avant que le Canada ait accepté de prendre part à la mission en Somalie; le chapitre 13 porte sur les incidents qui ont eu lieu pendant le déploiement et le chapitre 14 rapporte ce qui s'est passé après le rapatriement des Forces canadiennes. Tout au long de ce compte rendu descriptif, nous soulignons divers éléments qui nous paraissent révéler l'existence possible de problèmes systémiques. Enfin, dans les trois autres volumes de notre rapport, nous analysons cette possibilité et nous présentons nos conclusions et recommandations

LA SOMALIE : UN PAYS DÉCHIRÉ

Anarchie et souffrance

Durant les premiers mois de 1992 la situation politique en Somalie s'est rapidement détériorée. La chute du président du pays, Syad Barre, en janvier 1991, a généralisé une lutte souvent violente pour le pouvoir entre clans et factions dans de nombreuses régions du pays. Les deux principales factions, surtout situées dans le centre et le sud du pays, étaient un groupe de membres du Congrès de la Somalie unifiée (CSU) qui appuyaient le président par intérim de la Somalie, Ah Mahdi Mohammed, et un groupe rival, appartenant lui aussi au CSU, dont les membres soutenaient le président du Congrès, le général Mohammed Farah Aydiid.

Ces deux groupes contrôlaient plus de 50 000 hommes, armés de tanks soviétiques, de pièces d'artillerie et d'une grande quantité d'armes légères et de munitions. Des combats avaient éclaté à Mogadiscio et s'étaient répandus dans toute la Somalie. Des éléments bien armés contrôlaient différentes parties du pays, et les alliances se nouaient et se dénouaient au fil du temps et des hostilités. Comme si les destructions matérielles et le chaos politique ne suffisaient pas, il y avait aussi des groupes de bandits n'ayant aucun lien avec les factions combattantes plus structurées.

Il n'y avait plus de gouvernement central fonctionnel et nombreuses étaient les autorités de facto qui refusaient la livraison de l'aide humanitaire. Les cargos transportant les approvisionnements de secours ne pouvaient accoster au port et, à une occasion, ont même été bombardés. L'aéroport de Mogadiscio a également été attaqué.

À l'automne de 1992, on évaluait à près de 300 000 le nombre des personnes décédées au cours des 12 mois précédents et au moins 1,5 million de plus risquaient de mourir à brève échéance. Selon des rapports de l'ONU, environ 4,5 millions de Somaliens, soit la moitié de la population approximative, dont la majorité vivait dans les régions rurales du pays, souffraient de malnutrition aiguë et de maladies connexes. Des centaines de milliers d'autres étaient obligés de fuir leur foyer. Le pays avait de toute urgence besoin d'une aide humanitaire.

Aux yeux des médiateurs de l'ONU, la Somalie offrait une image complexe d'infrastructures et d'institutions tant officielles qu'officieuses. Même si l'anarchie était en apparence omniprésente, un certain ordre continuait de régner à l'intérieur des clans. Les différences géographiques jouaient également : tandis que, d'une part, les régions centrale et méridionale étaient durement touchées par les combats, la famine et l'afflux de réfugiés, d'autre part, la région septentrionale (l'ancien protectorat britannique de Somaliland où est situé Bosaso) contrôlée par une autre faction connue sous le nom de Front somalien pour la démocratie et le bien-être social (FSDBS), se caractérisait par un calme relatif, une population amicale et des structures d'autorité claires et identifiables. Belet Uen est située au centre de la Somalie; Bosaso, dans le nord du pays.

Les tentatives de l'ONU pour faire parvenir l'aide humanitaire

Même si l'ONU était intervenue sporadiquement en Somalie en 1991 et au début de 1992, la dégradation de la situation au centre et dans le sud nécessitait une plus grande concertation sur la scène internationale. En janvier 1992, à l'initiative du secrétaire général sortant de l'ONU, Javier Perez de Cuellar, une équipe de l'ONU s'est rendue en Somalie afin d'évaluer la situation. En conséquence de cette visite, toutes les factions, sauf celle du général Aydiid, ont convenu d'un cessez-le-feu à Mogadiscio. Le secrétaire général de l'ONU a ensuite réussi à obtenir une résolution de l'ONU visant à prendre des mesures de concert avec d'autres organisations internationales afin d'accroître l'aide humanitaire à la population civile.

Le ministère des Affaires extérieures a pour la première fois été informé de la possibilité d'une intervention de l'ONU en Somalie au début de janvier 1992, par la Mission permanente du Canada auprès de l'Organisation des Nations Unies à New York. Cependant, il s'était dégagé parmi les États membres de l'ONU un consensus selon lequel il n'était pas question de procéder à une mission de maintien de la paix, en raison du caractère explosif des événements et de l'absence d'un cessez-le-feu négocié.

En mars 1992, toutefois, l'ONU participait à fond à des campagnes humanitaires en Somalie même si elle avait dû retirer son personnel à quelques reprises à cause de l'instabilité de la situation. Elle a persévéré grâce à la coopération du Comité international de la Croix-Rouge (CICR) et d'un certain nombre d'autres organisations non gouvernementales (ONG).

La réaction du Canada et le rôle des Affaires extérieures

Durant les premiers mois de 1992, le ministère des Affaires extérieures et le ministère de la Défense nationale (MDN) ont continué de recevoir des rapports sur la crise de l'aide humanitaire qui se développait en Somalie, même si le Canada n'avait aucun représentant diplomatique ou militaire dans le pays. En mars, l'ambassadeur du Canada auprès de l'ONU a écrit au secrétaire général afin d'exprimer l'appui du Canada aux efforts de l'ONU et de confirmer que celui-ci serait prêt à participer à une mission de livraison de produits alimentaires et d'autres fournitures humanitaires, une fois que l'ONU serait en mesure d'assurer la sécurité de ses forces.

Au début, les discussions relatives à la participation éventuelle du Canada à une opération de l'ONU ou à toute autre opération en Somalie se sont tenues suivant des filières surtout officieuses, auxquelles participaient des représentants du Canada au siège social de l'ONU à New York, des hauts fonctionnaires des Affaires extérieures et des cadres supérieurs civils et militaires au Quartier général de la Défense nationale (QGDN) à Ottawa. La décision officielle de participer à une mission de maintien de la paix et l'entente relative à la portée d'une mission éventuelle relevaient de la responsabilité dû Cabinet, qui agirait après avoir reçu les informations et les recommandations pertinentes des ministères des Affaires extérieures et de la Défense nationale.

Même si les deux ministères partageaient (et partagent toujours) la responsabilité de conseiller le Cabinet à l'égard des décisions relatives aux activités de maintien de la paix, le ministère des Affaires étrangères et du Commerce international (qui s'appelait ministère des Affaires extérieures au moment de la mission en Somalie) a, dans le cadre de la politique étrangère du Canada, la responsabilité globale des relations avec l'ONU et assume par conséquent le rôle prépondérant dans le processus décisionnaire. Au moment où la Somalie était en crise, un représentant du ministère des Affaires extérieures devait normalement analyser la demande de l'ONU en fonction de la politique étrangère du Canada, puis collaborer avec des fonctionnaires du MDN afin de coordonner la réaction canadienne.

Le rôle du Quartier général de la Défense nationale

Au sein du MDN, le poste clé pour toutes les questions initiales relatives au maintien de la paix avant la prise d'un engagement officiel est celui de sous-ministre adjoint (Politiques et communications). Au moment où il était question de la Somalie, ce poste était occupé par M. Kenneth Calder, Ph.D., un civil qui faisait rapport conjointement au sous-ministre (SM), Robert Fowler, au chef d'état-major de la Défense (CEMD), le gén John de Chastelain, qui était le principal conseiller relativement au maintien de la paix. Une fois l'engagement pris à l'égard de l'ONU, la responsabilité du dossier a été confiée au sous-chef de l'état-major de la Défense (SCEMD), qui s'est ensuite chargé de coordonner la planification, l'organisation, la composition, le déploiement, le commandement et le contrôle, le soutien et le redéploiement de la force.

Tandis que le ministère des Affaires extérieures examinait la demande dans une perspective de politique étrangère, le QODN devait analyser la mission projetée en fonction tant des politiques que des opérations. Dans leur analyse visant à engager éventuellement des troupes en Somalie, les officiers et les fonctionnaires du QODN s'appuyaient sur certaines politiques.

Le principal document de politique était le Livre blanc de 1987 sur la défense, qui renfermait sept critères devant servir à évaluer le projet d'opération de maintien de la paix. Ces critères avaient évolué au fil des ans, mais étaient considérés comme le seul moyen dont on disposait pour parvenir à une décision éclairée et responsable. Lorsque les Nations Unies ont demandé qu'un contingent canadien participe à la force d'Opération des Nations Unies en Somalie, sept critères étaient en vigueur.

En vertu de ces critères, qui étaient considérés comme les seuls moyens de parvenir à une décision éclairée et responsable, il fallait savoir si les opérations seraient régies par un mandat clair et applicable et si les principaux antagonistes acceptaient un cessez-le-feu et la participation du Canada aux opérations; si les mesures envisagées allaient servir la cause de la paix et donner lieu, en définitive, à un règlement politique du différend; si la taille et la composition de la force de maintien de la paix convenaient au mandat; et si la participation du Canada aux opérations compromettait le respect d'autres engagements. Il fallait en outre désigner une autorité unique chargée de l'opération et veiller à ce que la mission bénéficie d'un soutien financier équitable.

Toutefois, les officiers supérieurs et les représentants du ministère de la Défense nationale ont minimisé l'importance de ces lignes directrices dans le processus décisionnaire. Qui plus est, tant le sous-ministre, que le CEMD, ont soutenu que les directives étaient «considérablement» souples et qu'il n'en avait été tenu compte « que dans une certaine mesure, pas dans les détails ».

M. Fowler a plus tard déclaré dans son témoignage devant la Commission que l'application de ces critères n'était pas rigoureuse et que, de toute façon, leur utilité aurait été presque nulle dans le cas de la Somalie. Le gén de Chastelain partageait ce point de vue, même si un document de principe du ministère de la Défense publié en 1992 précisait que ces directives constituaient la politique à respecter.

La création de l'ONUSOM -- aide humanitaire

Ce n'est qu'en avril 1992, que le Conseil de sécurité des Nations Unies a adopté la résolution 751 établissant l'ONUSOM, la première opération officielle de l'ONU dont le but consistait à apporter une aide humanitaire à la Somalie. À titre d'opération visée au chapitre VI de la Charte des Nations Unies, elle prévoyait le recours à la force uniquement aux fins de légitime défense, dans le cadre du règlement pacifique de conflits, conformément au droit international de la paix. Les Nations Unies ont alors demandé au Canada de participer à l'opération.

Après que les officiers et représentants du QGDN eurent étudié la demande de l'ONU, le ministère des Affaires extérieures a demandé à la Mission permanente du Canada auprès des Nations Unies d'exprimer les préoccupations du Canada concernant la sécurité, et de voir si la résolution de l'ONU pouvait être modifiée de manière à garantir la mise en place de mesures de sécurité appropriées. En outre, le SM et le CEMD avaient recommandé au ministre de la Défense nationale de conseiller au ministère des Affaires extérieures de rejeter la demande officieuse de l'ONU

Cette recommandation était fondée sur le fait que la mission proposée par l'ONU ne répondait pas a ce moment-là aux critères de la politique du Canada concernant diverses questions : l'incertitude du mandat; la pertinence douteuse des accords obtenus des chefs rivaux; et, facteur primordial du point de vue du QGDN, les graves préoccupations en matière de sécurité que l'ONU avait

déjà admises. Le ministre a accepté cette recommandation et, même si l'ONU continuait d'élaborer des plans en vue du déploiement d'observateurs militaires le Canada s'est contenté pour sa part de surveiller la situation.

Au cours du printemps et de l'été de 1992, alors que 1'ONU éprouvait certaines difficultés à organiser le déploiement des observateurs et des conseillers techniques, ses négociateurs envisageaient déjà des modifications à la mission. À la fin de juillet 1992, on a finalement autorisé le déploiement d'observateurs onusiens. Mais déjà, la crise alimentaire s'intensifiait également, et le Secrétaire général croyait que la communauté internationale n'accordait pas à la situation en Somalie l'attention qu'elle méritait.

Le 28 juillet 1992, le gén de Chastelain, a ordonné à l'état-major du QGDN de mener une étude de faisabilité afin de juger si les Forces canadiennes (FC) étaient en mesure d'affecter un bataillon en Somalie, le cas échéant. Toutefois il a rappelé aux représentants de l'ONU que le Canada n'enverrait pas d'observateurs ni d'autres soldats dans le pays sans la présence d'un bataillon de sécurité. Déjà lors de ces discussions préliminaires tenues au Canada on avait mentionné que le Régiment aéroporté du Canada (RAC) serait peut-être l'unité à considérer pour une telle mission de maintien de la paix.

Conscient de la menace d'une famine généralisée, dont les médias du monde entier parlaient à grand renfort de détails, le Secrétaire général de l'ONU a lancé un appel aux États membres dans le but d'obtenir toute formes d'aide humanitaire. Dans une lettre que le premier ministre Brian Mulroney a adressée au Secrétaire général Boutros Boutros-Ghali, le 13 août 1992, le Canada a accepté de prendre part au transport aérien des approvisionnements de secours, dans le cadre de l'opération «Relief», avant même d'affecter de troupes à l'ONUSOM.

A la fin d'août, la situation s'était grandement détériorée en Somalie. D'un bout à l'autre du pays, les hostilités éclataient de façon sporadique et répétée et les actes de banditisme armés se multipliaient. La crise humanitaire persistait en raison de l'absence de mesures de sécurité et malgré le fait que l'ONU disposait des ressources nécessaires pour apporter une aide accrue

Tout en reconnaissant l'importance de l'opération de transport aérien pour la distribution de la nourriture et autres approvisionnements, le Secrétaire général a signalé au Conseil de sécurité que « les conditions de sécurité actuelles ne permettent pas de garantir la livraison des secours humanitaire par transport terrestre et constituent donc la principale cause de la crise alimentaire que connaît présentement la Somalie ». Il a clairement précisé que cette approche n'éliminait pas la nécessité d'assurer la distribution de l'aide par voie de terre et qu'elle ne remplaçait pas non plus l'assistance à cet égard.

Enfin, à la fin d'août 1992, le Conseil de sécurité a approuvé, grâce à la résolution 775, un plan proposé par le Secrétaire général dans le but de déployer quatre unités de sécurité de 750 personnes chacune, et ce, dans l'une des quatre zones d'opération délimitées par l'ONU. Après avoir modifié ce plan pour y inclure le déploiement de trois unités logistiques, l'ONU a publié la version définitive du mandat de l'ONUSOM.

Les forces onusiennes, auxquelles s'ajoutaient désormais des unités de sécurité, se sont vu confier les responsabilités suivantes : assurer la protection et la sécurité du personnel, de l'équipement et des approvisionnements de l'ONU (d'abord à Mogadiscio, et par la suite dans les quatre zones d'opération); escorter les convois d'aide humanitaire jusqu'aux centres de distribution. et assurer la sécurité du personnel, de l'équipement et des approvisionnements de l'ONU aux aéroports de la Somalie. Leur principal but consistait à fournir aux convois onusiens une escorte militaire suffisamment puissante pour empêcher les attaques Afin d'être en mesure d'exécuter ces tâches de manière adéquate, les forces de l'ONU ont été autorisées à tirer des coups de feu à des fins de légitime défense si la dissuasion se révélait insuffisante.


PARTICIPATION DU CANADA À L'ONUSOM

Préparatifs en vue d'une mission de maintien de la paix

Au moment ou l'ONU pressentait sa demande de troupes, le Canada était déjà en voie de planifier sa réponse officielle. Le premier ministre avait exprimé son appui en août 1992 dans son engagement à affecter des militaires à une ONUSOM élargie et dans sa correspondance adressée au ministre de la Défense nationale. A la fin d'août, le SM et le CEMD, après avoir brossé un tableau de la situation au ministre, ont recommandé que le Canada consente à mener des opérations de secours en Somalie, sous réserve des exigences relatives à la durée de sa participation et à condition d'être libéré de ses obligations ayant trait à l'opération « Python » au Sahara occidental, une mission de l'ONU à laquelle il avait déjà accepté de participer et qui n'a jamais eu lieu.

Contrairement à la pratique habituelle, la demande officielle de 1'ONU visant l'obtention d'un bataillon d'infanterie avait été transmise à la Mission permanente du Canada à New York avant que le Canada n'y accède officiellement, mais l'on savait déjà que le Canada allait donner son aval. Les représentants de la Mission permanente avaient indique dans leurs rapports que l'on considérerait comme une importante réalisation a l'échelle internationale le fait que le Canada soit en mesure de répondre rapidement et carrément à ta demande de l'ONU.

La décision du gouvernement canadien de participer à l'ONUSOM n'a été prise officiellement qu'après que le Conseil de sécurité a permis expressément le déploiement de personnel de sécurité, en sus de la force de maintien de la paix autorisée aux termes du mandat initial de l'opération. Un certain nombre de pays, dont le Canada, estimaient qu'un défaut crucial du plan limitait fondamentalement le mandat initial conféré à l'ONUSOM en vertu de la résolution 751. En effet, l'ONU n'avait pas réussi à obtenir le consentement du général Aydiid au plan proposé pour assurer la sécurité du personnel, malgré le fait que les représentants de l'ONU en avaient recommandé l'application et que le chef rival, Mohammed Ali Mahdi, y avait donné son appui.

Historique du rôle du Canada dans le domaine du maintien de la paix

Au Canada, le maintien de la paix est considéré depuis longtemps comme une grande réussite sur les plans de la politique étrangère et de la politique de défense. Cet appui public et politique est né lorsque le Prix Nobel de la paix a été décerné à Lester B. Pearson pour avoir proposé que l'ONU déploie des unités de maintien de la paix afin de surveiller l'application d'un cessez-le-feu lors de la crise de Suez en 1956. En 1993, le Comité sénatorial permanent des affaires étrangères a fait savoir qu'il s'agissait de la « seule activité militaire qu'appuient les Canadiens ». Néanmoins, dans les livres blancs sur la défense qui ont été publiés entre 1964 et 1994, ainsi que dans de nombreux autres énoncés de politique, le gouvernement a toujours classé le maintien de la paix parmi les activités secondaires des Forces canadiennes.

Parce que le Canada participe depuis longtemps aux missions de maintien de la paix, on considère que sa réputation s'est accrue en tant que moyenne puissance dans les affaires internationales. On estime aussi que sa participation lui a permis de jouer un rôle plus influent au sein des Nations Unies. Pendant la guerre froide, le principal objectif stratégique du Canada était d'éviter ou de prévenir l'escalade des hostilités entre les superpuissances, car une attaque directe ou indirecte menacerait sa sécurité nationale. La fin de la guerre froide a eu pour effet d'atténuer les inquiétudes au sujet de tels affrontements et la menace de guerre comme justification de la participation du Canada aux activités de maintien de la paix.

En dépit de l'excellente réputation du Canada dans ce domaine, les Forces canadiennes sont réticentes à faire du maintien de la paix une priorité de la politique de défense. Leur priorité absolue demeure le maintien et le perfectionnement des moyens de combat nécessaires à la protection des Canadiens et de leurs intérêts et valeurs tant au pays qu'à l'étranger, même si les responsabilités a cet égard ont grandement diminue depuis la fin de la guerre froide.

Bien que l'on reconnaisse généralement la nécessité d'une capacité de combat pour les déploiements dans le cadre de missions de l'ONU, il est de plus en plus évident que le fait de se concentrer uniquement sur la capacité de combat peut nuire à l'élaboration des programmes de formation et des procédures opérationnelles applicables à une nouvelle génération d'opérations de maintien de la paix. Les membres des FC connaissaient peu de choses sur la Somalie avant que le gouvernement canadien ne s'engage à prendre part à la mission de l'ONU dans ce pays en difficulté.

Participation du Régiment aéroporté du Canada

Tandis que les diplomates, les hauts fonctionnaires et les officiers supérieurs canadiens envisageaient d'envoyer des militaires canadiens en Somalie, le Régiment aéroporté du Canada (RAC) avait repris son statut d'unité onusienne en attente, en février 1992, après le renvoi aux calendes grecques d'une opération à laquelle il avait été affecté et pour laquelle il avait subi un entraînement intensif.

Cette mission de l'ONU, baptisée opération « Python », était projetée au Sahara occidental, où un référendum devait déterminer si la population revendiquerait l'indépendance nationale ou serait intégrée au Maroc. Le Canada aurait fourni un bataillon pour assurer la tenue d'un scrutin libre et équitable. Il semble que l'ordre de faire relâche ait nui au moral des membres du RAC. Ils ressentaient encore une fois ce genre de frustration que les soldats éprouvent lorsque des exercices importants pour lesquels ils s'étaient préparés sont annulés à la dernière minute. Comme les événements ultérieurs devaient l'indiquer, cette situation a peut-être également sapé la discipline au sein du régiment.

Au début de septembre 1992, tandis que le Canada annonçait sa participation à l'ONUSOM, des officiers de la Force terrestre (FT), maintenant connue sous le nom de Commandement de la Force terrestre (CFT), renseignaient le CEMD sur le plan de contingence élaboré en vue de l'opération en Somalie. Même si le CEMD était en définitive responsable d'examiner et d'approuver la structure organisationnelle et le plan proposés et qu'il avait déclaré en juillet que le RAC était l'unité tout indiquée pour accomplir une mission en Somalie, c'est le commandant du Commandement de la Force terrestre qui, a ce stade de la planification, a officiellement décidé que le RAC serait déployé en Somalie

L'histoire du RAC

L'histoire du RAC a été relativement courte au sein des forces militaires du Canada. Comme en fait état le chapitre 9, le régiment a commencé à prendre forme en 1966, sous la direction du gén J.V. Allard. On projetait de développer une capacité aéroportée dans une unité mixte qui pourrait, entre autres tâches spécialisées, assurer la défense dans le nord sur une petite échelle, répondre à brève échéance à des demandes de l'ONU pour des forces de maintien de la paix, faire partie d'une force alliée pour mener des opérations dans le cadre d'un conflit limité ou généralisé, et prêter main-forte aux autorités civiles sur le plan national.

Lors de sa création officielle en 1968, le RAC était une unité des FC relevant du Commandement de la Force mobile. Il s'agissait à l'origine d'une mini-brigade d'environ 900 militaires. Pour être membres du régiment, les soldats devaient compter au moins quatre années de service dans l'armée et détenir le grade de caporal ou remplir les conditions nécessaires à l'obtention de ce grade. Au départ, le RAC était considéré en partie comme une unité d'entraînement opérationnel, de sorte que l'entraînement physique plus rude et l'attitude mentale plus vive se répandraient par la suite dans le reste de l'armée régulière. Les membres du RAC devaient en effet retourner dans leurs unités d'appartenance au bout de deux ou trois ans. Toutefois, certains de ces critères initiaux ont été modifiés au fil des ans.

Le régiment comptait à l'origine son propre quartier général et six unités : le Quartier général et l'Escadron des transmissions du Régiment aéroporté, qui remplissait les fonctions liées aux communications et au quartier général; deux commandos d'infanterie (les 1er et 2e Commandos); une unité d'artillerie de campagne; et des unités d'appui et de soutien au combat. Le commandant du régiment exerçait les pouvoirs d'un commandant de formation. Le Royal 22e Régiment fournissait des soldats au 1er Commando, tandis que The Royal Canadian Regiment et le Princess Patricia's Canadian Light Infantry en affectaient au 2e Commando. Les membres du 3e Commando, créé par la suite, venaient exclusivement du Royal Canadian Regiment. Les trois régiments affectaient des soldats aux pestes clés au sein du quartier général et des commandos de service.

Le RAC n'existait que depuis deux ans lorsqu'il a entrepris sa première mission opérationnelle : assurer la sécurité à Montréal durant la crise d'Octobre de 1970. En avril 1974, le 1er Commando a été envoyé à Chypre, où il s'est illustré dans des conditions très difficiles. C'était d'ailleurs la première fois que le régiment était affecté outre-mer. Le RAC est retourné à Chypre à deux reprises, en 1981 et en 1986-1987. Il s'est également préparé en vue d'autres déploiements - en Namibie au début des années 80 et au Sahara occidental (opération « Python ») en 1991, même si aucune de ces opérations n'a finalement vu le jour.

Les signes avant-coureurs des difficultés disciplinaires

La mission en Somalie fut la dernière du RAC et sans doute la plus agitée, mais ce régiment avait déjà été secoué par de nombreuses controverses et des bouleversements répétés au cours de sa brève existence. Les faiblesses structurelles et d'autres lacunes organisationnelles au sein du RAC étaient devenues manifestes dès le milieu des années 80. D'aucuns ont également estimé que son déménagement de l'ouest du Canada à la BFC Petawawa en Ontario a contribué à l'instabilité du régiment et aux difficultés disciplinaires qui ont surgi par la suite.

Ce n'était pas la première fois que l'indiscipline des soldats de la Force d'opérations spéciales (FOS) et du RAC soulevait de l'inquiétude. Le commandant avait déclaré aux soldats qui étaient rentrés de Chypre à l'automne de 1981 qu'ils avaient fait leur devoir d'une « manière exemplaire » et qu'ils avaient « excellé » au cours des opérations, mais un incident survenu dans un bar de Nicosie et impliquant des soldats du 1er Commando avait déjà révélé des problèmes disciplinaires au sein du régiment. En 1982, le nouveau commandant du régiment avait remarqué avec inquiétude un relâchement croissant dans l'unité, qu'il avait attribué a sa structure et au système de sélection des effectifs.

En 1984, cependant, la discipline a la BFC Petawawa s'était détériorée à un point tel que le commandant de la FOS avait dû intervenir. Dans une note adressée aux commandants de base, il avait attiré leur attention sur des signes d'indiscipline chez les soldats, de désobéissance, sur des infractions accrues relatives à la conduite avec facultés affaiblies, la surveillance inadéquate des dépôts, des munitions, du matériel, des dispositifs pyrotechniques et des armes, ce qui avait entraîné des vols ou des pertes, ainsi que des cas d'agressions. En 1985, un incident survenu a Fort Coulonge, ou un soldat du Régiment aéroporté du Canada avait été mêlé à une bagarre et avait tué un civil à l'aide d'une machette, avait souligné de nouveau la nécessité de procéder à un examen complet du régiment.

Le rapport Hewson

En 1985, le CED avait ordonné la tenue d'une étude sur les infractions et les comportements antisociaux au sein du Commandement de la Force mobile, notamment dans la FOS, dont le Régiment aéroporté faisait partie. Cette étude, le rapport Hewson, du nom de son président, le mgén C.W. (Bill) Hewson, alors chef du Renseignement militaire et de la sécurité, présentait plusieurs observations et conclusions au sujet de l'état du RAC à ce moment-là. Les questions soulevées dans ce rapport devaient resurgir dans les événements que le régiment a vécus au cours des mois qui ont précédé son déploiement en Somalie et pendant le déploiement.

Le rapport concluait que la FOS affichait un taux de criminalité violente plus élevé que les autres formations du Commandement de la Force mobile et que le 1er Bataillon, The Royal Canadian Regiment, ainsi que le Régiment aéroporté du Canada, enregistraient un nombre plus élevé d'agressions que les autres unités de la FOS. Le CED avait envisagé de démanteler évitait à la suite de l'incident survenu à Fort Coulonge, mais le rapport évitait expressément de formuler des recommandations radicales.

Le mgén Hewson s'était dit d'avis que seuls des soldats d'infanterie faisant preuve de maturité et ayant reçu l'instruction voulue pouvaient servir dans le Régiment aéroporté du Canada, et que les bataillons et les gestionnaires de carrière devaient collaborer pour assurer une dotation convenable au régiment. Il avait également fait remarquer que les officiers subalternes et les sous-officiers du régiment devaient établir des relations plus étroites avec les soldats.

Bien qu'il eût reconnu que la plupart des sous-officiers étaient des soldats et des chefs exceptionnels, il avait déclaré que certains sous-officiers subalternes trop indulgents avaient directement contribué à l'effritement de la discipline. Il avait également noté certains problèmes liés aux pouvoirs disciplinaires des commandants des commandos, et le fait que certains officiers semblaient hésiter à autoriser les sous-officiers à porter des accusations. Enfin, il avait recommandé que des experts se penchent sur le problème de l'alcoolisme à la BFC Petawawa.

Au début, les officiers supérieurs des FC semblaient d'accord avec les conclusions et les recommandations du rapport Hewson. Le lgén Belzile, commandant du Commandement de la Force mobile, avait fait savoir au CED qu'il comptait s'attaquer rapidement aux problèmes qui existaient dans sa sphère de compétence. Cependant, en 1986, le lgén John de Chastelain, alors sous-ministre adjoint (Personnel) au MDN, écrivait au Quartier général du Commandement de la Force mobile pour l'aviser qu'il considérait comme clos le dossier des cas d'indiscipline et de conduite antisociale qui avaient préoccupé le quartier général. Il ajoutait que des mesures correctives en matière de discipline seraient apportés à l'échelle des FC. Ainsi, avec le temps, on a lentement oublié les recommandations du mgén Hewson.

Le commandant du RAC entre 1990 et 1992 a déclaré dans son témoignage devant la Commission d'enquête que le rapport Hewson n'a jamais été mentionné dans les discussions qui ont eu lieu lorsque son prédécesseur lui a transmis son commandement; en outre, il n'a pas vu le rapport et n'en a pas entendu parler pendant les années où il avait fait partie du Régiment aéroporté du Canada. Néanmoins, il y avait lieu de croire que les cas d'indiscipline, qui avaient donné naissance à l'enquête Hewson, ne cessaient de se manifester au sein du régiment au cours des discussions préalables à son déploiement en Somalie.

Sélection et présélection du personnel

Selon les preuves obtenues, les pratiques de dotation en personnel du Régiment aéroporté du Canada ont déterminé, dans une certaine mesure, les méthodes utilisées pour résoudre les problèmes de discipline et autres problèmes du régiment, étant donné que le commandant ne bénéficiait pas de la souplesse des autres bataillons pour pouvoir transférer des soldats d'une sous-unité à l'autre afin de mieux équilibrer l'expérience et les compétences. Chaque unité des FC devait faire sa part pour veiller à ce qu'un nombre suffisant de ses meilleurs éléments soit affecté au RAC pour remplir son contingent. Toutefois, cette obligation n'était pas toujours observée et, en fait, nous avons entendu des témoignages indiquant que, à l'occasion, des bataillons évitaient même d'envoyer leurs meilleurs éléments au RAC.

Apparemment, le roulement du personnel était fréquent au RAC, car les troupes faisaient constamment l'aller-retour entre leur unité d'appartenance et le RAC. De plus, peu avant son déploiement en Somalie, le régiment avait subi une importante restructuration, notamment une réduction d'effectif, passant de 754 soldats de tous grades à 601. Le régiment venait juste de perdre son statut de formation, et ses composantes, pour leur part, avaient perdu leur statut d'unités indépendantes. Cela signifiait que le régiment était converti en un bataillon d'infanterie régulier, ayant à sa tête un commandant d'un grade moins élevé (lieutenant-colonel) qu'auparavant ainsi que des commandants de commandos ayant perdu leur statut de commandant et nécessitant moins d'expérience en tant que major.

En juillet 1992, le RAC comprenait un commando de commandement (124 soldats), trois commandos de la taille d'une compagnie (119 membres chacun), et un commando de service (120 membres). Même si elles avaient perdu leur statut de commandement indépendant, les trois principales sous-unités des commandos avaient conservé leurs effectifs indépendants des régiments d'infanterie réguliers des FC.

Au moment où les officiers des FC planifiaient le déploiement en Somalie la présélection des soldats avant le déploiement était axée sur la nécessité d'éviter les rapatriements coûteux et perturbateurs et le remplacement des troupes sur un théâtre opérationnel. Selon les Ordonnances administratives des Forces canadiennes (OAFC) en vigueur alors, l'accent était mis sur les problèmes d'ordre administratif, médical et familial plutôt que sur les préoccupations de nature disciplinaire ou d'autres facteurs pertinents.

La présélection antérieure au déploiement des membres du RAC ainsi que du personnel de renfort incombait au commandant de l'unité qui, finalement, devait attester de la valeur et des aptitudes de chaque membre. Dans la réalité, toutefois, ces décisions étaient prises par les commandants de sous-unités. La pratique courante fondée sur les OAFC consistait à examiner la conduite et le rendement récents d'un soldat, sa formation selon les normes et son dossier disciplinaire. Pour ce qui est de ce dernier aspect, le jugement final était fondé sur la conduite globale et non sur un seul incident.

L'examen courant et continu du personnel permettait de déterminer si chacun des membres avait le professionnalisme et le comportement voulus pour participer à des opérations de l'ONU, mais cette pratique comportait de sérieuses lacunes. Par exemple, en 1992, le fait d'être membre d'un groupe raciste n'était pas considéré, en soi, comme un critère d'exclusion des FC, ni comme un motif de renvoi du service militaire ou un obstacle à des affectations ou des déploiements.

Cependant, les incidents survenus, tant par le passé que durant les préparatifs du RAC pour la mission en Somalie, montrent qu'une autorité parallèle s'était formée au niveau des caporaux et des soldats et que ceux-ci faisaient preuve d'insubordination. Ce problème avait été reconnu par les supérieurs en titre tant au sein du régiment qu'au niveau supérieur de la chaîne de commandement, et les infractions commises à l'automne de 1992 confirment qu'il n'avait pas été résolu avant le déploiement en Somalie.

Le relâchement de la discipline au sein du 2e Commando du Régiment aéroporté pendant les préparatifs de la mission en Somalie suscitait de vives préoccupations. Les incidents comprenaient notamment la violation des règles de l'unité, des comportements socialement inacceptables et certaines activités criminelles, allant du déploiement du drapeau des confédérés (ou des rebelles) dans les quartiers du commando à des actes d'agressivité extrême, comme endommager des biens, incendier le véhicule du sergent de service, allumer des pièces pyrotechniques sans autorisation et s'enivrer.

Même si le commandant du RAC avait pris des mesures pour contrer le défi à la discipline que posait le déploiement du drapeau confédéré, celui-ci est réapparu au début d'octobre 1992, lorsque certaines infractions disciplinaires graves ont été perpétrées.

Une série d'incidents se sont produits les 2 et 3 octobre 1992, témoignant d'un sérieux manque de discipline au sein du 2e Commando pendant l'instruction en vue des opérations en Somalie. Au cours de la soirée du 2 octobre, des pièces pyrotechniques militaires ont été allumées illégalement lors d'une fête tenue au mess des caporaux et soldats, à la BFC Petawawa. Tôt le matin du 3 octobre, le véhicule appartenant au sergent de service Wyszynski du 2e Commando a été incendié; le sergent avait appelé la police militaire, disait-on, après les troubles survenus au mess. (Cet acte ressemble à celui survenu en 1990 contre un autre officier qui était responsable de la discipline. Son véhicule avait aussi été incendié.) Plus tard ce soir-là, craignant probablement que leur quartier fasse l'objet d'une inspection pour possessions illégale de pièces pyrotechniques, plusieurs membres du 2e Commando ont tenu une autre fête, cette fois au parc Algonquin, où ils ont allumé d'autres pièces pyrotechniques et mis à feu des munitions.

La plupart des officiers et sous-officiers responsables de la discipline au sein du RAC reconnaissaient que ces incidents constituaient de graves infractions et, le 6 octobre, le bgén Beno a demandé une explication des événements au commandant, le lcol Morneault.

La veille de la communication du bgén Beno avec le lcol Morneault, trois membres du Régiment aéroporté (au moins deux du 2e Commando, le cplc Matchee et le sdt Brocklebank, et un troisième non identifié) sont allés voir l'adj Murphy, sergent-major du 4e peloton, pour lui dire qu'ils avaient participé à la fête au parc Algonquin. Néanmoins, seul le sdt Brocklebank a indiqué au sergent-major qu'il assumait l'entière responsabilité de l'allumage des pièces pyrotechniques. Selon les témoignages que nous ont fournis l'adj Murphy et l'adjum Mils, sergent-major du 2e Commando, ces derniers considéraient que cette « confession avait pour objet de disculper tous les autres participants.

Les officiers supérieurs croyaient que les 1er et 3e Commandos éprouvaient de moins graves problèmes de discipline, même si on avait fait état de cas d'entreposage illégal d'armes personnelles et de possession illégale de munitions. Des vidéos montrant des scènes de comportement dégradant et violent mettant en cause le 1er Commando lors de séances d'initiation, vidéos qui ont été mis au jour après le retour de Somalie du Régiment, témoignent aussi de sérieux problèmes d'autorité et de discipline au sein de ce Régiment.

La réaction des chefs du Régiment a ces infractions laisse croire que les manquements a la discipline n'ont pas été sanctionnés en dépit du fait que l'unité se préparait pour une mission à l'étranger. Toutefois ces infractions ne sont pas passées inaperçues. En effet, nous avons appris que après les deux graves incidents du début d'octobre 1992, le commandant du RAC, le 1col Morneault, a sollicité l'appui du bgén Beno pour menacer de retenir au pays le 2e Commando afin de l'amener à briser le « mur de silence » qui s'était formé dans ses rangs. Cette recommandation a été rejetée par le commandant Beno de la FOS, après consultation avec le commandant du Secteur du Centre de la Force terrestre, le mgén MacKenzie. Au lieu de cela, le bgén Beno a instruit le lcol Morneault de régler la question en réaffectant des soldats du 2e Commando à d'autres secteurs de l'unité afin de démanteler le groupe de « rebelles ».

Le lcol Morneault n'a pas donné suite à cette recommandation, préférant imposer une sanction collective dans l'espoir de découvrir le nom des fauteurs de troubles. Cette mesure s'est révélée infructueuse et a été suivie, peu après, par le renvoi du lcol Morneault comme commandant du RAC, ce qui constituait un changement radical et presque sans précédent pendant une période préparatoire à un déploiement. La nomination du lcol Mathieu à titre de nouveau commandant du RAC, le 26 octobre 1992, et l'entente d'un déploiement du Groupement tactique du Régiment aéroporté du Canada (GTRAC), en vue d'une nouvelle opération, en décembre 1992, ont eu pour effet de compliquer davantage la situation et de comprimer le bref délai fixé pour la planification nécessaire de la mission.

Aptitude du RAC au service en Somalie

Les prévisions des FC à l'égard du plan de contingence de la mission en Somalie énonçaient l'exécution des taches suivantes : sécurité portuaire, protection des terrains d'aviation, escorte de convois, sécurité des centres de distribution et sécurité des camps de base. Les officiers de la Force mobile doutaient de l'estimation faite par l'ONU, craignant que le nombre de troupes soit insuffisant pour exécuter ces fonctions. Ils ont souligné que les prévisions de l'ONU n'avaient pas été établies selon les besoins opérationnels, mais plutôt selon des considération financières.

Le QGDN a modifié le nombre et la composition des compagnies d'infanterie et a également augmenté le nombre de véhicules fournis à chacune. Certains officiers supérieurs ont quand même jugé que cette structure révisée serait à peine suffisante pour l'exécution des tâches prévues pour la mission. A ce moment-là, le bgén Vernon a envoyé le plan au ministère des Affaires étrangères et au VCEMD, le 3 septembre 1992, accompagné d'une lettre dans laquelle il recommandait que, compte tenu des risques opérationnels que comportait la mission, il ne fallait accepter aucune capacité inférieure à celle prévue dans le plan proposé.

Le CEMD a également été informé des difficultés concernant l'élaboration du plan de participation du Canada, en raison de la perspective limitée de l'ONU à l'égard des opérations. Selon l'évaluation faite par les forces militaires canadiennes, de nombreux aspects n'avaient pas été traités, notamment les besoins de la population civile somalienne, le plan de l'ONU pour la composante militaire de la force, la nécessité d'obtenir plus d'informations sur les tâches et les limites ainsi que l'échéancier relatif au déploiement.

Au moment de son déploiement en Somalie, le RAC devait fournir une force de déploiement rapide aux opérations, conformément aux tâches assignées, principalement afin de contribuer aux efforts de protection de la sécurité nationale et de maintien de la paix à l'échelle internationale. La principale tâche du régiment en temps de paix (en position d'attente) était de se tenir prêt à se rendre n'importe où dans le monde, en tant que bataillon d'infanterie légère, pour mener des opérations de maintien de la paix.

Cependant, à cause de la restructuration du régiment, lorsque l'on commença à planifier la mission de l'ONU, appelée l'opération « Cordon », on n'avait pas prévu que le Régiment aéroporté du Canada irait seul. L'ordre d'avertissement pour la force indiquait que des renforts venant d'autres unités seraient nécessaires. (Dans ces ordres ainsi que dans tes ordres ultérieurs concernant l'opération « Cordon », il était question du « Groupe-bataillon aéroporté du Canada » jusqu'après la suspension de la mission de l'ONU. On a commencé à parler de « Groupement tactique du Régiment aéroporté du Canada » lorsque l'opération « Délivrance» a été mise sur pied.)

Un certain nombre de facteurs sont entrés en ligne de compte dans l'évaluation que le bgén Beno a fait du RAC, dans le contexte de la restructuration prévue du régiment sous forme d'entité indépendante. Il a déclaré dans une lettre adressée au mgén Mackenzie que « s'il existait un bataillon qui avait besoin d'être dirigé avec fermeté, c'est bien le Régiment aéroporté du Canada ». D'après certains documents qui ont été déposés à titre de preuves et d'après certains témoignages, ces facteurs étaient connus des officiers supérieurs au moment où le régiment a été choisi pour aller en Somalie. Il s'agit de certains changements dus à la réorganisation qui limitaient le pouvoir des commandants (cmdt) des commandos de prendre des sanctions contre les soldats placés sous leur commandement; d'un changement du niveau d'expérience exigé de ces cmdt; d'une modification du niveau des effectifs et de la composition du régiment qui causait des difficultés administratives, entraînant une prolongation de la durée des préparatifs du déploiement; de fréquents changements de personnel, tant au niveau des officiers supérieurs qu'à tous les autres niveaux; et des conflits personnels ainsi que des problèmes de discipline qui subsistaient.

À cause de ces problèmes, on aurait dû s'interroger sur l'aptitude du RAC à participer à l'opération « Cordon », mais ce ne fut pas le cas. Son statut théorique d'unité de maintien de la paix en attente, l'annulation récente de son affectation au Sahara occidental et le souci que l'on se faisait au sujet du moral de l'unité semblent avoir été les principales raisons pour lesquelles il a été finalement déployé. Nous estimons que, si le régiment avait été une unité équilibrée et disciplinée, le délai prévu pour l'entraînement axé sur l'opération « Cordon » aurait été suffisant pour assurer un niveau de préparation adéquat. Cependant, les commandants et les officiers d'état-major, à tous les niveaux, n'ont jamais mis en doute leur hypothèse que le Régiment était formé, discipliné et apte au déploiement. Les preuves qui nous ont été fournies indiquent que l'état du Régiment était manifestement loin d'être aussi bon qu'on le supposait.


PLANIFICATION DE LA MISSION

Opération « Cordon »

Un ordre d'avertissement officiel pour la participation du Canada à l'ONUSOM a été donné deux jours après que la nouvelle eut été communiquée à la presse, le 4 septembre 1992, conformément à l'énoncé de mission et aux tâches qui étaient prévues à ce moment-là. Les membres des FC qui devaient faire partie de l'opération ont été mis en service actif après qu'un décret eut été pris et déposé à la Chambre des communes, selon l'habitude pour de tels engagements. Dans une réponse à l'ONU, le Canada a confirmé que l'entente ne serait en vigueur que pour une période d'un an et que le Canada serait libéré définitivement de sa participation à l'opération de l'ONU au Sahara occidental.

La contribution militaire du Canada à l'ONUSOM était représentée par le RAC, opérant comme un bataillon d'infanterie mécanisé qui comprenait à l'époque deux compagnies de véhicules blindés polyvalents (VBP), une compagnie non motorisée qui était représentée par le 2e Commando, une compagnie quartier général/appui au combat comprenant le quartier général du régiment pour le quartier général du groupe-bataillon, un peloton de transmissions, un peloton de reconnaissance, un peloton de reconnaissance motorisé ainsi qu'un peloton d'appui-feu direct. Il comprenait un total de 750 soldats réparti en un commando de quartier général de 132 soldats, trois commandos d'infanterie de 110 soldats chacun, un escadron de génie

Dans le contexte du plan de l'ONUSOM, le RAC devait être responsable de la région de Bosaso. Pour appuyer les Forces terrestres canadiennes, un navire ravitailleur de la marine, le NCSM Preserver, devait être ancré au large de Bosaso et fournir des services de communication, du ravitaillement et du matériel général, des services d'évacuation des blessés, des services médicaux et dentaires et du carburant en vrac. En outre, un détachement aérien d'aéronefs de transport Hercules a été déployé à Nairobi, au Kenya, transporter les denrées alimentaires et les approvisionnements destinés à l'aide humanitaire en Somalie dans le cadre du pont aérien international de l'ONU - opération « Relief » - organisé au début de 1992. Ce pont aérien devait également soutenir l'opération « Cordon ».

Reconnaissance

Peu de temps après que l'ordre d'avertissement eut été donné, une délégation d'officiers canadiens a rencontré des représentants de l'ONU à New York pour tenir des séances d information sur la situation politique en Somalie et sur les dispositions opérationnelles prévues pour le déploiement des forces de l'ONUSOM. Le lcol Paul Morneault, commandant du RAC à l'époque, faisait partie du contingent canadien.

Le lcol Morneault a déclaré que la séance d'information était bien structurée et très détaillée mais qu'on n'y avait pas appris grand-chose de nouveau. Cependant, un officier canadien qui était présent à la séance a signalé le fait que certains États membres n'avaient pas pris l'engagement d'envoyer des troupes. Il a fait remarquer par ailleurs que l'on n'avait pas encore établi d'instructions permanentes d'opération (IPO) pour la mission et que, dans le cas de l'ONUSOM, où il ne semblait exister aucun ennemi identifiable, toute démonstration de force constituerait un défi permanent pour le commandant canadien.

Au début d'octobre 1992, le Canada a finalement été autorisé par l'ONU à envoyer un groupe de reconnaissance en Somalie. Le 12 octobre, le groupe a pris le départ pour la Somalie afin de confirmer certains détails d'ordre opérationnel au sujet de la participation du Canada. Cette équipe comprenait le lcol Morneault, des représentants du QODN et des FC, un officier de la Direction des opérations de maintien de la paix ainsi que huit soldats du RAC.È

Même si l'on considérait qu'elle avait lieu à une étape un peu tardive de la planification de l'opération « Cordon », la mission de reconnaissance d'octobre constituait un facteur d'une importance cruciale pour comprendre certains événements ultérieurs. Pour la première fois, les rapports faits par cette équipe indiquaient que certains changements pourraient être apportés aux tâches énoncées dans le plan de contingence et dans le concept de l'opération de l'ONU. La mission de reconnaissance a révélé que la distribution de l'aide humanitaire à Bosaso s'était améliorée et que la situation s'était stabilisée dans la région.

D'après le rapport, les tâches revues mais toujours quelque peu générales prévues pour l'opération « Cordon » consistaient à assurer la sécurité au camp de base, organiser des convois de reconnaissance et assurer une certaine sécurité portuaire et aéroportuaire. Il n'existait aucun besoin manifeste de centres de distribution de l'aide et les convois de sécurité ne semblaient pas nécessaires non plus. Tout en concluant que les tâches étaient largement conformes au mandat de l'ONUSOM, les membres de l'équipe de reconnaissance ont insisté sur la nécessité de suivre la situation.

Définition de la mission et des tâches

Les changements qui avaient été apportés aux tâches confiées au Canada pour le secteur nord-est préoccupaient beaucoup les responsables canadiens parce que le ministère de la Défense nationale et le ministère des Affaires extérieures voulaient que le Canada joue un rôle important dans la livraison des fournitures de secours humanitaire en Somalie. Le concept de l'opération révisé en ce qui concerne la contribution des militaires canadiens prévoyait que des patrouilles apporteraient de l'aide, mais la présence canadienne avait d'une manière générale pour unique but de montrer l'étendard.

À la suite des discussions qui ont eu lieu au MDN au sujet du plan de mission révisé pour l'opération « Cordon », le col Bremner, directeur des politiques internationales, a signalé à l'ONU que le Ministère craignait que le rôle d'ange gardien prévu pour les troupes canadiennes ne soit pas nécessairement celui qui convenait le mieux au RAC, bien qu'il corresponde au mandat général de l'ONUSOM. Il a été mentionné que jusqu'à ce que le rapport de l'équipe de reconnaissance ait révélé que la situation s'était améliorée dans la périphérie de Bosaso, le Régiment aéroporté s'était préparé accomplir une tâche de sécurité pour la livraison de l'aide humanitaire.

À l'ONU, on a demandé en vain des précisions sur le mandat, mais peu de temps après, dans le courant de novembre 1992, se sont produits des événements qui ont entraîné un changement encore plus radical de la mission. Le mandat initial de la participation de l'unité canadienne à l'ONUSOM était devenu inutile.

Préparation du RAC au déploiement

Élaboration d'un plan d'entraînement

Avant que l'ordre d'avertissement ne soit lancé, l'état-major du RAC avait commencé à élaborer un plan d'entraînement pour l'opération « Cordon ». C'est au lcol Morneault qu'incombait la responsabilité de la conception et de la mise en oeuvre du plan puisqu'il était le commandant du régiment Alors qu'au ministère de la Défense et au ministère des Affaires extérieures la planification aux échelons supérieurs, restait axée sur le statut de la participation du Canada à l'opération de l'ONUSOM, le lcol Morneault élaborait son plan d'entraînement, encouragé par l'information verbale qu'il avait reçue de diverses sources, les résultats d'une visite de reconnaissance antérieure, des rapports d'enquête sur l'opération « Python » ainsi que d'autres données précises tirées de ses connaissances et de son expérience personnelle.

L'état-major a reconnu que la mission devait être montée rapidement mais il la considérait comme une opération sans précédent nécessitant des recherches approfondies, y compris un examen des dossiers de certaines missions antérieures comme la mission Cyprus ainsi que d'autres opérations menées sur le continent africain. D'après certains renseignements qui nous ont été fournis ultérieurement, certains documents écrits (énonçant la doctrine, p. ex.) tirés des manuels des FC ont été jugés peu utiles, mais l'état-major avait également demandé l'avis des régiments d'origine pour fournir certains détails pour le plan d'instruction.

La première ébauche de plan d'entraînement pour l'opération « Cordon » a été envoyée par l'officier-instructeur du RAC à ses supérieurs du quartier général de la FOS, le jour où l'ordre d'avertissement a été transmis, c'est-à-dire le 4 septembre 1992. Il donne un résumé des activités d'entraînement à prévoir pour le régiment et le commando pour la mi septembre, en vue de se préparer au déploiement. Cependant, malgré les efforts qui ont été déployés pour sa préparation, on a constaté bien plus tard que les avis étaient partagés quant à savoir si le programme prévu pour l'entraînement constituait un plan ou un sommaire et s'il permettrait au régiment d'être prêt à temps.

Désaccord chez les officiers supérieurs

De toute façon, les différences de perception chez les officiers supérieur quant à savoir si le programme d'entraînement en vue de l'opération « Cordon» était satisfaisant devaient transparaître plus tard dans les comptes rendu. individuels du processus d'entraînement. Le supérieur du lcol Morneault, le bgén Ernest Beno, avait essayé au cours d'une série de conversations et de réunions, d'attirer l'attention du lcol Morneault sur sa conception d'un plan d'entraînement acceptable. A la mi-septembre 1992, des instructions écrites ont été distribuées pour un exercice d'entraînement appelé « Stalwart Providence », dont le but explicite était de confirmer l'état de préparation opérationnelle du RAC.

Deux jours plus tard, le bgén Beno et le lcol Morneault devaient se rencontrer pour examiner les activités d'entraînement et d'autres préparatifs en vue de l'opération « Cordon ». D'après des preuves recueillies ultérieurement, le bgén Beno craignait que le lcol Morneault n'ait pas accordé suffisamment d'importance au type d'entraînement requis ou à sa conduite. Par contre, le lcol Morneault a déclaré que, bien que le bgén Beno lui ait dit au cours d'une conversation téléphonique que l'état-major du quartier général de la FOS n'était pas satisfait des détails fournis par l'état-major du RAC au sujet du plan d'entraînement, il avait retiré de cette conversation qu'il devait seulement fournir un plan d'entraînement, par l'intermédiaire de la chaîne de commandement, lequel plan ne devait pas nécessairement contenir des renseignements détaillés sur les objectifs officiels et la portée de l'entraînement.

Une nouvelle série d'horaires et de sommaires d'entraînement a été présentée par le lcol Morneault et son état-major, pour la période allant du 8 septembre au 2 octobre 1992, qui serait suivie par l'exercice d'entraînement « Stalwart Providence » entre le 3 et le 9 octobre 1992. Il était alors manifeste que certains événements inattendus à l'ONU et en Somalie perturbaient le programme de l'ONUSOM et que cela risquait de retarder le déploiement des troupes canadiennes.

L'exercice d'entraînement « Stalwart Providence »

Le 22 septembre 1992, le bgén Beno avait envoyé au lcol Morneault une directive détaillée sur l'entraînement en vue de l'opération « Cordon ». Le document disait que son but était de faciliter les préparatifs du groupe-bataillon pour l'opération de l'ONU en Somalie, de jeter les bases de l'exercice Stalwart Providence » et de fournir un moyen de déclarer que l'unité était prête su r le plan opérationnel.

Le bgén Beno avait indiqué dans l'ordre d'entraînement trois règles fondamentales qui, à son avis, devaient guider la conduite de toute opération de maintien de la paix et par conséquent sous-tendre toute formation préparatoire. Ces règles préconisaient l'emploi de la force minimale, un recours maximum à la dissuasion et le règlement des conflits au niveau le plus bas possible. Il donnait également des directives pour que la formation individuelle et collective soit terminée à la mi-octobre.

Dans son témoignage devant la Commission, le lcol Morneault a déclaré qu'il n'avait eu connaissance des directives du bgén Beno qu'à son retour des États-Unis, où il avait participé à des réunions de planification de l'ONUSOM, au siège des Nations Unies, le 28 septembre. Les témoignages indiquent qu'à cette époque, la communication entre ces deux officiers laissait beaucoup à désirer. Même s'il semblait un peu tard pour donner des directives par écrit, le lcol Morneault n'avait pas interprété la directive du bgén Beno comme une expression des préoccupations de ce dernier, notamment parce que le quartier général de la FOS avait lui aussi, un an plus tôt, émis une directive sur l'entraînement en vue de l'opération « Python ». Malgré les retards dans la planification de la mission, le plan d'entraînement continuait d'évoluer. Un délai supplémentaire a été prévu pour l'entraînement au maniement des armes et pour les exercices de commando, et l'exercice « Stalwart Providence » a été reporté à la période du 14 au 18 octobre 1992..

Destitution du commandant du RAC

Il semblait qu'au début, le bgén Beno et le lcol Morneault s'étaient mis d'accord sur l'objectif de l'exercice « Stalwart Providence », mais qu'au fur et à mesure des événements, chacun ait conçu l'objectif à sa manière. La principale différence portait sur la question de savoir s'il s'agissait d'une activité d'entraînement ou d'une activité confirmatoire (c'est-à-dire d'un test) et s'il visait à mettre à l'épreuve le leadership du lcol Morneault. (Cette confusion aurait pu passablement s'expliquer par le fait qu'il n'existait pas, au Commandement de la Force mobile, de politique ou de doctrine claire et précise quant à la nécessité d'organiser un tel exercice en préparation pour une mission de l'ONU.)

Au moment où les dates de l'exercice d'entraînement « Stalwart Providence » ont été fixées, on ignorait que le lcol Morneault serait absent. Il était censé participer à une mission de reconnaissance en Somalie autorisée par l'ONU, mais celle-ci avait été retardée pendant que l'ONU négociait avec les factions somaliennes. Cependant, le 21 octobre 1992, le lcol Mornesult a été relevé de ses fonctions de commandant du RAC. Selon des renseignements obtenu par la suite, cette décision a été prise parce que ses supérieurs

avaient perdu confiance en lui et non à cause de quelques chose qu'il aurait fait ou omis de faire, ou d'autres raisons particulières ayant précédé cet événement imprévu.

Même si l'on estimait d une manière générale que le RAC était prêt pour le déploiement à l'étranger, des officiers qui connaissaient l'unité semblaient en être moins sûrs. Peu après avoir reçu l'ordre d'avertissement, le bgén Beno avait parlé au lgén Gervais pour l'entretenir de ses « préoccupations relatives au commandement et à l'entraînement préparatoire » du régiment. Le lgén Gervais a répondu au bgén Beno qu'il devait « régler le problème ». D'autres difficultés étaient également manifestes.

La réorganisation et les réductions de personnel du RAC ont perturbé le fonctionnement de l'unité, et surtout du 2e Commando, où le taux de roulement des officiers et des chefs subalternes était plus élevé que dans les deux autres commandos. L'élaboration des règles d'engagement (RE) pour l'opération « Cordon » a été retardée et l'incertitude qui en est résultée a empêché de répondre aux besoins en formation des soldats, dont certains ne connaissaient pas encore les tâches du Régiment aéroporté. Le commandant du Royal Canadian Dragoons, le lcol MacDonald, a signalé que certains membres du RAC ne s'intéressaient pas à l'entraînement spécialisé dont ils avaient besoin et que, d'une manière générale, la discipline laissait à désirer.

Le bgén Beno savait que le lcol Morneault était préoccupé et irrité par les « problèmes de discipline interne » de l'unité. Pendant toute la période d'entraînement pour l'opération « Cordon », des incidents répétés ont révélé une grave détérioration de la discipline et de l'esprit de corps. D'après certains témoignages, les tentatives faites par le lcol Morneault pour imposer une certaine discipline produisaie


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